Plan Écophyto : l’idéologie au pouvoir ?

Dossier "Agriculture, pesticides et biodiversité"

par Philippe Stoop - SPS n°316, avril 2016

Le plan Écophyto est le principal volet agricole du Grenelle de l’Environnement lancé en 2007. Son objectif initial était de réduire de 50 % l’utilisation de pesticides en France entre 2008 et 2018. Pour les agriculteurs, il comprend trois mesures phares :

  • la mise en place d’une certification obligatoire pour l’usage et la vente de produits phytosanitaires ;
  • un objectif de 20 % de surface agricole en bio à l’horizon 2018, assorti d’aides financières à la conversion ;
  • un objectif de réduction de 50 % de la consommation de produits phytosanitaires d’ici 2018.

Cette dernière mesure a été la plus contestée par les professionnels de l’agriculture. L’objectif d’une réduction de 50 % avait été annoncé avant même le Grenelle, sans aucune justification scientifique ni étude d’impact économique, sanitaire ou environnemental. Les discussions ont porté seulement sur le choix de l’indicateur retenu et le délai pour atteindre cet objectif. Pendant le Grenelle, les débats ont été vifs entre les milieux agricoles, partisans d’objectifs de réduction des impacts des pesticides, et les environnementalistes, partisans d’objectifs de réduction des utilisations. C’est ce dernier point de vue qui l’a emporté : les indicateurs retenus (IFT à l’échelle de l’exploitation, NODU à l’échelle régionale1) ne prennent en compte que le nombre de traitements appliqués, pondérés en fonction de la dose d’homologation du produit et de la surface traitée, sans tenir compte de la toxicité des produits pour l’homme ou l’environnement. Du coup, ces indicateurs n’ont aucune capacité prédictive des impacts sur la santé ou l’environnement. Ils peuvent même devenir contreproductifs en incitant les agriculteurs à privilégier les produits à longue durée d’action (qui permettent de traiter moins souvent), alors que ce sont souvent les plus persistants dans l’environnement.

Par ailleurs, les représentants des agriculteurs alertaient sur les pertes de rendement qui seraient provoquées par cet objectif, et donc sur les conséquences économiques (pertes de revenus pour les agriculteurs, augmentation du prix des produits alimentaires). Ces inquiétudes ont été confirmées en 2010, en vain, par le rapport Écophyto R&D de l’INRA.

À mi-parcours, l’échec du plan Écophyto initial était patent, les NODU ayant à peine évolué entre 2008 et 2013. Le rapport Potier, publié en décembre 2014 [1], a fait un point d’étape du plan Écophyto, et formulé des recommandations pour le plan Écophyto 2, dont une version préliminaire a été présentée en janvier 2015 [2].

Par rapport au plan initial, Écophyto 2 a l’avantage de prévoir des dispositifs de soutien pour toutes les formes d’agro-écologie (et non seulement l’agriculture bio), en s’appuyant sur l’outil juridique et économique du GIEE (Groupement d’Intérêt Écologique et Environnemental). Par contre, il n’a pas remis en cause les objectifs quantitatifs globaux pour la consommation de pesticides, se contentant de fixer de nouvelles échéances : 2025 pour la réduction de 50 %, avec un objectif intermédiaire à 25 % en 2020.

La seule évolution positive est l’annonce du remplacement du NODU par un indicateur prenant en compte la toxicité des produits pour l’homme et l’environnement. À l’heure où nous rédigeons ce dossier, le mode de calcul de ce nouvel indicateur n’est pas encore connu. Vu les réactions encore une fois unanimes des ONG environnementalistes [3], on peut craindre que l’impact de la toxicité dans cet indicateur soit marginal. Par ailleurs, une fois de plus, l’objectif quantitatif de réduction est fixé avant que l’indicateur pertinent soit défini. La version 2 du plan Écophyto souffre du même péché originel que la version initiale, à savoir un objectif fixé sur des motifs idéologiques dont les bénéfices sanitaires ou environnementaux sont très incertains et dont l’impact économique serait très lourd, sans mesure de soutien compensatoire à la hauteur des enjeux.

1 NODU : nombre de doses unités. Indicateur de pression. Pour une substance active donnée sur une culture donnée, une dose maximale autorisée est calculée (elle varie selon les spécialités), puis pondérée en fonction des surfaces occupées par cette culture. Le NODU correspond à un nombre de traitements « moyens » appliqués annuellement sur l’ensemble des cultures, à l’échelle nationale. Le recours à certains produits de biocontrôle (substances naturelles, micro-organismes, médiateurs chimiques) est par ailleurs évalué selon un indicateur spécifique, le « NODU Vert biocontrôle ».
IFT : indicateur de fréquence de traitement. Indicateur de pression qui estime le nombre de doses homologuées de spécialités commerciales appliquées.
Source : http://agriculture.gouv.fr/les-produits-phytosanitaires

Mis en ligne le 3 juillet 2016
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