Votre santé - Tous les mensonges qu’on vous raconte et comment la science vous aide à y voir clair

Didier Raoult. Éditions Michel Lafon, 2015, 303 pages, prix 17,95 € (broché) ou 9,99 € (numérique)

Note de lecture de Kévin Moris

« Et arrêtons d’écouter les prophètes de malheur qui nous jurent que nous allons tous mourir à cause des épidémies, de la pollution et des produits chimiques toxiques. » (p. 295)

Didier Raoult est médecin, chercheur et professeur de microbiologie à la faculté de Marseille. Il dirige l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, consacré aux maladies infectieuses.

Cet ouvrage se veut un plaidoyer pour encourager une politique rationnelle de santé publique, et explique aussi ce qu’il convient de faire ou ne pas faire au quotidien pour rester en bonne santé.

Dans une première partie, D. Raoult défend l’idée que “les responsables politiques [...] appliquent le principe de précaution à outrance” (p. 15), ce qui a tendance à augmenter les peurs injustifiées dans la population. Pour illustrer cet aspect, il développe, entre autres, les cas des virus de la grippe aviaire et de la vache folle pour lesquels il y a eu “un emballement médiatique et politique déraisonnable” (p. 29). Il voudrait d’ailleurs voir le principe de précaution remplacé par un “principe de vigilance” : on observe et on surveille… Par exemple, d’après lui, cela ne sert à rien de limiter l’usage du téléphone mobile “alors qu’aucune augmentation du nombre de tumeurs du cerveau n’a été constatée après plus de dix ans d’utilisation en France” (p. 48). Pour l’auteur, il “vaudrait mieux hiérarchiser les risques et s’attaquer en priorité à ceux dont la réduction apporte un réel bénéfice à la société” (p. 74). Ainsi en serait-il du terrorisme, qui bénéficierait de moyens énormes en comparaison de la sécurité routière (avant l’introduction des radars), alors que le terrorisme n’a pas fait “les centaines de milliers de morts causés par les accidents de la route ces cinquante dernières années” (p. 63). Cependant, la comparaison choisie par l’auteur peut sembler fragile : on ne connaîtra en effet jamais le nombre de personnes effectivement protégées d’un acte terrorisme grâce aux moyens mis en œuvre. Ensuite D. Raoult plaide pour une diminution de l’utilisation des médicaments : il faut "réapprendre à supporter les maux bénins" (p. 83). On peut s’étonner que l’auteur, qui prétend être rationnel, prend aussi, de façon énergique, la défense des pseudo-médecines en tout genre : “Si l’hypnose peut remplacer les antalgiques ou les anesthésiques, si l’homéopathie et l’aromathérapie peuvent se substituer aux antidépresseurs, c’est tant mieux ! Si cela convient aux patients, mieux vaut privilégier ces approches naturelles moins dangereuses que les médicaments” (p. 87).

Dans la deuxième partie, D. Raoult traite du “marketing de la santé”, à savoir la défense de leurs intérêts par les industriels. Il aborde le problème des visiteurs médicaux : “les firmes pharmaceutiques préfèrent promouvoir de nouvelles molécules très onéreuses mais pas forcément meilleures que les médicaments génériques” (p. 120). Il alerte sur les “alicaments” : “les eaux embouteillées vendues au prix du vin ne sont pas meilleures que l’eau du robinet” (p. 122) ; “contrairement aux médicaments, les compléments alimentaires ne sont pas testés pour leur innocuité ou leur efficacité avant d’être mis sur le marché, ce qui laisse la place à des risques non détectés” (p. 133). Ensuite sont abordés la problématique des conflits d’intérêt en science et le fait que de nouveaux médicaments mis sur le marché ne sont pas toujours utiles. Il préconise aussi une solution toute simple à l’apparition de souches de bactéries résistantes aux antibiotiques : “alterner les différents antibiotiques dans le temps” (p. 172).

La troisième partie met en garde contre les “interprétations fantaisistes et [les] remèdes miracles” (p. 183), mais sans inclure les pseudo-médecines citées précédemment ! L’auteur présente des situations où des phénomènes indépendants ont été désignés à tort comme étant à l’origine de maladies : vaccin contre l’hépatite B accusé de provoquer la sclérose en plaques, vaccin contre la rougeole accusé d’être responsable de l’autisme. Il précise aussi que les cancers sont des maladies multifactorielles dont les principaux facteurs de risque sont le tabac, certains virus et l’alcool ; et “les préoccupations liées à la présence de traces de polluants dans notre environnement et notre alimentation sont, selon [lui], infondées” (p. 202). Il aborde enfin la question de l’obésité, en discutant les causes de l’épidémie et les solutions envisageables.

Dans la quatrième partie, D. Raoult décrit les “vrais tueurs du XXIe siècle”, pour lesquels on trouve en première ligne : le tabac, le sucre et le sel. En effet, le tabac est un facteur de risque majeur du cancer du poumon ; une consommation excessive de sucres favorise le diabète et l’obésité, donc les décès par insuffisance cardiaque ; et l’excès de sel et le tabac sont des facteurs de risque pour les accidents vasculaires cérébraux. L’auteur souhaite alors la mise en place de taxes supplémentaires sur les produits contenant du sel et des sucres ajoutés, comme il en existe pour le tabac. Cependant, il ajoute que le “tabac est une drogue qui rapporte beaucoup d’argent, à la fois aux industriels et aux États, d’où la difficulté d’une évolution véritable sur cette question de santé publique pourtant capitale.” (p. 239). Et il faudrait, selon l’auteur, encourager l’usage de la cigarette électronique à la place du tabac. Il aborde finalement les infections et maladies dont il faut se préoccuper en priorité : virus et bactéries responsables de certains cancers, les infections nosocomiales, la tuberculose, le sida et le paludisme.

En dehors de la défense des pseudo-médecines, on pourra reprocher à D. Raoult d’étonnantes critiques de la méthode scientifique : “aucun modèle n’est capable de reproduire la complexité du réel. Les explications en science sont souvent fausses.” (p. 112) ; “les résultats scientifiques sont par nature biaisés. C’est la base de toute la réflexion sur la relativité de la science [...].” (p. 141). Certaines affirmations, faisant la part belle à un prétendu savoir spontané, sont aussi surprenantes pour un scientifique qui écrit "les gens savent naturellement ce qui est bon pour eux" (p. 104) pour justifier le fait que s’exposer modérément au soleil est bon pour la santé.

On peut relever aussi quelques petites coquilles. Ainsi, les antibiotiques sont présentés comme “de petites protéines anormales” (p. 123), alors que certains sont de petites molécules organiques non protéiques. Le gaz sarin semble présenté à tort comme une toxine (p. 56), alors qu’il n’est pas d’origine biologique.

Le discours s’appuie sur des références, qui ne sont cependant pas citées précisément. On peut le regretter, même s’il s’agit d’un ouvrage grand public. L’ouvrage semble écrit au fil des pensées de l’auteur, donc il y a parfois des répétitions et une rédaction qui semble confuse, mais la lecture reste accessible à tous.

La dernière phrase fait suite à celle mise en exergue, et l’on ne peut qu’approuver cette dernière recommandation : “Occupons-nous plutôt du présent, le pire n’est jamais sûr, et espérer le meilleur est excellent pour la santé” (p. 298).

Mis en ligne le 6 juillet 2016
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