L’affaire de la maladie de Lyme - Une enquête

Note de lecture d’Erwan Seznec - SPS n°318, octobre 2016

L’affaire de la maladie de Lyme

Une enquête

Roger Lenglet et Chantal Perrin

Actes Sud, Coll. Question de santé, 2016, 155 pages, 19,80 €

L’enquête qui s’autodétruit

Les journalistes, comme les chercheurs, sont parfois contraints de publier alors que le filon qu’ils creusaient n’a pas tenu ses promesses. C’est vraisemblablement ce qui s’est passé avec cette enquête intitulée « L’affaire de la maladie de Lyme », de Roger Lenglet et Chantal Perrin. Fruit « de plusieurs années d’investigation » (p. 12), elle se résume à 155 pages en assez gros caractères.

Pour mémoire, la maladie de Lyme (prononcer « laïme ») est une infection causée par des bactéries Borrelia transmises par les tiques. Elle serait en voie d’explosion dans les pays développés. Elle profiterait, en France, de la passivité coupable des pouvoirs publics, de l’aveuglement des médecins et de l’avidité des industriels. Bref, comme l’annonce la quatrième de couverture, ce serait un « scandale sanitaire et politique d’une exceptionnelle gravité ».

Problème : le livre contient tous les éléments nécessaires pour dire que le scandale en question n’existe pas.

Roger Lenglet est un journaliste expérimenté, qui cosigne souvent des livres (sur les syndicats, les multinationales de l’eau, la maladie d’Alzheimer…). Chantal Perrin a réalisé en 2014 pour France 5 un documentaire, « Maladie de Lyme, quand les tiques attaquent ». Leur introduction est choc : « pandémie », « déni des autorités », « pathologies très invalidantes, voire mortelles », « nouveau scandale du sang contaminé », « transmission fœtale, qui est scientifiquement avérée », et « risques de transmission sexuelle » (p. 12).

Ensuite, c’est l’effondrement. « Toutes les morsures de tiques ne transmettent pas la maladie de Lyme » (p. 43). « Une grande partie des patients » vont « tout simplement en être quittes pour une antibiothérapie de quelques semaines » (p. 64). Quant aux autres, de quoi souffrent-ils réellement, les auteurs se le demandent : « sous la dénomination maladie de Lyme, se cachent souvent un grand nombre de germes et de processus infectieux » (p. 43). « On peut même dire que cette notion est un parapluie, pour souligner qu’elle simplifie excessivement le diagnostic » (p. 45). La transmission par le sang ? Elle n’a « jamais été vraiment documentée, ce qui est plutôt rassurant » (p. 126). La transmission au fœtus ? Expédiée en deux paragraphes, faute de cas concret, tout comme la transmission sexuelle (p. 125). Les morts ? Introuvables, alors qu’il existe, soulignent les auteurs (p. 38), « des milliers de publications » sur les infections par Borrelia ! Le complot des industriels ? Peu convaincus par la forme chronique, qui générerait pourtant du chiffre d’affaire, ils défendent un traitement court et bon marché, « deux à quatre semaines d’antibiotiques » ! (p. 61).

Ces informations factuelles sont entrecoupées de témoignages de patients et d’insinuations, relançant, comme si de rien n’était, la théorie de la pandémie cachée et du scandale sanitaire. 80 % d’éléments anxiogènes pour assurer les ventes, 20 % de prudentes réserves pour garder les apparences du sérieux. À ce stade, le journalisme et la recherche divergent. Aucun article scientifique ne pourrait aller aussi loin dans l’inconséquence.

Mis en ligne le 20 mars 2017
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