« Que sait-on des effets sanitaires des ondes électromagnétiques, en particulier en ce qui concerne les communications sans fil et les lignes à haute tension ? À ce jour, le bilan des données scientifiques ne justifie pas d’envisager une remise en cause des recommandations faites par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP). [...] [Mais] l’émotion est au cœur du débat et l’ensemble est trop souvent traité de façon pseudo-scientifique pour servir des thèses préétablies. Une méconnaissance du sujet, des raccourcis fâcheux, l’amalgame avec les risques du tabac ou de l’amiante sont fréquents et rendent discutable une bonne part de l’information fournie au public. » (Extraits de l’article d’Anne Perrin, « Ondes électromagnétiques : comment s’y retrouver dans l’information ? »). Dans le dossier que nous avons publié dans le n° 285 de Science et pseudo-sciences (SPS, avril-juin 2009), nous nous sommes efforcés de présenter clairement les informations scientifiques disponibles. Ce dossier sera complété ici en fonction de l’évolution des débats et des recherches.

Electrosensibles - Vivons-nous les prémices d’une catastrophe sanitaire ?

Note de lecture d’Erwan Seznec - SPS n°318, octobre 2016

Electrosensibles

Vivons-nous les prémices d’une catastrophe sanitaire ?

Jérôme Bellayer

Book-e-book, Coll. Une chandelle dans les ténèbres, 2016, 76 pages, 11 €

Professeur de sciences physiques et collaborateur du laboratoire de zététique de l’Université Nice Sophia Antipolis, Jérôme Bellayer s’est penché sur le dossier de l’électrosensibilité. Voici ce qu’il écrit en conclusion (p. 75) : « Tout se résume à une simple question : qu’est-ce qui est à l’origine des symptômes des électrosensibles ? Certains répondent : les OEM », ou ondes électromagnétiques. « La charge de la preuve revenant à celui qui affirme, c’est aux électrosensibles et à leurs soutiens de prouver que l’exposition aux ondes déclenche les symptômes. La prise en compte de l’ensemble du travail scientifique ne montre pas cette corrélation ».

À de rares exceptions près, les chercheurs spécialisés ne pourront qu’approuver. Mais dans ce cas, pourquoi un livre ? Pour les « indécis », répond Jérôme Bellayer, « cette catégorie de la population qui est la plus susceptible d’être “contaminée” par l’idéologie des électrosensibles ». En matière d’électrosensibilité, il est question de croyance. Or, « la croyance étant très dure à faire reculer, il faut agir avant la bascule idéologique » (p. 76).

Jérôme Bellayer ne rejette pas en bloc les argumentaires des associations ou des médecins qui parlent au nom des électrosensibles. Avec beaucoup d’à-propos, il démonte au contraire ces argumentaires de l’intérieur. L’association Robin des Toits, par exemple, prédit une explosion du nombre de cas d’électrosensibles. Elle le fait depuis maintenant près de dix ans. Or, sur la base même des chiffres de Robin des Toits, Jérôme Bellayer montre (p. 21) qu’on peut conclure à un « recul de la proportion d’électrosensibles » depuis 2005 !

Les travaux du docteur Dominique Belpomme, animateur d’une consultation spécialisée, font l’objet d’un bref chapitre (p. 13). Jérôme Bellayer relève les zones de fragilité de ses conclusions. Il conclut que la logique qui les sous-tend est « totalement erronée ». Le docteur Belpomme a identifié des caractéristiques communes aux électrosensibles qu’il a examinés. « Il en conclut que ces caractéristiques sont des critères permettant de diagnostiquer l’électrosensibilité. Ce raisonnement est totalement faux et relève d’un effet de probabilité inversée », sur le mode du slogan de la Française des jeux : «  100 % des gagnants ont tenté leur chance ». C’est une attaque judicieuse, car elle peut convaincre un public qui restera hermétique à des critiques pointues sur les taux de protéine HSP27 et les limites de l’analyse par effet doppler pulsé.

Jérôme Bellayer examine à la fin de son livre (p. 69) la polémique suscitée par le compteur Linky. Sur des bases physiques élémentaires, rien ne permet de dire que ce compteur est dangereux. C’est évident. Mais il est tout aussi évident que des dizaines, voire des centaines de milliers de citoyens, ont des craintes. C’est un fait, aussi réel que l’innocuité de Linky. L’électrosensibilité relève de « processus psychologiques », le débat est dominé par les « croyances », mais les scientifiques ne peuvent pas laisser « le marché cognitif aux mains des croyants », conclut l’auteur.

Il faut espérer que ce livre court et limpide regagnera un peu du terrain perdu.

Mis en ligne le 17 mars 2017
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