Cures « détox » : intox !

par Stéphanie Krafft - SPS n° 312, avril 2015.

Version intégrale de l’article abrégé paru dans la revue.

Un excellent article1 écrit par Scott Gavura2 aborde le sujet des cures détox.
« Detox : What “They” Don’t Want You To Know » (« Detox : ce qu’“ils” ne veulent pas que vous sachiez ») est paru le 1er janvier 2015 sur le site Science Based Medecine.

Les cures « détox » sont à la mode, notamment après les fêtes ou avant les vacances d’été. Le but serait de purifier son organisme des toxines accumulées par des mauvais comportements alimentaires. D’ailleurs, Top Santé dans son édition de février 2015 nous annonce en couverture un article de circonstance « Après les fêtes, je m’allège avec la nouvelle détox énergie ! ».

C’est l’occasion de mettre en parallèle ces deux sources d’information et de faire le point sur le sujet.

La vraie cure de détox

La seule « vraie » cure de détoxification se pratique sous contrôle médical lorsque le patient est victime d’un empoisonnement (aux métaux lourds notamment). Il s’agit d’un traitement chélateur consistant à injecter au patient une molécule qui va se fixer à la substance à éliminer de l’organisme. L’élimination par voie rénale s’en trouve alors facilitée.

La cure détox que l’on nous vend (celle proposée en dehors du cadre médical) n’a, la plupart du temps, rien à voir avec ce processus. Et dans le cas où il s’agit d’un véritable traitement chélateur, il ne doit être pratiqué que sur indication précise et comporte des risques, imposant un contrôle médical strict.

Finalement, les cures détox promues à grand renfort de publicité sont sans fondement médical et relèvent d’une simple stratégie marketing ou de charlatanisme. De nombreux produits « détox » sont en vente, certains programmes étant même concoctés par des personnalités médicales médiatiques. C’est aussi le cas en France, avec par exemple Gilles-Eric Séralini et la société Sevene Pharma3.

Dans Top Santé, le médecin qui propose la « nouvelle détox énergie » travaille dans un centre qui propose des « cures détox » en Espagne. Des « recommandations détox » à prendre avec des pincettes, donc, puisqu’il ne s’agit, ni plus ni moins, que de la publicité pour ce centre de remise en forme.

Les vraies et les fausses toxines

Le terme « toxines » est souvent utilisé de manière impropre. En toxicologie, une toxine est une substance toxique produite par un être vivant : par exemple par des bactéries (biotoxines) ou des champignons (mycotoxines). Citons la toxine botulique, rare biotoxine à ne pas être détruite par les sucs gastriques. D’ailleurs, il est à noter qu’aucune « cure détox » ne prétend vous débarrasser de ces « vraies » toxines.

La cure détox part du postulat que plusieurs facteurs favoriseraient l’accumulation de « toxines » dans l’organisme, plus précisément dans le foie ou les reins. Ces facteurs seraient : additifs alimentaires, OGM, gluten (le nouvel ennemi), pesticides, polluants, stress, alcool, fatigue, surpoids, mauvaises habitudes alimentaires… Et les prétendues toxines créées par ces facteurs sont accusées de causer toutes sortes de maladies. D’où la prétendue nécessité de les éliminer afin de purifier notre corps, retrouver la forme et la ligne. D’ailleurs, on nous rappelle dans Top Santé que « surpoids et toxines peuvent mener à de nombreux problèmes de santé ». Pour qui lit cela, l’effet anxiogène est garanti.

En réalité, nos organes se chargent eux-mêmes de purifier notre organisme. Notre foie est auto-nettoyant, aucun produit toxique ne s’y accumule, sauf en cas de maladie. Et, comme vu plus haut, l’acidité de l’estomac permet de toute façon de détruire les éventuelles toxines ingérées en même temps que les aliments (les vraies toxines).

Le danger des traitements détox

Les traitements détox sont donc inutiles et peuvent s’avérer dangereux. Des pratiques comme des « lavements au café » n’ont fait preuve d’aucune efficacité. Et surtout, ils peuvent causer des perforations rectales, des septicémies ou des déséquilibres électrolytiques (déséquilibres dans les concentrations de sels minéraux présents dans le corps, ce qui peut entraîner diverses complications)4. Des cures avec injections de vitamines peuvent s’avérer risquées si le praticien n’observe pas des règles strictes de stérilité et d’hygiène du matériel (risque de transmission de maladies).

Des « régimes détox » proposés par des magazines peuvent aussi faire prendre de mauvaises habitudes alimentaires. Par exemple, dans Top Santé, on nous conseille d’éviter les protéines animales durant les sept jours de cure. Or la viande est une des meilleures sources d’apport en fer pour l’organisme, et on peut se demander quel bénéfice cela apporte de ne pas absorber de protéines animales durant une semaine. Surtout, cela ne risque-t-il pas de conduire le lecteur à penser que la viande est mauvaise pour sa santé, avec pour conséquence une modification de son régime alimentaire sur le long terme, entraînant dans ce cas des carences ?

Un autre effet pervers de ces pratiques, c’est qu’elles entretiennent des croyances erronées sur le fonctionnement du corps humain : non, il n’y a pas besoin de se « laver » les organes ! Et aussi sur les aliments : en quoi les protéines animales seraient-elles toxiques pour l’organisme ? L’effet anxiogène de telles allégations sans fondement scientifique est parfait pour vendre les prétendus remèdes5.

Certaines cures détox sont cependant sans risque pour la santé, comme la cure détox homéopathique, car sans effet spécifique, sauf pour le portefeuille du client.

Cures détox ou cures marketing ?

Parmi les cures détox, il existe des « kits détox », qui sont des produits purement marketing, dans la mesure où ils prétendent débarrasser notre corps d’agresseurs qui n’existent pas. Ils contiennent généralement deux types de composés : un ingrédient censé nettoyer le foie, comme du jus d’artichaut sauvage, par exemple, et un laxatif. En consommant ces produits, on s’expose à des effets divers : diarrhées, nausées, perte de poids… c’est peut-être ça, l’effet détox ?

De même, les « régimes détox » comme celui proposé par Top Santé (7 jours de menus détaillés à l’appui) comportent en général principalement des légumes, qu’ils soient crus ou en soupe. Effet laxatif garanti. Et puis, pour compléter ce régime, pourquoi ne pas payer une cure détox dans le centre qui est encensé par le magazine ?

Typiquement, les programmes détox payants doivent être pris sur un période assez longue (un mois généralement, mais cela dépend des programmes) et représentent donc un certain coût pour l’utilisateur.

Finalement, la seule efficacité des produits et programmes de détox est celle d’enrichir ceux qui les vendent6.

Intox ou détox ?

Pour être en forme, rien ne vaut une alimentation « saine » et équilibrée (éviter les aliments trop gras, ou trop sucrés, par exemple) et pratiquer un peu d’exercice physique tous les jours. En plus, c’est moins cher qu’une cure détox.

Si l’absorption éventuelle de toxines vous tracasse, sachez que le fait de bien laver ses légumes avant utilisation est une mesure simple, efficace et peu onéreuse pour éviter d’absorber de vraies toxines.

Comme dit Scott Gavura dans son article : « Une meilleure santé ne se trouve pas dans une boîte d’herbes, une bouteille d’homéopathie ou un paquet de café avalé par le rectum, (...) nos reins et notre foie n’ont pas besoin d’un traitement détox ».

Enfin, n’oublions surtout pas d’épargner à nos cellules grises les « toxines » intellectuelles. Cultiver tous les jours notre esprit critique nous permettra d’éviter une cure détox pour le cerveau !

Ce qu’en disent les distributeurs de produits « Détox »

L’association britannique « Sense about science » (aux objectifs proches de ceux de l’AFIS en France) a réalisé en 2009 un dossier [1] sur le sujet « détox » dans le cadre d’une campagne visant à rechercher les bases scientifiques à l’appui des proclamations les plus médiatisées.

Ainsi, les fournisseurs de quinze des produits les plus vendus ont été contactés pour leur demander ce qu’ils entendaient par « détox » et quels faits ou études ils avaient recueillis à l’appui des vertus alléguées de leurs remèdes.

Les principales conclusions tirées par l’association sont édifiantes :
- Il n’y a pas deux sociétés utilisant la même définition du mot « détox ».
- Très peu d’éléments concrets sont donnés à l’appui des allégations faites quant aux vertus des cures de détox, voire aucun.

Dans la majorité des cas, les producteurs ou les distributeurs de ces produits ont dû admettre ne pas être capables de justifier leurs approches par autre chose que des banalités et des paraphrases autour du nettoyage, de la purification…

Le dossier conclut que la « détox » utilisée comme produit marketing est un mythe qui ignore la manière dont le corps humain fonctionne et, dans certains cas, propose des remèdes potentiellement dangereux.

[1] http://www.senseaboutscience.org/pa...

1 http://www.sciencebasedmedicine.org...

2 http://www.sciencebasedmedicine.org...

3 http://www.lefigaro.fr/sciences/201...

4 Voir aussi Green S. A critique of the rationale for cancer treatment with coffee enemas and diet. JAMA 1992 ;68:3224-6

5 Voir aussi le dossier « La théorie de la détoxication » sur http://www.charlatans.info/detoxica...

6 Voir aussi « Les régimes détoxifiants : de l’intox » http://www.charlatans.info/news/Les...

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