Planète de virus

Note de lecture de Philippe Le Vigouroux - SPS n°318, octobre 2016

Planète de virus

Carl Zimmer

Belin, Coll. Science à plumes, 2016, 126 pages, 16 €

Carl Zimmer est un journaliste scientifique, éminent vulgarisateur des connaissances sur le monde vivant1. Dans Planète de virus, il montre, en une douzaine de récits, toute l’importance de ces structures à la frontière du vivant.

L’exploration de la virosphère (le monde des virus) s’ouvre à la fin du XIXe siècle, quand le savant néerlandais M. Beijerinck met en évidence « un fluide vivant contagieux » responsable de la maladie de la mosaïque du tabac. Elle se poursuit toujours avec la découverte, depuis une quinzaine d’années, de virus géants affectant des amibes – les Mimivirus identifiés dans une tour de refroidissement de l’hôpital de Bradford en Angleterre, les Pandoravirus trouvés dans des sédiments au large du Chili et des vases d’une mare australienne, ou encore les Mollivirus découverts dans le pergélisol sibérien – et même de virophages, des virus qui infectent des… virus !

Parasites obligatoires des cellules pour leur multiplication, les virus sont de bien vieux compagnons du vivant, dont il est possible de reconstituer l’histoire. Tant l’histoire de leur évolution propre – les virus ont cette capacité d’intégrer de nouveaux gènes, que ce soit ceux des cellules qu’ils infectent ou ceux d’autres virus avec lesquels ils cohabitent au sein des cellules infectées – que l’histoire de leur diffusion dans le monde vivant, car si « les virus ne laissent pas de fossiles derrière eux, ils laissent leurs traces dans le génome de leurs hôtes » (p. 57).

Retrouvés partout, installés aussi bien au cœur de notre patrimoine génétique d’humain, où l’on évalue qu’ils constituent 8 % de notre ADN, que dans les océans dont on estime qu’un litre contient cent milliards de virus, leurs gènes peuvent conférer de nouvelles propriétés aux cellules infectées, participant ainsi à la diversification du vivant. Responsables d’épidémies difficilement prévisibles et parfois difficiles à endiguer, les virus peuvent aussi constituer une ressource face au problème de la résistance bactérienne aux antibiotiques : les bactériophages, des virus qui infectent les bactéries, peuvent être utilisés pour combattre certaines infections2.

Ce ne sont là que quelques aspects abordés dans ce livre, dans un style agréable, avec un langage clair et accessible, proposant une courte bibliographie scientifique pour chacun des chapitres et disposant d’un index bien utile pour retrouver tant les savants cités que les virus décrits.

Carl Zimmer nous fait découvrir un monde époustouflant dont il est temps de prendre la mesure mais dont l’exploration ne semble pas prête d’être achevée.

Nous signalons bien volontiers...

Antéversion. Ce qu’il faut retenir du futur

Entre science et fiction

Didier Schmitt

Fauves Éditions, 2016, 160 pages, 15 €

Comme s’il lançait un boomerang vers l’avenir, Didier Schmitt ramène de ses explorations prospectives des récits aussi étonnants que captivants sur ce que pourrait être la société avant le milieu de ce siècle. Dans ce récit où la rigueur scientifique se conjugue avec une vision empreinte d’humour, voire d’ironie, il fait parler le futur comme si nous y étions, faisant la part belle aux révolutions technologiques imminentes. Tableau réaliste car issu d’une expérience multidisciplinaire, Antéversion est un rêve éveillé mais lucide qui nous amène à réfléchir sur la part inéluctable du futur – celle des confluences technologiques où le champ des possibles ne cesse d’augmenter.

Présentation de l’éditeur

1 Auteur de nombreux ouvrages, il publie des chroniques dans divers titres de presse américains et tient un blog. Il a obtenu le Prix Stephen Jay Gould 2016 de la Society for the Study of Evolution, qui récompense les personnalités œuvrant à la diffusion et à la vulgarisation de la science de l’évolution. On peut signaler Introduction à l’évolution, ce merveilleux bricolage, ouvrage traduit en français par Bernard Swynghedauw (De Boeck, 2012).

2 Depuis quelques années, dans les pays occidentaux, certains médecins redécouvrent la phagothérapie, un traitement mis au point au sortir de la première guerre mondiale par Félix d’Hérelle (1873-1949). Sur la phagothérapie, on peut recommander la lecture du livre du Dr Alain Dublanchet Des virus pour combattre les infections. La phagothérapie : renouveau d’un traitement au secours des antibiotiques (Favre, 2009).

Mis en ligne le 14 mars 2017
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