La radioactivité est-elle réellement dangereuse ?

Jean-Marc Cavedon. Le Pommier, 2014, 122 pages, 7,90 €.

Note de lecture de Kevin Moris - SPS n°316, avril 2016

«  La beauté fascinante de la radioactivité se double de nos jours d’une inquiétude sur ses effets, qui va de la saine précaution à la peur irraisonnée.  » (p. 16)

Jean-Marc Cavedon est un physicien nucléaire qui travaille au Commissariat à l’énergie atomique1 (CEA) en tant que directeur de la prévention et de la sûreté nucléaire. Il a déjà écrit plusieurs ouvrages sur la radioactivité à destination du grand public2.

Ce petit livre est découpé en quatre parties, d’inégales longueurs, mais structurées logiquement, « pour que chacun puisse se forger sa propre opinion » (p. 19). La première partie fait office d’introduction sur le sujet : les origines et la nature de la radioactivité sont présentées, ainsi que son utilisation scientifique. Puis viennent les dangers pour la santé, qu’il faut distinguer de la notion de risque.

La seconde partie présente les unités de mesure de la radioactivité : le becquerel pour dénombrer les désintégrations des noyaux atomiques ; le gray, qui permet de prévoir les effets déterministes sur la santé ; le sievert, qui permet de quantifier les effets aléatoires à long terme, en particulier l’augmentation du risque de cancer. Dans ce dernier cas, selon l’auteur, pour les doses inférieures à 100 millisieverts (mS), l’état de la connaissance ne permet pas de trancher de façon certaine entre une relation linéaire sans seuil (RLSS) entre dose et effet, ou l’existence d’un seuil qui rend sans danger les doses très faibles3. Les prévisions les plus pessimistes retiennent l’hypothèse RLSS.

La troisième partie – la plus volumineuse – donne des réponses détaillées et argumentées à de nombreuses questions pertinentes. Où l’on apprend qu’il ne faut pas craindre la radioactivité naturelle, que vivre près d’une centrale nucléaire n’est pas dangereux (hors accident) et que l’on peut manger normalement des champignons sans inquiétude. Les conséquences sanitaires de l’accident de Tchernobyl (1986) – une « catastrophe inacceptable » (p. 61) – sont explicitées : quelques centaines de décès pour des expositions aux fortes doses et de légers taux d’excès de cancers, dans l’hypothèse de la RLSS pour les personnes exposées à des faibles doses3,4, mais surtout un drame humain (stress, évacuations, conséquences économiques). Puis sont décrites celles à prévoir pour la population japonaise suite à l’accident de Fukushima (2011) : le drame humain de l’évacuation et, au maximum, quelques dizaines de cancers supplémentaires dans l’hypothèse de la RLSS. L’auteur aborde aussi la problématique des déchets nucléaires qu’il préconise de stocker en couches géologiques profondes.

Dans la quatrième et dernière partie, J.-M. Cavedon revient en détail sur les connaissances en radiobiologie et épidémiologie, avec le souci constant d’explications claires et abordables. Il précise notamment que l’hypothèse RLSS tend à être invalidée, mais pas encore « de façon indiscutable » (p. 103). Il regrette néanmoins que les incertitudes des données épidémiologiques soient parfois « remplacées par des affirmations de dangerosité d’une technologie, clamées sans fondement par des personnes sans compétence connue » (p. 104).

Il en appelle finalement à une juste information des citoyens afin que les décisions à venir soient prises correctement : « il faut que ceux qui n’avaient pas la parole la prennent, mais qu’ils prennent aussi la pleine mesure des responsabilités qui les attendent » (p. 111).

L’ensemble est complété par une bonne dizaine de références de livres et de sites Internet de différents niveaux d’accessibilité. Finalement, cet ouvrage répond à son objectif de communication concise et claire vers le grand public. On ne peut que recommander vivement sa lecture à toute personne intéressée pour comprendre le fond des enjeux concernant les dangers de la radioactivité.

Pour s’informer sur l’accident de Fukushima et ses conséquences.

L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) fait le point, cinq ans après, sur l’état des installations à la centrale de Fukushima Daiichi, sur les impacts environnementaux et sanitaires de l’accident et sur ses conséquences sociales (www.irsn.fr).

Sur le volet sanitaire, quatre études épidémiologiques prévues pour une durée d’environ 30 ans ont été mises en place afin d’évaluer et de suivre l’état de santé des personnes qui ont été exposées aux rejets radioactifs au cours du temps. Les premiers enseignements sont les suivants :

« Parmi les 459 620 résidents de la préfecture de Fukushima (hors travailleurs de la centrale) pour lesquels une dose externe a été estimée, 285 418 personnes (soit 62,1% des personnes évaluées) auraient reçu au cours des 4 premiers mois après l’accident des doses externes inférieures à 1 mSv et 15 personnes (0,003% des personnes évaluées) auraient reçu des doses supérieures à 15 mSv. » En ce qui concerne les cancers thyroïdiens chez les enfants de la préfecture de Fukushima, l’IRSN note qu’« aucun élément ne permet d’affirmer à ce jour s’il y aura ou non une augmentation ». Pour les femmes enceintes et les nouveaux-nés, « le taux de fausses couches n’a pas connu d’évolution significative, le taux de naissances prématurées, après avoir augmenté entre 2011 et 2012, a baissé en 2013 [et] il n’est pas significativement différent de celui observé au Japon et le taux de malformations à la naissance diminue très légèrement depuis août 2010. Il est comparable à la moyenne nationale japonaise ».

Enfin, pour le dernier bilan mensuel publié le 29 février 2016 et portant sur 4 687 salariés de Tepco et 41 803 salariés des sociétés sous-contractantes ayant travaillé à la centrale de Fukushima Daiichi, « au moins dix décès de travailleurs ont été enregistrés, parmi lesquels aucun n’est attribuable à une exposition aux rayonnements ionisants selon les indications des autorités japonaises ».

1 Depuis 2010, le nom officiel du CEA est Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, mais ce nom n’est pas encore entré dans les usages.

2 Voir par exemple : Peut-on casser l’atome ?

3 Des précisions à ce propos dans l’article «  Du nouveau sur l’effet des faibles doses de rayonnement ?  » (Hervé Nifenecker), dans ce numéro de SPS.

4 Des précisions à ce propos dans l’article «  Accident nucléaire : pourquoi évacuer ?  » (Michel Gay) dans ce numéro de SPS. On pourrait reprocher à J.-M. Cavedon de ne pas assez pousser ses explications. En effet, les taux d’excès de cancers mentionnés conduisent, dans le cas de l’hypothèse de la RLSS à prévoir environ 10 000 cas de cancers supplémentaires dus à l’accident de Tchernobyl. Mais cette évaluation est probablement excessive, car l’hypothèse de la RLSS semble invalidée par les données les plus récentes.

Mis en ligne le 29 mai 2016
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