Galaxies à Lascaux — Les merveilles de l’archéoastronomie

Frédéric Lequèvre, Book-e-book, Coll. Une chandelle dans les ténèbres, 2016, 67 pages, 11 €

Note de lecture de Philippe Le Vigouroux - octobre 2016

« L’astronomie est souvent présentée comme un savoir primordial qui transcende les cultures et porte en lui le devenir de l’humanité. Son histoire montre à l’inverse comment elle émerge de manière souvent inattendue, fruit des interrogations et des nécessités les plus diverses. » (p.67)

Un certain nombre de constructions ou d’artefacts humains anciens ne manquent pas d’intriguer. À une époque pas si lointaine, des traces telles que les lignes de Nazca, les statues de l’île de Pâques, certains passages d’écrits « sacrés » ou les dimensions et dispositions des pyramides d’Égypte, ont été interprétées en lien avec une connaissance supérieure perdue, ou même avec la visite d’extra-terrestres. C’était la période de l’astroarchéologie, inspirée par un certain nombre d’auteurs, tels que Robert Charroux, et popularisée à partir des années 1960 par le Matin des magiciens et le mouvement du « réalisme fantastique » autour de la revue Planète, puis par la théorie des « anciens astronautes » d’Erich von Däniken1. De façon plus subtile, des objets et sites archéologiques et préhistoriques peuvent être mis en relation avec des événements cosmiques du passé, dans le cadre de l’archéoastronomie. Mais cela exige des méthodes rigoureuses, de façon à fonder les difficiles interprétations sur des données tangibles, établies, en évitant toute intrusion ésotérique ou pseudo-scientifique. C’est cet aspect que Frédéric Lequèvre2 aborde dans ce nouveau livret de la collection Une chandelle dans les ténèbres.

Sont passées au crible de l’analyse : les interprétations d’une orientation astronomique des pyramides d’Égypte et de l’ouverture des grottes ornées, l’aptitude de nos lointains prédécesseurs, ou même de la machine d’Anticythère3, à prédire les éclipses, la lecture de l’ornementation des grottes de Lascaux par l’ethno-astronome Chantal Jègues-Wolkiewiez, auteur d’un reportage particulièrement médiatisé, Lascaux, le ciel des premiers hommes, ainsi que son interprétation des gravures du mont Bégo (Alpes-Maritimes), la signification des décors du chaudron de Gundestrup selon l’astronomie celtique4 et la source astronomique de l’Atlas Farnèse5 .

F. Lequèvre montre les limites de ces tentatives récentes d’interprétations. Elles peuvent être liées au choix arbitraire de quelques paramètres, à des présupposés hasardeux quant aux connaissances des civilisations anciennes ou préhistoriques, à l’utilisation inappropriée des données de la mécanique céleste ou encore à des transpositions anachroniques d’éléments de la connaissance et de la culture contemporaine. Sous-jacentes à ces interprétations, l’auteur relève les traces de ce qui tient d’un « Nouvel Âge » appliqué au passé, le changement d’ères associé à un changement de civilisation6, et finalement d’une certaine influence persistante du réalisme fantastique.

Malgré les illustrations explicatives bienvenues, une familiarité avec les notions astronomiques mobilisées aide à aborder pleinement les enseignements de cet ouvrage, mais, même sans ces prérequis, la démarche de l’auteur permettra de poser un regard critique sur les séduisantes théories, souvent médiatisées, attribuant des capacités et savoirs extraordinaires à nos lointains aïeux.

1 Sur ce sujet, on pourra retrouver l’entretien avec Jean-Loïc Le Quellec, L’archéologie romantique, une pseudo-archéologie, publié dans SPS N°294 (janvier 2011).

2 Frédéric Lequèvre est docteur en physique et passionné d’astronomie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages déconstruisant l’astrologie, en particulier. Il vient de rejoindre la rédaction de SPS qu’il avait déjà connue quelques temps, au début des années 1990.

3 Il s’agit des fragments d’un mécanisme à engrenages découvert en 1901, au large de l’île grecque d’Anticythère. Elle est datée, de façon très incertaine, du 1er ou 2e siècle avant notre ère.

4 Le chaudron découvert en 1891 dans une tourbière danoise est daté du 2e siècle avant notre ère.

5 L’Atlas Farnèse est la copie romaine du 2e siècle de notre ère d’une sculpture de la période hellénistique représentant le titan Atlas portant le ciel sur ses épaules.

6 La théorie des ères qui conduit à une lecture cyclique de l’histoire de l’humanité, correspond au déplacement du point vernal dans les différentes constellations mis en relation avec les principaux cultes et des changements de civilisation.

Mis en ligne le 17 octobre 2016
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