Les interprétations des rêves sont-elles valides et utiles ?

par Jacques Van Rillaer – abrégé dans SPS n° 316, version intégrale ici

« Je me tiens au massif et au vraisemblable, évitant les reproches anciens : Les hommes accordent plus de foi à ce qu’ils ne comprennent pas. L’esprit humain est porté à croire plus volontiers les choses obscures  » Montaigne1

1. L’intérêt pour les rêves au XIXe siècle

2. L’interprétation freudienne par associations

3. L’interprétation freudienne par symboles et jeux de mots

4. L’interprétation freudienne des rêves pénibles

5. Les interprétations d’Adler et Stekel

6. L’interprétation jungienne

7. L’interprétation lacanienne

8. Une explication moderne

9. Des critères d’interprétation

10. L’utilité de l’interprétation de nos rêves

Depuis l’Antiquité, les rêves ont suscité un vif intérêt pour prédire l’avenir, mais aussi pour se comprendre et guérir. Déjà au Ve siècle avant J.-C., Antiphon d’Athènes utilisait l’interprétation des rêves pour faire ce qu’on appelle aujourd’hui de la psychothérapie2.

L’ouvrage antique le plus célèbre date du IIe siècle : Oneirokritica (La Clé des Songes) d’Artémidore d’Éphèse. Le rêve y est présenté comme plein de sens pour celui qui peut le décrypter. On y trouve le classique décodage symbolique. Chose amusante, rêver d’un pénis n’est pas rêver de sexualité mais de quantité d’autres choses. Par exemple : « Le membre viril est assimilé aux parents, car il retient le principe générateur ; aux enfants, parce qu’il en est la cause ; [...] aux discours et à l’éducation, parce que, de toutes choses, le membre viril est ce qui a le plus de force génératrice, de même que le discours ; au profit et au gain, parce qu’il est tantôt en tension tantôt relâché et qu’il peut fournir et sécréter »3.

Chez Freud les interprétations iront en sens inverse. Selon lui, dans les rêves les choses les plus anodines ont un sens sexuel : on rêve du membre viril si on rêve d’une canne, d’un arbre, d’un robinet, d’une source jaillissante, d’une lampe à suspension, d’un crayon, d’un porte-plume, d’un dirigeable, d’un avion, d’un chapeau, d’une cravate, d’un couteau, d’un revolver, d’un reptile, d’un objet composé de trois parties, du feu, d’un oiseau4.

On trouve également chez Artémidore le décodage par jeux de mots. Freud cite le célèbre exemple du rêve d’Alexandre. Il écrit : « Les livres des rêves en Orient procèdent le plus souvent à l’interprétation des éléments du rêve d’après l’homophonie et la similitude des mots. […] Le plus bel exemple d’interprétation du rêve qui nous soit transmis depuis l’Antiquité repose sur un jeu de mots. Artémidore raconte : “ Or il me semble qu’Aristandre a donné à Alexandre de Macédoine une exégèse fort heureuse le jour où celui-ci, encerclant et assiégeant Tyr, dépité et affligé à cause d’une grande perte de temps, eut le sentiment de voir un satyre danser sur son bouclier. […] En décomposant le mot Satyros en et Turos, il obtint que le roi se consacrât au siège avec plus d’énergie, devenant ainsi maître de la ville.” (sà Turos = Tyr est à toi.) »5.

Autres exemples d’Artémidore : « Avoir commerce sexuel avec les prostituées établies aux bordels est bon pour toute espèce d’entreprise : car certains nomment ces femmes des “travailleuses”, et elles se livrent sans rien refuser. [...] Pénétrer sa mère est bon pour tout artisan manuel et qui exerce un métier : car on a coutume d’appeler le métier “mère” »6.

Dans la Bible, les rêves sont jugés de façon opposée. L’Ecclésiastique nie la valeur informative des rêves : « C’est saisir une ombre et poursuivre le vent de s’arrêter à des songes. […] Divination, augures, songes, autant de vanités »7. La formule « somnia vanitas sunt  » a traversé les siècles : « Tous les songes sont mensonges » (chez les Allemands : « Träume sind Schäume  »). D’autre part, des rêves ont une valeur prophétique. Le chapitre 41 de la Genèse raconte comment Joseph a interprété avec succès un rêve de Pharaon : sept vaches grasses suivies puis sept vaches maigres signifiaient que l’Égypte allait connaître sept années d’abondance et sept années de famine. « Alors Pharaon dit à Joseph : “ Après que Dieu t’a fait connaître tout cela, il n’y a personne d’intelligent et de sage comme toi. C’est toi qui sera mon maître du palais ” ». L’Évangile (Mt 1 : 20) relate que lorsque Joseph s’aperçut que Marie, alors sa fiancée, était enceinte et qu’il songea à la répudier, l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit qu’elle avait été fécondée par l’Esprit Saint …

Notons en passant que Freud s’est comparé au Joseph de l’Ancien testament. Il écrit vers la fin de son livre sur les rêves : « On aura été frappé par le rôle considérable que joue dans mes rêves le nom de Josef. Derrière les personnes qui s’appellent ainsi, mon moi peut se cacher dans le rêve avec une facilité particulière car l’interprète des rêves bien connu dans la Bible s’appelait aussi Joseph »8.

Chez les philosophes, les rêves ont été jugés de diverses façons. Pour s’en tenir à deux représentants des Lumières, citons Lichtenberg et Voltaire. Le premier déclare : « Si les gens consentaient à faire de leurs rêves un récit sincère, on pourrait, plus facilement que de leur visage, en déduire leur caractère »9. Le second, à la même époque : « Qu’est-ce que la folie ? C’est d’avoir ses pensées incohérentes et la conduite même. Le plus sage des hommes veut-il connaître la folie ? Qu’il réfléchisse sur la marche de ses idées pendant ses rêves »10.

1. L’intérêt pour les rêves au XIXe siècle

Le rêve a suscité un intérêt considérable dans la deuxième moitié du XIXe chez des romantiques, des scientifiques et des médecins s’intéressant à l’hypnose et au dédoublement de la personnalité. Dans l’ouvrage qu’il a écrit sur le rêve, Freud a rédigé un chapitre d’une centaine de pages intitulé « La littérature scientifique sur les problèmes du rêve ». Il y rapporte par exemple des expériences d’Alfred Maury, professeur au Collège de France, qui demandait à un assistant de le soumettre à diverses stimulations pendant qu’il dormait et d’aussitôt le réveiller. Ainsi, l’assistant lui a versé une goutte d’eau sur le front. Maury a rêvé qu’il était en Italie, transpirait et buvait du vin. L’assistant a approché un fer très chaud de son visage. Il a rêvé de « chauffeurs », c’est-à-dire de brigands de l’époque de la Révolution française, qui menaçaient leurs victimes de leur brûler les pieds s’ils ne donnaient pas tout leur argent11.

À un moment où Freud avait déjà commencé à écrire son livre, il a été très déçu de constater à quel point ce qu’il avait cru découvrir l’avait été avant lui. Il écrit à son ami Fliess le 5 décembre 1898 : « La littérature sur le rêve que je lis en ce moment me rend complètement idiot. Une terrible punition, que toute rédaction implique. C’est là que tout ce qui vous est personnel se dilue et disparaît ; souvent je suis incapable de me rappeler ce que je peux bien apporter de nouveau ». Six mois plus tard (9 juin 1899) : « Dans la littérature [sur le rêve], il y a quelques productions qui, pour la première fois, m’ont donné l’impression que j’aurais mieux fait de ne jamais m’occuper de cette affaire. […] Pour moi toute l’affaire se résout de nouveau en un lieu commun. Le rêve cherche chaque fois à accomplir un souhait qui connaît diverses transformations. C’est le souhait de dormir. On rêve pour ne pas avoir à se réveiller, parce qu’on veut dormir »12.

Interpréter le contenu de rêves à l’aide de significations symboliques et de jeux de mots était une pratique courante. Dire que des rêves mettent en scène des désirs l’était autant. Freud écrit : « Griesinger (1861) a montré de façon lumineuse que l’accomplissement d’un désir est une caractéristique commune aux idées qui se dévoilent dans les rêves et dans les psychoses. Mes propres recherches m’ont appris que c’est la clé d’une théorie psychologique des rêves et des psychoses »13 (Wilhelm Griesinger était un des psychiatres les plus réputés du milieu du XIXe siècle). Freud reprend au livre Der Traum als Naturnotwendigkeit erklärt de Wilhelm Robert (1886) l’idée que la fonction du rêve est de protéger le sommeil en « délestant le cerveau de pensées tuées dans l’œuf ».

L’originalité de Freud se résume aux idées suivantes — pour le moins discutables : (a) « Le rêve est l’accomplissement (camouflé) d’un souhait refoulé. Il est bâti comme un symptôme névrotique, il est une formation de compromis entre la revendication d’une motion pulsionnelle refoulée et la résistance d’une puissance censurante dans le moi »14 ; (b) « Notre doctrine ne repose pas sur la prise en compte du contenu de rêve manifeste, mais se réfère au contenu de pensée qui est reconnu derrière le rêve par le travail d’interprétation » ; (c) « Même des rêves pénibles ou des rêves d’angoisse se révèlent être, après interprétation, des accomplissements de souhait »15 ; (d) « La plupart des rêves des adultes sont ramenés par l’analyse à des souhaits érotiques » ; (e) « Les souhaits sexuels infantiles refoulés fournissent les forces de pulsion les plus fréquents et les plus puissants concourant à la formation des rêves »16 ; (f) Pour découvrir le sens caché, il faut, à partir des différents éléments du rêve, laisser surgir des idées librement. C’est « la méthode des associations libres », « la règle fondamentale de la psychanalyse ». Ces associations comblent les lacunes du rêve ; (g) Grâce à sa compétence, l’analyste peut alors interpréter : « Nous intervenons là de notre propre chef, complétant les indices, tirant des conclusions impossibles à écarter, formulant ce que le patient n’a fait qu’effleurer dans ses associations. […] Il peut arriver que le sens d’un rêve devienne pour nous immédiatement clair »17.

Il est piquant de comparer les titres des trois traductions françaises de la Traumdeutung (1900). En 1926 : La Science des rêves  ; en 1967 : L’interprétation des rêves  ; en 2010 : L’interprétation du rêve. Freud, tout à fait consciemment, ne s’inscrivait pas dans la tradition des chercheurs scientifiques, mais « dans la tradition de l’opinion profane »18. De façon provoquante, il n’écrit pas Deutung des Traums, mais utilise le mot qui correspond au français oniromancie (comme Sterndeutung signifie astrologie). Il s’agit donc d’« interprétation ». D’autre part, Freud a maintenu, envers et contre tout, que tous les rêves s’expliquent par un même mécanisme. Cette absolutisation d’une idée banale lui a valu bien des critiques : « J’ai avancé une affirmation générale qui restreint le sens des rêves à une seule forme de pensée, la présentation de souhaits, et j’ai éveillé le penchant universel à la contradiction. Mais je dois dire que j’ai cru n’avoir ni le droit ni le devoir de simplifier un processus de la psychologie pour l’agrément plus ou moins grand des lecteurs, quand ce processus offrait à mon investigation une complexité dont la solution unitaire ne pouvait être trouvée qu’ailleurs. Les apparentes exceptions confirment malgré tout de nouveau la règle contestée »19. En un mot, c’est l’expression L’interprétation du rêve qui correspond à la pensée de Freud.

Des multiples théories sur les rêves, celle de Freud est devenue la plus populaire et pas seulement en Occident. Une enquête récente auprès d’étudiants d’université à Boston, Séoul et New Delhi montre que la majorité des interrogés considèrent cette théorie comme la plus plausible20. Examinons si ce succès se justifie.

2. L’interprétation freudienne par associations d’idées

Pour Freud, le rêve dont on se souvient est le produit final d’un « travail du rêve » (une expression empruntée à W. Robert), c’est le travestissement d’un souhait dont le rêveur n’ose pas prendre conscience.

Freud, qui ne manque jamais de chercher à convaincre par des comparaisons, écrit : « La tâche est comparable à la solution d’un de ces jeux d’enfants appelés “puzzles”. Là, un dessin coloré, qui est collé sur une planchette de bois et rentre exactement dans un cadre de bois, a été découpé en de nombreux morceaux qui sont délimités par les lignes courbes les plus irrégulières qui soient. Si on réussit à ordonner le tas désordonné de plaquettes de bois, dont chacune porte un morceau incompréhensible de dessin, de telle sorte que le dessin devienne sensé, qu’il ne reste nulle part une lacune entre les emboîtements et que l’ensemble emplisse tout le cadre, si toutes ces conditions sont remplies, on sait alors qu’on a trouvé la solution du puzzle et qu’il n’y en a pas d’autre (und dass es keine andere gibt) »21.

La métaphore du puzzle illustre parfaitement la conception freudienne :

a) Le rêve dont on se souvient (« rêve manifeste ») est trompeur. Il faut, écrit Freud, « s’en soucier le moins possible » et « chercher le sens caché de chacun des fragments »22.

b) Le véritable contenu existe dans l’Inconscient avant qu’intervienne le « travail du rêve », travail comparable au découpage d’une image pour en faire les pièces d’un puzzle. La raison de la réduction en morceaux du véritable contenu par l’Inconscient est de rendre ce contenu méconnaissable pour le rêveur, de sorte qu’il puisse continuer à dormir.

c) Le « travail » du psychanalyste est de reconstituer le véritable contenu qui était au départ du rêve, exactement comme on reconstitue l’image d’un puzzle.

d) Pour que les morceaux deviennent compréhensibles, celui qui a rêvé doit faire des associations à partir de chacun d’eux. Ensuite, avec l’aide de l’analyste freudien, il faut ajuster les morceaux jusqu’à constituer un ensemble cohérent.

e) Quand cette procédure a permis d’obtenir une histoire cohérente, on détient la véritable signification, le « contenu latent » et « il n’y en a pas d’autre ».

Des questions essentielles surgissent alors :

a) Faut-il examiner tous les éléments du rêve manifeste ? Oui en principe, mais en pratique l’analyste attire l’attention sur l’un ou l’autre. Tantôt il se contente d’une image, d’un mot, tantôt il examine tour à tour les divers éléments.

b) Combien faut-il faire d’associations ? Le critère est le sentiment qu’on a « la solution du puzzle ». Tantôt Freud se contente de l’une ou l’autre association, tantôt il les multiplie considérablement. Dans Fragment d’une analyse d’hystérie (1905), il transcrit les deux rêves de sa patiente en 6 et 19 lignes (environ 350 mots), puis les analyse pendant 50 pages (environ 17.500 mots). On peut supposer que s’applique dans ce cas comme dans d’autres ce principe de Freud : « Les pensées de rêve auxquelles on arrive dans l’interprétation doivent, d’une manière tout à fait générale, rester sans achèvement et déboucher de tous côtés dans le réseau inextricable de notre monde de pensée »23.

Notons bien que, pour Freud, les associations qui surgissent après le rêve ne font que restituer le contenu qui a produit le rêve. C’est une hypothèse difficile à réfuter … ou à prouver. Certains analystes ne croient pas que les associations restituent vraiment le contenu latent du rêve, mais estiment qu’elles n’en sont pas pour autant inintéressantes.

c) Lorsqu’on a obtenu un « contenu latent », ne peut-on en imaginer d’autres à partir des mêmes éléments du rêve ? C’est précisément la question à partir de laquelle Freud va se disputer avec bon nombre de ses disciples, Adler, Stekel, Jung, Silberer, Reich, Rank, Ferenczi. En fait, à partir d’un rêve, d’un acte manqué ou d’un symptôme, tous les mots, concepts et images dont nous disposons peuvent s’associer, par le sens ou par le son, de façon directe ou indirecte, pour arriver, selon des chaînes d’associations plus ou moins longues, à ce que l’on estime être la cause ultime du phénomène. Cette extrême facilité d’associer permet de démontrer n’importe quoi si l’on admet le principe. Elle a conduit chacun des disciples dissidents à se convaincre par des « observations » de la vérité de sa grille de décodage.

Notons que l’utilisation d’associations d’idées pour trouver des significations cachées est loin d’être une idée nouvelle. Freud s’est probablement inspiré de cette pratique courante dans la tradition mystique juive24. Sainte Thérèse d’Avila a décrypté par des associations le sens caché du Cantique des cantiques. Lorsqu’elle lut que l’Épouse dit à l’Époux : « Fortifiez-moi avec des pommes », elle associa : qui dit « pommes » dit « pommier », qui dit « pommier » dit « arbre », qui dit « arbre » dit « croix ». Ainsi la véritable signification de « Fortifiez-moi avec des pommes » c’est : « Donnez-moi des épreuves, Seigneur, donnez-moi des persécutions »25.

3. L’interprétation freudienne par symboles et jeux de mots

En 1911, Freud écrit : « Grâce à la connaissance de la symbolique du rêve, il est possible de comprendre le sens de tel ou tel élément du contenu de rêve, ou de tel ou tel fragment du rêve, ou quelquefois même de rêves entiers, sans être forcé d’interroger le rêveur sur ses idées incidentes. Nous nous rapprochons ainsi de l’idéal populaire d’une traduction du rêve et remontons par ailleurs à la technique d’interprétation des peuples anciens, pour lesquels interprétation du rêve et interprétation par la symbolique étaient identiques »26.

Au fil du temps, Freud ne prendra plus la peine de faire produire beaucoup d’associations d’idées avant d’interpréter un rêve, un acte manqué ou un trouble mental. Il se permettra de psychanalyser des personnes qu’il n’a jamais rencontrées, par exemple Léonard de Vinci et le Président Schreiber, ou d’interpréter d’emblée le rêve d’un patient ou d’un collègue. Exemple : Ludwig Binswanger raconte que, lors de sa première visite chez Freud, celui-ci l’interrogea le lendemain de son arrivée sur les rêves qu’il venait de faire. « Je rêvai de l’entrée de la maison Bergstrasse 19, qui se trouvait justement en reconstruction, et du vieux lustre recouvert à la hâte à cause de la réfection. L’interprétation de Freud, qui ne me parut pas précisément convaincante, était que le rêve contenait le souhait d’épouser sa fille (aînée), en même temps que le refus de ce souhait, puisqu’il déclarait — je me rappelle les paroles mêmes de l’interprétation — : “ Je n’épouse pas quelqu’un qui est d’une maison où pend un lustre si miteux” »27.

Les associations libres aboutissant immanquablement à la même « solution du puzzle » (sexualité, Œdipe), Freud fera de plus en plus des interprétations à l’emporte-pièce. Un exemple auquel il accordait un grand crédit :

« Il y a quelque temps, il fut porté à ma connaissance qu’un psychologue, qui se situe assez loin de nous, s’est adressé à l’un de nous en faisant remarquer que nous surestimions tout de même la signification sexuelle secrète des rêves. Son rêve le plus fréquent était de monter un escalier et selon lui il n’y avait tout de même rien de sexuel là derrière. Rendus attentifs par cette objection, nous avons prêté attention à l’occurrence, dans le rêve, des marches, escaliers, échelles et nous pûmes bientôt constater que l’escalier (et ce qui lui est analogue) constitue un symbole certain du coït [sicheres Koitus symbol]. Il n’est pas difficile de déceler ce qui est à la base de la comparaison ; par paliers rythmiques, avec un essoufflement croissant, on arrive à un sommet et l’on peut ensuite en quelques bonds rapides se retrouver en bas. Ainsi le rythme du coït se retrouve-t-il dans la montée des escaliers. N’oublions pas de faire appel à l’usage de la langue. Il nous montre que le fait de “steigen” [monter] est employé sans plus de façon comme désignation substitutive de l’action sexuelle. On a coutume de dire : l’homme est un “Steiger” [littér., un monteur] »28.

Freud a ajouté cet exemple à la Traumdeutung en 1911 (p. 400). En 1917, dans ses célèbres Leçons d’introduction à la psychanalyse, il écrit : « Échelles, marches, escaliers, le fait d’y monter, sont des symboles certains [sichere Symbole] du commerce sexué. À y réfléchir de plus près, le caractère rythmé de cette montée nous frappera comme leur élément commun, peut-être aussi l’accroissement de l’excitation, l’essoufflement, à mesure qu’on monte plus haut »29. En 1933, dans son dernier texte important sur le rêve, il donne encore cet exemple en ajoutant une « confirmation expérimentale » (sic). On a raconté à un malade souffrant d’une démence de Korsakoff des histoires à contenu grossièrement sexuel. Il lui est ensuite arrivé de rêver d’un escalier, « symbole typique du commerce sexuel », écrit Freud30.

Pas plus ici qu’ailleurs, Freud ne précise le nombre de ses observations et si sa généralisation s’applique aussi aux femmes (des « monteuses » ?) qui rêvent qu’elles montent un escalier. Chacun jugera du degré de certitude (Sicherheit) de l’interprétation freudienne. Signalons que dans leur Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier, Alain Gheerbrant et coll. concluent de l’examen de légendes, de religions et de mythes : « L’escalier est le symbole de la progression vers le savoir, de l’ascension vers la connaissance et la transfiguration. S’il s’élève vers le ciel, il s’agit de la connaissance du monde apparent ou divin ; s’il rentre dans le sous-sol, il s’agit du savoir occulte et des profondeurs de l’inconscient ». Par exemple chez les Égyptiens de l’Antiquité, « des barques sont représentées portant en leur centre, en guise de mât et de voilure, un escalier de sept ou neuf marches, symbolisant l’ultime et définitive ascension de l’âme vers les étoiles dans lesquelles elles se confondront en s’unissant à la lumière de Râ »31.

4. L’interprétation freudienne des rêves pénibles

Freud écrivait à sa fiancée le 19 juin 1885 : « Je rêve toutes les nuits de cette bourse, hier, par exemple, j’ai rêvé que Brücke me disait que je ne pourrais l’obtenir, car il y avait sept autres candidats qui avaient tous plus de chances que moi ! »

Il n’a pas interprété ce rêve, où le souhait, clair comme de l’eau de roche, ne s’accomplit pas du tout. Or, le très ambitieux Sigmund désirait ardemment cette bourse. Quand il l’obtiendra, il jubilera : « Je partirai pour Paris, je deviendrai un grand savant et je reviendrai à Vienne, paré d’une grande, d’une énorme auréole, et nous nous marierons aussitôt et je guérirai tous les malades nerveux incurables »32.

Dans la Traumdeutung, Freud ne cite qu’un seul exemple personnel de cauchemar, un rêve fait à l’âge de 7 ou 8 ans : sa « mère bien-aimée » meurt. Il se souvient de s’être réveillé en pleurant. Souhait de mort ? Après quelques associations et jeux de mots, le contenu latent est un désir d’inceste. L’angoisse consécutive au rêve est la peur du désir sexuel33.

Freud écrit : « C’est vrai qu’il existe des rêves dont le contenu manifeste est des plus pénibles, mais a-t-on jamais essayé d’interpréter ces rêves, de dévoiler le contenu de leurs idées latentes ? Lorsqu’on s’y applique, les objections tombent ; il est toujours possible que des rêves pénibles et des cauchemars se révèlent après l’interprétation comme étant eux aussi des accomplissements de désir »34. Exemple : « Un rêve qui au premier regard réserve une difficulté particulière à la théorie de l’accomplissement de souhait a été rêvé et interprété par un médecin : “J’ai et je vois à mon index gauche une affection syphilitique primaire à la dernière phalange.” On sera peut-être retenu d’analyser ce rêve en se faisant la réflexion qu’il apparaît clair et cohérent, à l’exception, il est vrai, de son contenu non souhaité. Mais si l’on ne craint pas de prendre la peine d’une analyse, on apprend qu’“affection primaire” est à assimiler à une “prima affectio” (premier amour) et que l’abcès répugnant s’avère être le représentant d’accomplissements de souhait chargés d’un grand affect »35. Ainsi donc, ce médecin qui souhaite vivre un premier amour n’ose pas en rêver tout simplement, clairement. Son inconscient travestit ce désir en un cauchemar : il a attrapé une terrible maladie, inguérissable à l’époque ! Ce genre de dialectique faisait dire à Havelock Ellis que Freud interprète selon le principe « Face je gagne, pile tu perds  »36. Si l’analysé admet une interprétation, c’est gagné ; s’il la refuse, il « résiste », il a tort.

C’est toujours l’analyste qui décide si le sens apparent en cache un autre ou non. L’anecdote classique est que Freud aurait répliqué, à un disciple qui regardait d’un œil freudien la façon dont il triturait son cigare : « un cigare peut n’être qu’un cigare ». Freud avait cependant écrit : « La masturbation est l’unique grande habitude, I’“addiction originaire” [Ursucht], et c’est seulement en tant que substitut et remplacement de celle-ci qu’apparaissent les autres addictions — à l’alcool, à la morphine, au tabac, etc. »37 et encore : « La morphine, la cocaïne, l’hydrate de chloral, etc. sont destinés à être le substitut — directement ou par des détours — de la jouissance sexuelle manquante »38.

Lacan a été clair sur le sophisme que le contraire c’est la même chose  : « Le psychanalyste est un rhéteur. […] Il opère par quelque chose qui ne se fonde pas sur la contradiction. Il n’est pas dit que ce dont il s’agit soit vrai ou faux. Ce qui fait le vrai et ce qui fait le faux, c’est ce qu’on appelle le pouvoir de l’analyste, et c’est en cela que je dis qu’il est rhéteur »39.

Pourquoi ne pas voir dans le rêve de l’affection syphilitique tout simplement de la peur, une émotion tout aussi fondamentale que la sexualité pour la survie de l’Homo sapiens ? Freud est resté toute sa vie « monoïdéiste », comme il l’écrivait à Fliess le 17 novembre 1893 à propos du fait qu’il « trouve toujours la question sexuelle » dès qu’il « applique à un cas un traitement radical ».

Freud a maintenu que tous les rêves sont toujours l’expression d’un désir jusqu’en 1920. Il admettra finalement une seule exception : les cauchemars apparaissant chez les personnes qui souffrent d’une « névrose traumatique », comme c’était fréquemment le cas chez les militaires de la Guerre 14-18. Il écrit : « Dans cet état la fonction du rêve a été ébranlée et déviée de ses visées, ou alors il nous faudrait nous rappeler les énigmatiques tendances masochistes du moi »40. Deux explications pour tous les autres rêves pénibles resteront, jusque dans son dernier livre, que l’analyse n’a pas été assez poussée ou que « le moi s’effraie devant des pulsions qui n’ont pas été suffisamment déguisées »41.

Dans sa biographie de Freud, le dévot Ernest Jones fera revenir « la seule exception » dans le giron de la théorie freudienne : « Aucun des rêves des névrosés de guerre n’est limité à une présentation précise de l’expérience traumatique. On y trouve toujours quelque trait étranger qui demande une analyse et qui peut bien signifier une tendance à manipuler le souvenir traumatique dans le sens d’un accomplissement de désir, même si le patient se réveille en terreur avant que cela n’ait pu se faire »42. En psychanalyse, comme dans n’importe quelle religion, l’adepte trouve toujours une confirmation des croyances fondamentales en se référant à un arrière–monde.

Une implication vérifiable-réfutable de la théorie de Freud est que les cauchemars et même la plupart des rêves devraient diminuer ou disparaître à mesure que l’on prend conscience des pulsions refoulées et que le surmoi perd de sa sévérité. Freud — le Maître de la connaissance de l’Inconscient — n’a pas fait part d’une telle évolution. Est-ce le cas de personnes ayant effectué de longues cures freudiennes ? Je n’en ai jamais entendu parler.

5. Les interprétations d’Adler et Stekel

Alfred Adler (1870-1938) est généralement considéré comme un disciple de Freud. À vrai dire, il a énoncé bon nombre d’idées originales avant même de rencontrer Freud. Il voulait fonder une psychologie pragmatique et une médecine sociale. S’inspirant de Nietzsche et Marx, il attachait une grande importance à la « volonté de puissance », à l’estime de soi, au désir d’être reconnu et valorisé par autrui. Il soulignait l’impact des conditions sociales dans la formation de la personnalité. Selon lui, nous sommes toujours motivés par des valeurs et des buts à atteindre, plutôt que continuellement travaillés par la libido.

Adler pensait que les rêves révèlent d’une certaine façon « le style de vie » de l’individu, en particulier des aspects de la personnalité dissimulés aux autres. Les rêves auraient une valeur prospective : ils seraient des tentatives de résoudre des problèmes actuels auxquels on est confronté. Parfois ils sont des illusions qui justifient de fuir des situations et qui dispensent de mettre en œuvre des solutions rationnelles43.

Wilhelm Stekel (1868-1940) est le psychanalyste qui a proposé de tenir des réunions chez Freud pour discuter de psychologie. Ainsi il est à l’origine de ce qui s’est appelé la Société psychologique du mercredi et ensuite, en 1908, la Société psychanalytique de Vienne. Au début, il adoptait largement les idées de Freud, mais petit à petit il a pris distance et a adopté également des idées d’Adler. Par ailleurs, il estimait que les troubles névrotiques ont souvent pour origine le refoulement de la religion et de la morale.

Stekel est le premier psychanalyste à écrire (en 1911) que « les patients rêvent dans le dialecte que le médecin utilise pour les traiter », que les patients d’Adler rêvent de vainqueurs et de vaincus, et que ceux de Sadger rêvent d’érotisme urinaire. Il ajoutait, avec humour : « les miens rêvent du symbolisme de la mort et de la religion ». Freud finira par reconnaître ce fait « pour la plupart des rêves » : « Si donc quelqu’un veut affirmer que la plupart des rêves exploitables dans l’analyse sont des rêves de complaisance et doivent leur apparition à la suggestion, il n’y a là, du point de vue de la théorie analytique, rien à objecter »44.

Les divergences des interprétations « en dernière analyse » sont la cause de conflits entre psychanalystes, de scissions, d’excommunications et de création de nombreuses Écoles ayant des théories différentes, inconciliables du fait de la généralisation des affirmations. Les chercheurs des véritables sciences empiriques tentent de résoudre les divergences de conception par de nouvelles observations ou par le réexamen d’anciennes. Les psychanalystes résolvent leurs oppositions par l’invocation de motivations inconscientes et de résistances névrotiques. Ils psychiatrisent les opposants.

En 1911, Freud a poussé Adler à quitter son Cercle. Celui-ci, pour marquer son opposition au dogmatisme de Freud, a créé la Société pour la libre recherche psychanalytique. Il a été suivi par plusieurs membres de la Société de Freud, notamment Stekel. Freud écrira alors à Jones (le 26 février) : « Adler avait des idées intelligentes, mais aussi fausses et dangereuses pour la propagation de la psychanalyse, ses mobiles et sa conduite sont de bout en bout de source névrotique ». Il écrira à Jung (le 14 mars) au sujet du livre Die Sprache des Traumes que Stekel venait de publier sur les rêves : « Cacatum non est pictum [chié n’est pas peint]. Stekel représente l’inconscient pervers, non corrigé, Adler le moi paranoïaque ; les deux ensemble donneraient à peu près un homme psychanalytique ».

6. L’interprétation jungienne

Après la rupture avec Adler, Stekel et quelques autres, Freud a resserré ses liens avec le psychiatre suisse Carl Gustav Jung. Celui-ci devient son dauphin et le premier président de l’Association internationale de psychanalyse. Freud l’appelle « cher fils et successeur »45. Toutefois, après quelques mois de lune de miel intellectuelle, les conflits d’interprétations éclatent à nouveau et donnent lieu à une franche hostilité, suivie d’une rupture et de la création d’une nouvelle École de psychanalyse.

Le principal motif de dissension a été l’importance accordée à la sexualité. Cela se lit dans la correspondance des deux hommes, comme dans le texte que Freud a consacré à la rupture : « La modification que les Suisses étaient si fiers d’avoir introduite ne consistait une fois de plus en rien d’autre qu’à repousser au second plan dans la théorie le facteur sexuel »46.

L’interprétation des rêves a très tôt joué un rôle important dans les conflits d’interprétation. Le 29 juillet 1913, Jung répond à Freud qui avait critiqué sa façon d’interpréter : « Nous reconnaissons pleinement la justesse de la théorie de la réalisation du désir, mais nous tenons que cette manière d’interpréter ne touche que la surface, que pour l’essentiel elle s’arrête au symbole, et que par conséquent elle est encore analysable davantage. Donc, si par exemple dans un rêve se révèle un désir de coït, cela doit encore être analysé davantage, car cette manière archaïque de s’exprimer, avec sa fatigante monotonie de sens, nécessite encore une retraduction ».

Pour Jung, les rêves ont de multiples fonctions et pas seulement la protection du sommeil. Ils peuvent mettre en scène des peurs autant que des désirs. Ils peuvent avoir une fonction prospective et créatrice. L’interprétation requiert à la fois une connaissance de l’histoire du rêveur, mais également des archétypes. Jung résume ainsi ce dernier point : « Les rêves sont constitués à un très haut degré d’un matériel collectif, tout comme, dans la mythologie et le folklore de différents peuples, certains motifs se répètent sous une forme presque identique. J’ai appelé ces motifs “archétypes”, et par ce mot je désigne des formes ou des images de nature collective qui surviennent pratiquement partout sur terre comme constituants des mythes, et en même temps comme des produits autochtones, individuels, d’origine inconsciente. On peut présumer que les motifs archétypiques dérivent de schémas de l’esprit humain qui sont transmis non seulement par tradition et migration, mais aussi par hérédité »47.

Dans l’espoir de dépasser les incessants conflits d’interprétation et de préserver l’unité de la jeune confrérie des analystes, Jung avait proposé en 1912 que chacun se fasse psychanalyser, de façon à éliminer ses propres « résistances » et de découvrir les motivations inconscientes ultimes.

L’accord sur le principe de la nécessité d’une « analyse didactique » ne s’est pas fait tout de suite dans l’Association internationale de psychanalyse. Ce n’est qu’en 1925 que l’analyse sous la direction d’un analyste certifié est devenue une condition de la reconnaissance du titre d’analyste par l’Association48. Freud fut acquis d’emblée à l’idée, à ceci près qu’il estima avoir fait une autoanalyse qui rendait superflue son analyse par un confrère. En fait, à lire la correspondance de Freud avec Fliess, on apprend que Freud a tenté une telle analyse en 1897, mais qu’elle a été très brève (à peine quelques semaines), fort décevante et finalement reconnue impossible ! La réussite de son autoanalyse deviendra un dogme essentiel de l’histoire du freudisme. Toutefois Jung refusera cet expédient. Quand Freud le traitera de « névrosé », il répliquera dans une lettre, qui va précipiter la fin de leurs relations : « Je ne suis pas névrosé du tout — bien heureux ! Je me suis en effet fait analyser lege artis et tout humblement, ce qui m’a fort bien convenu. Vous savez bien jusqu’où peut aller le patient dans son auto-analyse, il ne sort pas de sa névrose — comme vous. […] Aimez-vous donc à ce point les névrosés que vous êtes toujours entièrement d’accord avec vous-même ? »49.

Avant même la rupture, Freud avait psychiatrisé Jung. Il écrivait le 20 août 1912 à James Putnam : « Après la honteuse défection d’Adler, un penseur doué mais un paranoïaque malfaisant, j’ai maintenant des problèmes avec notre ami Jung, qui apparemment n’a pas surmonté sa névrose »50.

L’élimination des dissidents de l’Association de psychanalyse et les analyses didactiques n’ont pu éteindre les conflits d’interprétation. Ainsi Pfister écrit-il à Freud le 29 avril 1924, au sujet du congrès tenu à Salzbourg : « À peine Jones avait-il dérivé bon nombre de traits de caractère de l’extrémité de l’intestin, qu’Abraham se hâtait de parler de l’importance du commencement du tube digestif, Simmel du milieu, voire du reste. Ce faisant, le premier mettait au compte d’une des parties plusieurs traits de caractère qu’un second revendiquait pour une autre ».

7. L’interprétation lacanienne

Lacan a prôné le « retour à Freud », mais en fait, au fil des ans, il a construit sa propre théorie, largement inspirée de philosophes comme Hegel, Heidegger et Kojève.

Selon lui, le désir fondamental n’est pas la libido : « Le désir de l’homme trouve son sens dans le désir de l’autre, non pas tant parce que l’autre détient les clefs de l’objet désiré, que parce que son premier objet est d’être reconnu par l’autre »51. Freud concevait l’inconscient comme une marmite bouillonnante de pulsions (le Ça) maintenues par un couvercle, le Surmoi. Lacan affirme : « Freud n’avait que peu d’idées de ce que c’était que l’inconscient, mais il me semble qu’à le lire, on peut déduire qu’il pensait que c’était des effets de signifiant. »52.

Pour Lacan, la psychopathologie n’est qu’affaire de langage : « Le symptôme se résout tout entier dans une analyse de langage, parce qu’il est lui-même structuré comme un langage, qu’il est langage dont la parole doit être délivrée »53. C’est aussi le cas du rêve : « Le travail du rêve suit les lois du signifiant »54.

En 1974, Lacan a résumé sa conception en deux phrases : « J’attache énormément d’importance aux jeux de mots, vous le savez. Cela me paraît la clé de la psychanalyse »55. Pour lui, la découverte des significations inconscientes se fait à la faveur de découpages et de combinaisons de mots, de « signifiants », bien plutôt que par le décodage de symboles ou le rattachement à des événements du passé. « Il faut se déprendre, écrivait-il, de l’illusion que le signifiant répond à la fonction de représenter le signifié »56. C’est la théorie de la Primauté du Signifiant. Sa pratique rappelle celle d’Artémidore et de Thérèse d’Avila. Freud écrivait que « le travail analytique est un art de l’interprétation, dont certes le maniement requiert pour le succès doigté et pratique, mais qui n’est pourtant pas difficile à apprendre »57. Avec Lacan, ce « travail » devient un jeu d’enfant : il suffit de jouer avec des homonymes. Le patient qui proteste d’être « pris au mot  » sera soupçonné ou diagnostiqué homo-sexuel.

Exemple. Durant mon analyse didactique, commencée en 3e année de mes études de psychologie, j’étais très perplexe quant à mon choix de carrière. J’avais commencé ces études pour devenir psychothérapeute, mais en cours de route j’avais appris la difficulté d’exercer ce métier sans être médecin et je pensais qu’il valait peut-être mieux faire de la psychologie industrielle. Une nuit je rêvai que je demandais avec insistance à mon analyste de me donner son avis sur ce choix. La réponse, dans le rêve, fut « ACEC ». J’en déduisis que l’analyste, censé mieux me connaître que moi-même, me conseillait la psychologie industrielle, car ACEC signifiait : « Atelier de Constructions Électriques de Charleroi », une entreprise que j’avais eu l’occasion de visiter. Durant la séance qui suivit le rêve, je dis à mon analyste que j’avais rêvé qu’il avait résolu mon dilemme. En bon analyste, il ne me donna pas de conseil, mais sema la confusion par cette interprétation « transférentielle » : « Ne me trouvez-vous pas trop SEC ? », sur quoi me vint l’association « je suis à sec », un fait bien réel. Ni le rêve, ni son interprétation ne me furent utiles.

Au début des années 1970, j’ai mis sérieusement en doute la valeur des interprétations par jeux de mots à l’occasion d’une réunion, dans le centre de psychologie clinique où je travaillais. Un confrère présenta triomphalement son explication de la peur des examens d’une étudiante en disant : « c’est la peur des sexes-à-mains  ». J’ignore si l’étudiante a été aidée par cette illumination et si la déculpabilisation de la masturbation lui a permis d’éliminer la peur des examens. Je me souviens que cette objection m’a traversé la tête : si l’étudiante avait été flamande ou allemande, aurait-elle eu également peur des examens ? (Dans ces deux langues, « main » se dit « Hand »…). Depuis je n’ai plus utilisé ce gadget herméneutique que pour plaisanter.

Les freudiens orthodoxes utilisent l’interprétation par jeux de mots, mais ils donnent largement la préférence à des interprétations symboliques. J’illustre la divergence des conceptions par le récit du rêve d’un patient par Janine Chasseguet, alors présidente de la Société psychanalytique de Paris, à un colloque organisé par l’École lacanienne. Chasseguet raconte que l’analysé a rêvé qu’il se trouvait « dans un petit chalet que la masse du mont Blanc vient écraser ». Elle interprète : « Je dis alors que mes associations m’avaient amenée à penser — comme j’imaginais celles des analystes présents — à une attaque contre le sein de la mère, qui, par rétorsion, étouffe le petit garçon, sensation étayée probablement par des expériences précoces de nourrissage ». Réaction des lacaniens : « Ces propos déchaînèrent un tollé accompagné de gloussements et de ricanements. On me lança “cha-let” [chat lait]. (C’est cela que, paraît-il, il eût fallu comprendre. J’avais naïvement peut-être pensé que le petit chalet représentait le Moi timoré de l’enfant face à la masse géante du sein sur lequel il avait projeté toute son agressivité.) On me dit aussi que j’étais “vieux jeu” (sic) et qu’il était évident que je bloquais mes analyses »58. Notons bien que Chasseguet dit « mes associations » et que les lacaniens interprètent illico par un simple calembour.

8. Une explication moderne

Les recherches neurophysiologiques modernes ont montré qu’il y a deux types de rêves. Durant les phases de sommeil profond, les rêves reflètent des préoccupations de la vie quotidienne. Pendant les phases « REM » (où s’observent de Rapid Eye Movements, des mouvements des yeux rapides), le cerveau subit des décharges d’acétylcholine, les centres émotionnels sont suractivés, tandis que la région préfrontale du cortex (dont dépend la pensée logique) est hors circuit. C’est à ce moment que se produisent davantage des rêves chargés d’émotions et souvent illogiques59.

Selon le neuropsychiatre Allan Hobson (Harvard), le cerveau donne du sens à des signaux d’origine interne et effectue, tant bien que mal, une intégration de ces significations, en utilisant des informations stockées : des « restes du jour », des préoccupations persistantes (notamment des conflits non résolus), des souvenirs d’événements passés. C’est la « théorie de l’activation-synthèse ».

Les bizarreries du rêve sont comparables à celles qu’on observe dans les troubles neurologiques. Elles résultent non d’une censure, mais de « synthèses » imparfaites de données sensori-motrices, traitées dans les conditions particulières du sommeil.

Pour Hobson, la majorité des rêves ne sont ni obscurs ni expurgés, mais clairs et bruts de fabrication. Il n’y a pas lieu de distinguer contenu manifeste et contenu latent.

9. Des critères de l’interprétation

Ludwig Wittgenstein, qui s’était beaucoup intéressé à la psychanalyse et dont la sœur avait été analysée par Freud, avait conclu : « Les pseudo-explications fantaisistes de Freud ont rendu un mauvais service. Aujourd’hui n’importe quel âne dispose de ces images pour “expliquer” les symptômes pathologiques »60. On pourrait en dire autant des pseudo-explications de la plupart des analystes d’autres Écoles.

La référence à l’Inconscient, tel qu’il est défini par Freud et ses disciples — fidèles ou dissidents —, permet de maintenir n’importe quelle interprétation. C’est ce qui a été parfaitement compris en 1919 par Karl Popper, qui avait reçu des patients dans un dispensaire créé par Adler. Les systèmes interprétatifs psychanalytiques sont « irréfutables », en ce sens qu’aucun fait ne peut venir remettre en question l’« expert » qui tire de l’« Inconscient » des explications ad hoc. Il en va tout autrement dans les sciences empiriques : là des hypothèses se trouvent effectivement corroborées tandis que d’autres sont réfutées, transformées ou abandonnées.

Le principe de réfutabilité, mis en évidence par Popper, conduit-il à rejeter ou dévaloriser toute discipline herméneutique ? Nullement. La psychologie philosophique et la psychanalyse ont produit des idées fécondes, notamment sur la sexualité (Freud) et sur la valorisation de soi (Adler). Une petite partie du corpus de la psychologie scientifique y trouve son point de départ.

L’évolution idéale des conceptions de la psychologie herméneutique est d’aboutir à des énoncés empiriquement testés, c’est-à-dire confirmés ou réfutés par des observations méthodiques. En cas de confirmation, les énoncés entrent dans le corps théorique — toujours ouvert à révision — de la psychologie scientifique. Lorsque des matières ne se prêtent guère à une opérationnalisation de ce type et que l’approche herméneutique s’avère nécessaire — par exemple pour comprendre l’agencement de l’histoire d’un individu ou d’une nation —, il importe de toujours garder à l’esprit que tous les comportements humains se prêtent à une multiplicité d’interprétations et que la cohérence d’une explication ne constitue nullement la preuve de sa vérité. On peut adopter des règles, qui rapprochent les disciplines herméneutiques des sciences expérimentales : au cours du travail exploratoire, on s’appliquera toujours à envisager plusieurs explications ; on choisira en définitive celle qui rend le mieux compte de la réalité empirique ; on restera disposé à la remettre sérieusement en question si de nouvelles observations viennent contredire l’explication ou si une autre apparaît plus adéquate ; si l’explication donne lieu à des applications pratiques, on comparera son efficacité à celle d’autres explications.

Freud, dans son dernier ouvrage, dont il dit lui-même qu’il est « la version la plus définitive de la psychanalyse » (cf. préface), écrit que les processus et contenus inconscients ne sont que des « inférences », qu’ils doivent être déduits (erschliessen), devinés (erraten)61. Il ajoute : « De quel droit et avec quel degré de certitude effectuons-nous dans ce cas de telles inférences et interpolations ? Cela reste naturellement soumis à la critique dans chacun des cas, et il est indéniable que la décision offre souvent de grandes difficultés, qui s’expriment dans le manque d’accord parmi les analystes »62. Ces déclarations contrastent avec le dogmatisme dont il a fait preuve au long de sa carrière. Ainsi en 1933, il écrivait : « Un dicton populaire assure que nous avons à apprendre de nos ennemis. Je déclare que ceci ne fut pas mon cas »63.

Freud a souvent affirmé que la vérité de sa théorie et la justesse de ses interprétations étaient démontrées par l’efficacité de ses thérapies. Il utilise cet argument pour répondre à l’objection que la psychanalyse n’est qu’un traitement par suggestion particulièrement bien camouflé : « Au terme d’une cure analytique, il faut que le transfert ait été déblayé, et si le succès s’installe ou se maintient, il ne repose pas sur la suggestion mais sur l’opération, accomplie avec son aide, consistant à surmonter des résistances internes, sur la modification interne qui a été obtenue chez le malade »64. Malheureusement, des historiens ont clairement mis en évidence que Freud n’a obtenu quasi aucun succès pour des troubles sérieux. L’état de la plupart des patients s’est aggravé. Certains ont fini à l’asile, d’autres se sont suicidés. Sur les 31 patients, 3 suicides réussis, plus 4 tentatives65. Sans doute est-ce une des raisons du pessimisme de Freud, qui transparaît dans quasi toutes ses photos (taper « Freud » dans Google image). Sa correspondance montre à quel point il a fini par être désillusionné, déprimé, cynique66.

10. L’utilité de l’interprétation de nos rêves

Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, on peut dire que le matériel onirique offre un échantillon de notre état et de nos préoccupations : des désirs certes, mais également des peurs, des aversions, des déceptions ; des souvenirs certes, mais aussi des anticipations, des tentatives de se préparer à des éventualités heureuses ou effrayantes. Des recherches67 montrent que Robert (1866) avait raison de dire qu’on rêve de choses auxquelles on a évité de penser pendant la journée, ce qui est tout différent de la théorie de Freud qui, lui, parle de souhaits refoulés, c’est-à-dire de représentations maintenues dans l’Inconscient à cause de la censure intérieure68. Les personnes déprimées rêvent beaucoup moins souvent d’accomplissements de souhaits que d’échecs, de déficiences, de la perte d’êtres chers ou d’objets de valeur69.

Le rêve traduit des éléments de la vie en images, de façon fragmentée, désordonnée, caricaturale. Il est une forme d’activité mentale primitive, qui génère parfois des idées fécondes et des réponses à des questions, mais son interprétation n’en est pas pour autant « la via regia menant à la connaissance de l’inconscient »70 ou à la découverte du Soi profond.

En définitive, on peut tenir compte des rêves pour un peu mieux se connaître, surtout si des thèmes reviennent régulièrement, mais on aurait tort de les prendre très au sérieux. Il est plus instructif et utile d’observer et d’analyser, de façon méthodique, ce que nous faisons dans la vie quotidienne71. Curieusement Freud va dans ce sens à la dernière page de son grand ouvrage sur le rêve : « Pour juger du caractère de l’homme en fonction de nos besoins pratiques, il suffit le plus souvent de l’acte et des opinions s’exprimant consciemment. L’acte avant tout mérite d’être placé au premier rang »72.

La nuit, dit-on, porte conseil. Il arrive que l’on trouve des idées judicieuses au cours d’un rêve ou au réveil. L’exemple le plus célèbre est celui du chimiste Friedrich Kékulé, qui aurait découvert la structure cyclique du benzène en rêvant d’un serpent qui se mord la queue. Notons que Kékulé avait dû beaucoup penser à cette structure à l’état d’éveil. Notons encore qu’il a raconté cette histoire 35 ans après sa découverte73. Ce délai me laisse rêveur.

Je conclus la question de l’utilité en laissant la parole à François Roustang, célèbre déconverti de la psychanalyse : « A force de se préoccuper de sa prétendue vie intérieure, de ses pensées, de ses fantasmes et de ses rêves, on se perd dans l’analyse de soi, on devient, comme Narcisse, amoureux de sa propre image et on lui substitue l’intérêt que devraient avoir les choses et les êtres de chair et de sang. Il s’ensuit que la réalité n’a plus de consistance. [...] De préalables en préalables toujours nécessaires à inventorier, c’est le cours de la vie qui se dessèche. L’organisme n’étant plus irrigué par le toucher du monde, la dépression est au rendez-vous »74.

Les références à l’œuvre de Freud sont :

  1. le volume et la page des Gesammelte Werke (Fischer) ;
  2. le volume et la page des Œuvres complètes parues aux PUF.

1 Essais, Livre III, ch. XI. (Maiorem fidem homines adhibent iis quae non intelligunt. Cupidine humani ingenii libentius obscura credunter. La 2e phrase est de Tacite, Histoires, I, 22).

2 Cf. Onfray, M. (2006) Les sagesses antiques. Grasset, ch. V.

3 Onirocriticon (La clé des songes). Trad. Vrin, I 45.

4 Leçons d’introduction à la psychanalyse (1917) XI 156s ; XVI 3s.

5 L’interprétation du rêve (1900) II 103 ; IV 134.

6 Onirocriticon, Op. cit., I : 78, 79.

7 34 : 2, 4. Bible de Jérusalem. Cerf, 1956, p. 939.

8 L’interprétation du rêve, II 488 ; IV 535.

9 Aphorismes, 3e cahier, 1779. Trad., Les presses d’aujourd’hui, 1980, p. 98.

10 Dictionnaire philosophique (1771) Rééd., Garnier, 1954, p. 544.

11 Cité par Freud, L’interprétation du rêve, II 26s ; IV 53.

12 Lettres à Wilhelm Fliess. Trad., PUF, 2006, pp. 427, 449.

13 L’interprétation …, Op. cit., II 95 ; IV 86.

14 Autoprésentation (1925) XIV 70s ; XVII 91.

15 L’interprétation …, Op. cit., II 140 ; IV 170.

16 Du rêve (1901) III 695s ; V 66s (ajout de 1911).

17 Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse (1933) XV 12 ; XIX 92.

18 L’interprétation du rêve, II 100 ; IV 131.

19 Fragment d’une analyse d’hystérie (1905) V 229 ; VI 247.

20 Morewedge, C. & Norton, M. (2009) When dreaming is believing. Journal of Personality and Social Psychology, 96 : 249-264.

21 “Remarques sur la théorie et la pratique de l’interprétation du rêve” (1923) XIII 308s ; XVI 174.

22 Nouvelle suiteOp. cit., XV 10 ; XIX 90.

23 L’interprétation …, Op. cit., II 530 ; IV 578.

24 C’est la conviction de David Bakan, développée dans Freud et la tradition mystique juive. Trad., Payot, rééd., 2001, 266 p.

25 Cité par René Pommier (2011) Thérèse d’Avila. Très sainte ou cintée ? Paris : Kimé, p. 15.

26 Du rêve (1901) Ajout de 1911, II/III 697 ; V 68.

27 Binswanger, L. (1970) Discours, parcours, et Freud. Trad., Gallimard, p. 268.

28 “Les chances d’avenir de la thérapie psychanalytique” (1911) VIII 106 ; X 65.

29 Leçons d’introduction à la psychanalyse (1917) XI 159 ; XIV 162.

30 Nouvelle suiteOp. cit., XV 23 ; XIX 103.

31 Éd. Laffont, 1982, p. 413.

32 Correspondance 1873-1939. Trad., Gallimard, 1966, p. 166.

33 L’interprétation …, Op. cit., II 589 ; IV 638.

34 Ibidem, II 140 ; IV 170

35 Ibidem, II 164 : IV 194 [Ajout de 1914].

36 Cité par Freud in “Constructions dans l’analyse” (1937) XVI 43 ; XX 61.

37 Lettres à Wilhelm Fliess. Op.cit., p. 365.

38 “La sexualité dans l’étiologie des névroses” (1898) I 506 ; III 231.

39 “Une pratique de bavardage”, Ornicar ? Bulletin périodique du champ freudien, 1979, 19 : 7.

40 Au-delà du principe de plaisir (1920) XII 11 ; XV 283.

41 Abrégé de psychanalyse (1940) XVII 93 ; XX 261

42 La vie et l’œuvre de Sigmund Freud. Vol. 3. Trad. PUF, 1969, p. 307.

43 “On the interprétation of dreams”, International Journal of Individual Psychology, 1936, II : 3-16.

44 “Remarques sur la théorie et la pratique …”, Op. cit., XIII 310 ; XVI 176.

45 Lettre du 10-8-1910 à Jung.

46 Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique (1914) X 103 ; XII 305s.

47 Psychology and Religion (Pantheon Books, 1958, p. 50). Cité par J.-L. Le Quellec (2013) Jung et les archétypes. Un mythe contemporain. Éd. Sciences Humaines, p. 121.

48 Pour des détails : Shamdasani, S. (2005) Psychanalyse, marque déposée. In Meyer, C. et al., Le livre noir de la psychanalyse. Les Arènes, p. 162-177. Éd. 10/18, p. 205-225.

49 Lettre du 18-12-1912. In Correspondance. Op. cit., p. 311 (italiques de Jung).

50 Hale, N. (1971) James Jackson Putnam and Psychoanalysis. Harvard University Press, p. 146.

51 Écrits, Seuil, 1966, p. 268.

52 “L’insu que sait de l’une-bévue, s’aile a mourre” [sic], Ornicar ? Bulletin périodique du champ freudien, 1978, 14, p. 5.

53 Écrits. Op. cit., p. 269.

54 Ibidem, p. 512.

55 Le triomphe de la religion. Seuil, 2005, p. 96.

56 Ecrits, Op.cit., p. 498.

57 Autoprésentation (1925) XIV 66 ; XVII 88.

58 Freud mis à nu par ses disciples mêmes. Revue française de Psychanalyse, 1975, 39 : 171.

59 Hobson A, Pace-Schott, E. & Stickgold, R. (2000) Dreaming and the brain : Toward a cognitive neuroscience of conscious states. Behavioral and Brain Sciences, 23 : 793–842.

60 Culture and Value (1946) Blackwell - University of Chicago Press, 1984, p. 55.

61 Abrégé de psychanalyse (1940) XVII 82 : XX 250.

62 Ibidem, XVII 127 ; XX 295.

63 Nouvelle suiteOp. cit., XV 150 ; XIX 223.

64 Leçons … Op.cit., XI 471 ; XIV 470.

65 Borch-Jacobsen, M. (2011) Les patients de Freud. Ed. Sciences Humaines, 224 p. Compte rendu : Les patients de Freud - Destins

66 voir : Les désillusions de Freud sur l’efficacité thérapeutique de sa méthode (1)

67 Wegner, D., Wenzlaff, R. & Kozak, M. (2004) Dream rebound. Psychological Science, 15 : 232-236.

68 L’interprétation …, Op. cit., II 603s ; IV 653s.

69 Beck A. & Ward C. (1961) Dreams of depressed patients. Archives of General Psychiatry, 5 : 462-467.

70 L’interprétation …, Op. cit., II 613 ; IV 663.

71 Ce thème est largement développé p.ex. dans Van Rillaer, J. (2012) La nouvelle gestion de soi. Mardaga, 332 p.

72 L’interprétation …, Op. cit., II 626 ; IV 676.

73 Ramsay, O. & Rocke, A. (1984) cité par Le Quellec, Op. cit., p. 146.

74 La fin de la plainte. Odile Jacob, 2000, p. 63.

Mis en ligne le 12 avril 2016
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