60 questions étonnantes sur la musique - et les réponses qu’y apporte la science

Valentine Vanootighem. Mardaga, Coll. In psycho veritas, 2015, 144 pages, 14,90 €

Note de lecture de Martin Brunschwig - juillet 2016

À des questions sérieusement drôles, des réponses drôlement sérieuses ! (avant-propos, p.6)

La nouvelle collection « In psycho veritas » est une heureuse initiative : son but est de vulgariser les études scientifiques de psychologie, et son ambition est d’opérer dans ces études une « sélection drastique ; ils [les auteurs] pointent pour nous les plus percutantes, les plus pertinentes, les plus étonnantes, celles qui sont susceptibles de répondre à nos préoccupations ». Plusieurs volumes sont déjà sortis, sur les parents, les amis, l’alimentation… et ici, donc, la musique. L’auteure, docteure en psychologie, est chercheuse à l’Université de Liège et très active dans le domaine de la vulgarisation scientifique.

Est-ce parce que le projet de cette collection – vulgariser, de façon claire et facile à lire, des études pointues – était si alléchant que je dois m’avouer déçu ? Toujours est-il que le présent ouvrage met vraiment du temps à démarrer ! Les premières questions sont très décevantes, parfois donnant l’impression d’analyses d’astrologues : les « fans de country » seraient « des personnes sociables et travailleuses », les amateurs d’opéra seraient « doux et créatifs » (p.11) et autres généralisations vagues et à l’emporte-pièce. Ou bien, pour évaluer l’influence de la culture (au sens géographique) sur les goûts musicaux, l’auteure rapporte des études faites sur des bébés de 4 à 8 mois1 ! Je ne doute pas qu’à cet âge, l’influence de la langue et de quelques éléments « culturels » soit déjà décelable, mais n’est-ce pas une belle occasion ratée de nous parler plutôt de l’influence de la culture une fois qu’elle a davantage marqué une personne ?

D’autres réponses apportent des confirmations de ce qu’on pouvait subodorer, comme le lien entre haut QI et appréciation de la musique classique. Il eut été peu probable que cette musique plus riche et complexe que la musique de variété n’ait aucun lien avec une mesure du QI...

Sur le « don », un problème passionnant en musique, où il faut bien le dire, l’égalité n’est pas la norme, l’étude choisie évoque les amateurs doués. Pourquoi pas… Mais, selon moi, c’est surtout sur les prodiges qu’il aurait fallu se questionner ! L’existence des « enfants prodiges » est un des mystères les plus insondables de la musique. C’est d’ailleurs un des seuls domaines où un enfant peut faire aussi bien, voire bien mieux, qu’un adulte !Citons encore une étude sur le rythme, où l’évocation du « rythme biologique interne » (p.33) paraît à côté de la plaque.

Cela dit, il y a tout de même, sur les soixante questions, des choses à retenir, et on peut glaner ici ou là quelques pistes intéressantes. Si vous voulez savoir comment vous débarrasser d’un air qui vous trotte dans la tête, si la musique aide à mieux dormir, si on peut être insensible à la musique, si elle rend plus créatif, ou si chanter au volant peut être dangereux (et quelques autres questions finalement pas toujours si « étonnantes »…), vous pourrez vous amuser de quelques réponses. Tout cela reste un peu anecdotique, mais sympathique.

Heureusement, un Nota Bene final des éditeurs nous alerte (enfin !) sur les limites de ce genre d’études. Je l’aurais mis au début.

Une petite déception pour moi, donc, mais le livre peut tout de même amuser et divertir, sur ce sujet inépuisable.

1 Dans les études présentées, les scientifiques ont mesuré le temps passé par chaque enfant à regarder un écran (les mélodies étant associées à des animations) sans détourner le regard, ce qui permet(trait…) de mesurer l’intérêt porté aux différents styles de musique diffusés.

Mis en ligne le 23 juillet 2016
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