Les bavures scientifiques - Quand des scientifiques se prennent les pieds dans la démarche

Denis Machon - Book-e-book, Coll. Une chandelle dans les ténèbres, 2015, 66 pages, 11 €

Note de lecture de Philippe Le Vigouroux - SPS n°317, juillet 2016

« La science, mon garçon, est faite d’erreurs, mais d’erreurs qu’il est bon de commettre car elles mènent peu à peu à la vérité. » Professeur Lidenbrock (Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, cité p. 8)

Dans ce nouvel opus de la collection animée par Henri Broch, Denis Machon, physico-chimiste de l’Université de Lyon, nous explique l’importance de l’erreur dans l’avancement des connaissances. Après une rapide typologie de l’erreur, où il distingue celles, « normales », liées à une démarche scientifique correcte mais incomplète, et d’autres, malhonnêtes, qui ressortissent de la fraude et du plagiat, puis une présentation, simplifiée mais « pragmatique », de la démarche d’investigation, l’auteur passe en revue plusieurs erreurs scientifiques historiques.

Il y a d’abord celles qui sont liées à nos sens1 : « un des artéfacts liés à la puissance d’analyse de notre cerveau est qu’il trouve souvent un sens là où il n’y en a pas forcément, qu’il introduit de la forme dans l’informe » (p. 25). Il y a les manipulations plus ou moins inconscientes des données expérimentales pour coller à un processus explicatif séduisant ou proposé par une personnalité scientifique imposante2. L’erreur peut aussi être entretenue par un défaut d’analyse critique des données qui viendraient corroborer une idée préconçue3. Le savant peut aussi, parfois, être emporté par la recherche d’une régularité, d’une harmonie, obéissant à une loi imaginaire4. Ce peut être, enfin, une recherche du sensationnel, associée à des conclusions trop hâtives qui peut produire l’erreur scientifique5, car, selon l’auteur, « la volonté de “visibilité” est une notion importante chez les scientifiques car elle permet d’obtenir des crédits, des récompenses et pourquoi pas 15 minutes à la télévision » (p. 55).

Ce petit ouvrage défend l’intérêt et l’efficacité de la « démarche d’investigation » dans l’augmentation de la connaissance sur le monde. Mais, parfois, parce qu’elle est mise en oeuvre par des femmes et des hommes faillibles, elle peut conduire à une « science pathologique »6. La conclusion de D. Machon, à laquelle on ne peut que souscrire, est de développer l’esprit critique, non par le moyen d’une quelconque incantation, mais par une véritable formation scolaire et universitaire, pratique, qui passe par la connaissance et la maîtrise d’outils permettant d’évaluer la pertinence d’affirmations ou de résultats expérimentaux.

1 Sont alors évoqués les rayons N, la mémoire de l’eau, l’eau polymérisée et les neutrinos supraluminiques.

2 Ces aspects sont illustrés par Mendel et les lois de la génétique, Eddington et les preuves de la relativité, Yves Rocard et le signal des sourciers et l’hérédité du QI défendue par Cyril Burt.

3 L’exemple du projet Alpha et la saga de l’Homme de Piltdown.

4 La loi de Bode ou celle des octaves de Newlands.

5 La fusion froide, les bactéries à l’arsenic, le gène « gay » ou encore « une étude ratée, une communication réussie » concernant OGM et cancers.

6 Le lecteur intéressé par ce concept de « science pathologique » pourra se reporter à la communication d’Irving Langmuir (par exemple : http://yclept.ucdavis.edu/course/280/Langmuir.pdf).

Mis en ligne le 20 novembre 2016
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