Le programme électronucléaire français continue de susciter, de la part de ses adversaires, une vigoureuse opposition : l’accident de Tchernobyl (1986) est devenu la référence incontournable des opposants au nucléaire civil, tandis que le moindre incident est exploité sans commune mesure avec la réalité. Plus récemment, l’émergence de la problématique du changement climatique et le choix d’une meilleure maîtrise des émissions de gaz à effet de serre ont ajouté une légitimité nouvelle, "écologique", à l’électricité en général et à ce mode de production de cette énergie en particulier. Dans ce domaine comme dans les autres, notre ambition est d’éclairer le débat public en y apportant des informations scientifiquement fondées et en contribuant à écarter les arguments pseudo-scientifiques et irrationnels encore trop souvent relayés sans esprit critique par les médias.

Vive le nucléaire heureux ! Le livre qui bouscule les idées reçues en réconciliant l’écologie et le nucléaire…

Michel Gay, Autoédition, 2016, 160 pages, 18 €

Note de lecture de Hervé Nifenecker - octobre 2016

Ce livre est un véritable pamphlet contre les « antinucléaires ». Michel Gay n’a jamais été en relation professionnelle avec l’industrie de production d’électricité. Après sa retraite, il a voulu se faire une opinion de citoyen doté d’une bonne culture scientifique sur la question énergétique qui suscite tant de passion dans notre pays. Il s’est donc renseigné par de nombreuses lectures, par la participation à des listes de discussion, etc. Et une chose lui est apparue assez vite et clairement, l’ampleur du « mensonge nucléaire ». Mais pas celui des responsables de l’industrie nucléaire, celui des militants antinucléaires.

Michel Gay ne cite ni nom, ni organisation dans sa critique des "antinucléaires" car ce serait sans doute prendre le risque de se voir traîner en justice pour diffamation par ceux qui peuvent débiter des accusations de corruption au nom de leur liberté d’informer1.

C’est pourquoi le livre de Michel Gay est à la fois courageux et salutaire. Dans un premier temps, il démontre comment les antinucléaires ont pu multiplier par plusieurs ordres de grandeur le nombre de victimes de Tchernobyl et de Fukushima. Alors que, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nombre de victimes de la radioactivité décédées lors de la catastrophe de Tchernobyl ne dépasse pas une trentaine et que les prévisions de décès dus à des cancers radio-induits pourraient atteindre au maximum 9 000 à terme2, les antinucléaires les ont, parfois, estimés à un million3. On a aussi réussi à faire croire que les 20 000 victimes du tsunami étaient des victimes de la catastrophe nucléaire de Fukushima, tandis que, pour l’OMS, « les risques prévus sont faibles pour l’ensemble de la population à l’intérieur et à l’extérieur du Japon (et,) pour cette dernière, aucune augmentation observable des taux de cancer n’est prévue par rapport aux taux de référence »4. Certains médias reprennent avec gourmandise ces mensonges : pour l’auteur, les menteurs ne sont pas ceux qui sont dénoncés urbi et orbi comme vendus au fameux "lobby nucléaire".

Dans un deuxième temps, Michel Gay démonte en termes simples trente affirmations mensongères ou simplistes colportées par les « antinucléaires ». Par exemple : on ne sait pas quoi faire des déchets, le nucléaire est plus cher que les énergies renouvelables, le nucléaire n’est pas favorable à l’indépendance de la France puisque nous devons importer l’uranium, etc. Si l’ensemble de la démonstration de Michel Gay est simple et correct, je relève, toutefois, quelques inexactitudes. Par exemple, en ce qui concerne, dans le cadre d’un stockage à 500 m de profondeur, le retour à la surface de certains radioéléments, Michel Gay estime qu’il n’y aura pratiquement pas de remontées et que la dose maximale due à cette très faible remontée serait 100 000 fois plus faible que la radioactivité naturelle. En réalité, les calculs effectués sur le site de CIGEO conduisent à une remontée d’un flux d’iode 129 (essentiellement) qui serait à son maximum dans environ un million d’années et délivrerait à la population la plus exposée une dose égale au centième de la radioactivité naturelle5.

Si j’ai quelques réserves sur la démarche de Michel Gay, c’est sur l’importance qu’il donne aux mouvements antinucléaires en tant que tels. À mon avis, le vrai problème est celui posé par certains médias et leur manque de sérieux dans le traitement des sujets liés au nucléaire. Les quelques journalistes compétents, comme Sylvestre Huet6, sont peu audibles, sauf par les initiés. Ce sont les médias, et pas seulement les politiques, qui devraient fournir une information sérieuse et objective sur le nucléaire.

1 Le professeur Pellerin avait gagné ses procès en diffamation contre le député écologiste Noël Mamère devant la justice française, mais celui-ci avait ensuite été blanchi par la Cour de justice européenne, au nom de la liberté d’informer. Le mouvement antinucléaire semble ainsi assuré d’une certaine immunité.

2 voir le communiqué de l’OMS d’avril 2006

3 Michel Gay rappelle que le 26 avril 1996, jour anniversaire des dix ans, FR3-Nantes lâche « les millions de morts de Tchernobyl » sans aucune justification ni source ou encore, le 30 novembre de la même année, France Inter évoque « plusieurs dizaines de millions de morts » (p. 33).

4 voir le communiqué de l’OMS du 28 février 2013

5 Selon la Synthèse Argile : Évaluation de la faisabilité du stockage géologique en formation argileuse (2005), disponible sur le site de l’Andra.

6 Voir les blogs de Sylvestre Huet sur Libération et {SCIENCES²}

Mis en ligne le 22 octobre 2016
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