Tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur les thérapies manuelles

Nicolas Pinsault, Richard Monvoisin. PUG, Points de vue & débats scientifiques, 2014, 310 pages, 19 €

Note de lecture de Jean Brissonnet

Les auteurs commencent par s’expliquer sur leurs intentions : « Ce livre est rédigé dans l’objectif qu’un maximum de gens puisse faire leur choix en matière de santé en pleine connaissance de cause : que les options qui soient présentées au patient comme au thérapeute soient débarrassées d’intérêts idéologiques, financiers, politiques ou commerciaux et que les patients puissent s’approprier les décisions qui les concernent ».

On nous propose donc de comprendre la science dans son fonctionnement. On y trouve les questions fondamentales (Qu’est-ce que la science ? Peut-on parler de science collective ? Le problème de la croyance, etc.), ainsi que les habituels outils de choix : la maxime de Hume, la charge de la preuve, le rasoir d’Occam, la réfutabilité, etc.…

Puis vient le cœur du livre avec l’histoire des thérapies manuelles, leur comparaison et la revue de détail des disciplines les plus connues et les plus installés dans le paysage thérapeutique. On y trouve bien sûr l’hydrothérapie, la kinésithérapie, l’ostéopathie, la chiropraxie, l’étiopathie, sans compter la méthode Mézières, le toucher thérapeutique, la fasciathérapie et bien d’autres encore.

La conclusion finale de ce passage, en tout point fondamental, est la suivante : « l’étude est claire : elle montre que la plupart des théories que l’on présume anciennes sont au contraire de factures récentes. On notera que la prémisse de ces théories est souvent mystique, ou théiste et que le fondateur, souvent un homme, suit des intuitions transcendantales, généralement sans prendre le temps de donner des éléments de preuve. L’efficacité propre qui pourrait expliquer l’enthousiasme de départ n’est pas démontrée, ce qui ramène la thérapie dans le marécage des thérapies basées sur les effets contextuels tant que personne ne prendra soin de montrer des éléments factuels ».

Et la kinésithérapie traditionnelle dans tout cela ? On pourrait s’attendre à ce que cette discipline soit épargnée, encensée, et même, placée au sommet de la pyramide dans la mesure ou l’un des auteurs est lui-même kinésithérapeute. Il n’en est rien et ce point par lui-même nous montre combien ils ont su faire preuve d’objectivité, de lucidité, et de franchise.

Ils insistent en effet sur la nécessité de « passer la kinésithérapie à la même moulinette que les autres thérapies choisies pour ce livre ».

Pour eux : « la kinésithérapie est une discipline (re)constituée de compétences diverses, en patchwork, initialement partagé par différentes professions désormais partenaires ou concurrentes ».

Ils avouent que la chose est difficile, car « contrairement aux autres la kinésithérapie ne repose pas (certains ironiseront “même pas”) sur une théorie unifiée, sur un principe de base que l’on pourrait discuter. Elle n’est pas un arbre touffu, enfonçant ses ramifications théoriques dans le sol, mais un assemblage de petits arbustes hétéroclites, et à ce titre, elle n’offre pas de prise à une critique systématique, comme les autres précités qui, elles, se fondent sur le principe central » et ils concluent avec honnêteté que « la kinésithérapie est une friche d’arbustes en grande partie morts ou rachitiques, mais qui héberge quelques belles pousses. Tout l’art consistera à ne pas perfuser les branches mortes, accepter de tailler comme on taille un beau rosier et soigner les jeunes pousses ».

La suite de l’ouvrage nous apprendra que cette tâche sera d’autant plus difficile que, tout comme les médecins, ils sont soumis à des visites médicales, à des pressions commerciales, « ces démarchages commerciaux agressifs qui les conduisent bien souvent à faire de nouvelles acquisitions comme les appareils d’électrostimulation, d’ultrasons, d’analyse de marche, etc. », et qu’ils ont avec les institutions des relations souvent compliquées, qu’il s’agisse de reconnaissance ou de remboursement.

Suivent ensuite de sages conseils concernant l’utilisation de la bibliographie, qui sont présentés sous forme de préceptes souvent amusants : « comme le saumon, à la source tu remonteras, les rouages de la publication tu maîtriseras, etc., etc. » ; quant au lecteur, même initié, il y trouvera aussi la possibilité de perfectionner ses connaissances sur les protocoles expérimentaux (échantillonnage, contrôle, statistique, etc.) et de bénéficier de fructueux conseil sur l’usage de l’esprit critique.

En résumé, ce livre devrait être offert à tout étudiant qui entame des études de kinésithérapie pour qu’il en fasse son livre de chevet, sa référence permanente et il devrait figurer en bonne place dans la bibliothèque de toute personne attirée par les thérapies manuelles.

Dans sa préface Normand Baillargeon écrit : « J’ai beaucoup appris de ce livre et je suis persuadé que vous en apprendrez vous aussi énormément. Il constitue à mes yeux une précieuse contribution à nos échanges collectifs et à des débats qui doivent être tenus. Il est en effet un remarquable exemple de la manière dont ceux-ci devraient être conduits : de manière respectueuse, mais aussi informée, exigeante et rigoureuse ».

Peut-on trouver meilleure conclusion ?

Mis en ligne le 2 octobre 2014
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