Affaires, litiges, controverses du contentieux astrologique

Claude Thébault. Astrolegalis.com, 2015, 130 pages, 13,32 €

Note de lecture de Martin Brunschwig - SPS n° 315, janvier 2016

Claude Thébault tient depuis janvier 2015 le site Astrolegalis.com et publie en version numérique un petit livre qui s’intéresse surtout à l’aspect juridique de l’astrologie. Il s’agit de billets rédigés sur le site, pour certains modifiés ou même entièrement réécrits, d’autres complétés exclusivement pour cet ouvrage. Le concept est intéressant et peut être une mine pour des juristes ou des victimes de charlatans. L’auteur cite de nombreux textes de loi et donne des armes solides, complétant en cela ses autres ouvrages, mentionnés sur son site : Régimes juridiques de l’horoscope, L’astrologie et la loi et Astrologie financière et boursière, les prestations illicites.

L’ouvrage traite d’aspects spécialisés de l’astrologie : l’astromédical, une discipline sans doute plus facile à contrer, puisqu’elle est susceptible de se heurter à toutes les lois et directives sur l’exercice illégal de la médecine ; la psycho-astrologie et, dans une partie particulièrement intéressante, l’astrologie boursière, dont l’auteur semble spécialiste, comme le montre l’ouvrage spécifique sur la question citée ci-dessus.

Cette partie, notamment, est émaillée d’anecdotes assez savoureuses, comme cet « astro-boursier », soucieux d’éviter la concurrence, qui intenta un procès en charlatanerie à l’une de ses concurrentes. Résultat : un jugement qui ôtait à tout le secteur, donc à lui-même, la propriété intellectuelle de leurs écrits ! Cette décision prive donc intrinsèquement tous les astrologues boursiers de la possibilité de commercialiser leurs pronostics, dans la mesure où rien n’y est original, « ni en idées, ni en expressions, ni en style qui [soit] protégeable au sens du code » (p. 52) (ou, quand on se tire une belle balle dans le pied). Ces failles ou ces décisions de justice sont mises en évidence par C. Thébault, mais il reste à les appliquer juridiquement : dans les faits, ces pratiques commerciales continuent, bien sûr...

Il en est également ainsi du manquement à des obligations simples, telles que les assurances professionnelles. Le cas d’une astrologue boursière est cité : non assurée, elle croit « s’en tirer » par une mise en garde à ses lecteurs (du style « toutes ces informations sont données à titre indicatif ») qui va, elle aussi, à l’encontre de l’activité prétendue elle-même : si des conseils sont vendus en tant que tels par un analyste financier, quel que soit le support de ces analyses, ce n’est certes pas pour conseiller à demi-mot à ses lecteurs de s’en méfier. Cela va même encore plus loin, puisque des exemples de conseils sont reproduits, dont celui-ci, vraiment délectable : « soit les marchés repartent à la baisse franchement demain, soit ils vont se maintenir, et probablement progresser davantage  ». Une analyse qui a tout de même un avantage : elle sera vérifiée !

L’ouvrage, dans sa globalité, offre une légère impression de brouillon, avec beaucoup de coquilles, des phrases parfois non rédigées ou des virgules anarchiques. L’escroquerie, la charlatanerie pure et simple sont rarement évoquées en tant que tels, mais l’auteur donne surtout des armes pour taper dans les failles, un peu comme Al Capone, condamné pour fraude fiscale.

Mais outre ces armes offertes aux juristes (espérons qu’ils soient saisis ! Et ne serait-ce que pour cela, diffuser ce livre est important), quelques faits plus généraux sont soulignés par l’auteur pour dénoncer l’astrologie. Il fait état, par exemple, de cas d’abus sexuels, sur fond de « compatibilité astrale » : un supérieur prétend qu’une collaboratrice est compatible, et peut ainsi lui forcer la main au motif que « les astres ont parlé » ou que « c’est écrit ». Ou également une intéressante dénonciation des dégâts que peut faire l’astrologie sur les personnes les plus fragiles : « les individus équilibrés écarteront ces niaiseries astrologiques. Les autres, en revanche, à faible estime de soi, envahis par des sentiments de perte d’espoir, à l’humeur perturbée, dépressifs, portés aux idées négatives, aux croyances singulières, saugrenues, anormales, fêlées, entreront en dépendance  » (p. 103).

Effectivement, l’astrologie fait ses principales victimes dans une population sans doute fragile, ce qui la rend encore plus méprisable. C. Thébault a bien raison de le souligner. En tout cas, il est certain que ce livre s’adresse principalement à des juristes, des étudiants en droit, des chasseurs de charlatans ou des magistrats, ou au public intéressé par cette approche juridique de l’astrologie.

Mis en ligne le 30 janvier 2016
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