Fond de ciel

Note de lecture de Christine Mourlevat-Brunschwig - SPS n°318, octobre 2016

Fond de ciel

Dominique Proust

Éditions Hermann, 2016, 231 pages, 28 €

À la tribune de cet ouvrage pour décrire les profondeurs du ciel, Dominique Proust, astrophysicien à l’Observatoire de Paris et de surcroît organiste, interprète ici tous les phénomènes de la cosmologie contemporaine, des plus grandioses aux plus extravagants, des plus harmonieux aux plus discordants.

Il commence par un panorama actualisé et précis sur la relativité, la nucléosynthèse, le Big Bang… comme dans une sorte de fugue serrée et dense, et donne ainsi les bases fondamentales pour comprendre l’organisation et le destin de la matière. Il met alors en scène les galaxies en traitant d’abord de leur morphologie, des majestueuses spirales avec leurs flambées d’étoiles aux elliptiques plus stériles, puis en détaillant comment elles s’orchestrent en amas et superamas. La troisième partie, intitulée « la face obscure des étoiles », nous conduit de la formation des étoiles aux plus pointus développements sur les trous noirs. Le chapitre suivant, « phares et balises », traite des supernovae et des quasars, objets pouvant rayonner comme un millier de galaxies mais confinés dans un espace de la taille du système solaire, c’est-à-dire microscopique à cette échelle. Il enchaîne sur les sursauts gamma, ces rayonnements extrêmement énergétiques découverts en 1969 par des satellites américains et tenus secrets jusqu’en 19731. Enfin, de multiples sujets d’actualité sont traités, comme les exoplanètes ou les lentilles gravitationnelles, ce qui rend ce livre très complet.

Destiné à un public déjà passionné et averti, cet ouvrage met parallèlement l’accent sur ce qui est surprenant et sur la façon dont les idées surgissent face aux données inattendues. Le point fort du livre réside dans la présentation systématique du contexte historique de l’origine des théories et de la mise en lumière des dépendances et intrications dans une époque, par exemple les possibilités et limites de l’instrumentation qui orientent nos recherches.

En maniant adroitement l’art de la métaphore, de l’oxymore et de l’allitération – le « bazar des quasars », « un Univers pensé et expansé », « une lagune de lacune » – l’auteur ajoute une note personnelle dans l’expression de l’inconcevable et permet de se confronter un peu plus aux paradoxes. Avec plusieurs niveaux de lecture, des développements mathématiques de niveau universitaire et une profusion d’informations, cet ouvrage est également utile pour trouver une documentation approfondie. Il est bien complété par une iconographie remarquable et une préface éclairante de l’astrophysicien Pierre Léna. On notera que si l’auteur joue souvent sur des cordes descriptives, mettant en avant l’étrangeté des objets et l’extravagance des phénomènes, il n’aiguise pas toujours assez notre intérêt par un style parfois sec et dépouillé. Mais le lecteur découvrira néanmoins avec curiosité, en fin d’ouvrage, une hypothèse hardie, le Big Ring, avec ses échos de lumière.

1 En 1969, une batterie de satellites américains (série Vela) surveille, dans le contexte de la guerre froide, l’application du traité est-ouest sur l’interdiction des essais nucléaires atmosphériques. Détectant des sursauts énergétiques dans le domaine du rayonnement gamma incompatibles avec des essais militaires, ces observations sont néanmoins classées confidentielles jusqu’à ce que l’on puisse envisager leur origine extraterrestre (p. 130).

Mis en ligne le 5 mars 2017
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