Animal nutrition with transgenic plants

Édité par Gerhard Flachowsky. CABI Biotechnology Series, 2013, 234 pages, 107,33 €

Note de lecture de Louis-Marie Houdebine

Les biotechnologies végétales, y compris l’utilisation des OGM et en particulier des PGM (plantes génétiquement modifiées), continuent à être la matière de nombreuses publications. Le livre édité par G. Flachowsky n’est pas un ouvrage de vulgarisation de plus. Il est clairement destiné à des lecteurs avertis même si les nombreuses données qu’il contient peuvent et devraient être connues par un plus grand nombre de citoyens.

Le livre est divisé en quinze chapitres très bien documentés et étayés par de nombreuses publications. Il est agrémenté de figures et tableaux aisément compréhensibles et il se termine par un index très détaillé de onze pages. Le livre est résolument à vocation internationale, ce qui est immédiatement décelable lorsqu’on consulte la table des matières et le nom des auteurs, et explique qu’il soit en langue anglaise.

La situation mondiale

Les deux premiers chapitres sont un rappel de la situation alimentaire mondiale actuelle et de celle qui s’annonce pour les décennies à venir. Ces réflexions synthétiques sont les bienvenues même si on les trouve dans d’autres ouvrages.

Il est rappelé dans le premier chapitre qu’acquérir une bonne maîtrise de l’alimentation mondiale est non seulement équitable mais est aussi un passage obligé pour maintenir la paix sur Terre. L’auteur constate que les préoccupations mondiales dans ce domaine sont passées de la sécurité sanitaire des aliments (années 1950) à la sécurité de leur production (actuellement) et que ces deux exigences devront être satisfaites au-delà de 2020. Il prévoit que les collaborations public-privé devront être de plus en plus nombreuses pour répondre aux besoins des consommateurs.

Le chapitre 2 est essentiellement une synthèse des techniques mises en œuvre pour les projets de biotechnologies végétales.

Le chapitre 3 est une analyse détaillée des règlements en vigueur dans les principaux pays concernés pour préserver l’environnement ainsi que pour assurer la sécurité des aliments issus des PGM et destinés aux animaux d’élevage. Il est rappelé que diverses instances nationales et internationales sont en charge de ces questions : agences nationales de sécurité, UE (28 pays), OCDE (34 pays), Codex Alimentarius (180 pays), ILSI (International Life Sciences Institute) et autres. Ces réglementations ont été largement publiées mais plus rarement de manière comparative. Il existe des différences dans la réglementation des divers pays mais elle tend à se normaliser, ce qui doit contribuer à mieux assurer la sécurité et faciliter les échanges commerciaux.

Deux générations de PGM

Dans plusieurs des chapitres qui suivent, une notion importante qui n’a pas été suffisamment explicitée est décrite de manière précise. Il s’agit des différentes générations de PGM. Le classement en vigueur fait une claire distinction entre les PGM de première et deuxième génération. Ce classement ne fait pas tant référence à la chronologie qu’à la nature des projets. Les PGM de première génération (essentiellement celles qui sont actuellement commercialisées) ont pour but d’améliorer les techniques de culture mais non de modifier les propriétés alimentaires des plantes. Ce choix des industriels a été injustement décrié. Il est en effet plus facile et moins risqué1 (sur les plans technique, alimentaire et commercial) de n’ajouter à des plantes que des caractères de résistance à des insectes ou des herbicides, que de modifier la plante en tant que telle. Ces PGM de première génération remportent un succès sans précédent dans l’histoire des semences parce que les agriculteurs en sont les premiers bénéficiaires. Les consommateurs, qui ont massivement quitté le milieu rural, n’ont pas perçu la logique qui allait mener aux PGM de deuxième génération. Ces PGM sont des variétés génétiquement modifiées pour améliorer la valeur nutritive des aliments, qu’ils soient destinés aux consommateurs animaux ou humains. Un exemple de PGM de deuxième génération est le riz doré qui est capable de palier les dramatiques déficiences en vitamine A de nombreuses populations2.

La distinction entre les deux générations de PGM présente l’avantage de définir plus clairement ce que doit être l’évaluation des risques alimentaires putatifs des PGM (chapitre 4). En effet, comme attendu, les PGM de première génération actuellement commercialisées ont la même composition chimique et biochimique ainsi que les mêmes propriétés alimentaires que les plantes contrôles. C’est sur cette base que s’appuient ceux qui préconisent de n’imposer des tests de toxicité de 90 jours sur des rats qu’au cas où des PGM de première génération n’auraient pas la même composition ni la même valeur nutritive que les plantes de référence. Il n’en va pas de même pour les PGM de deuxième génération qui par essence sont différentes des plantes dont elles sont issues. Les modifications génétiques sont alors plus complexes et ressemblent davantage à ce qui se passe lors de la sélection génétique classique. L’évaluation des risques alimentaires pour les consommateurs animaux et humains comporte donc logiquement, au cas par cas, des tests plus approfondis que ceux appliqués aux PGM de première génération.

Le chapitre 5 dresse une liste des PGM destinées à l’alimentation animale et des tests de sécurité alimentaire mis en œuvre. Ce chapitre fait apparaître un nombre beaucoup plus élevé de projets que ce qui est généralement admis. Il en est de même pour les tests d’alimentarité de longues durées, voire ceux portant sur plusieurs générations d’animaux d’élevage cibles.

Le chapitre 6 est un inventaire des projets mettant en œuvre des PGM de première génération destinées à être consommées par des animaux dont les produits sont utilisés pour l’alimentation humaine. Des tableaux résument les conclusions des tests, en particulier de longue durée sur des animaux cibles. Ces tests apparaissent, là encore, beaucoup plus nombreux et concluants que ce que pensent la plupart des consommateurs. Aucun effet négatif des PGM n’est observé. Le chapitre 8 résume également les résultats des tests de toxicité à long terme de PGM de première génération : trente-trois tests qui ne révèlent aucun effet toxique et qui confirment les conclusions des tests de 90 jours sur rats et donc valident encore, s’il en était besoin, la pertinence de ces tests sub-chroniques.

Le chapitre 7 est semblable au précédent mais il est consacré aux PGM de deuxième génération. Un grand nombre de projets en cours consiste à supplémenter les plantes avec des composés qui font défaut dans l’alimentation de centaines de millions de consommateurs humains. Les supplémentations concernent essentiellement les protéines totales, les acides aminés essentiels, les vitamines A, E et C, le fer, le zinc, le calcium et le sélénium, des acides gras, des enzymes digestives et les antioxydants. L’élimination de molécules naturelles indésirables est également à l’ordre du jour (toxines, phytate, gluten, allergènes, perturbateurs endocriniens).

Les études décrites dans le chapitre 10 ont pour but de mesurer les effets des PGM sur la composition et la qualité des produits provenant des animaux d’élevage qui ont consommé des PGM. Comme attendu les PGM de première génération n’ont aucun effet et celles de la deuxième génération ont effectivement des effets. Plusieurs tableaux récapitulatifs indiquent que les animaux nourris avec des PGM supplémentés par des vitamines ou des minéraux n’accumulent pas ces composés. Les consommateurs humains ne peuvent donc bénéficier de ces composés que s’ils mangent eux-mêmes les PGM. Comme attendu également, la composition en acides gras des animaux, que l’on sait ne pas être intégralement digérés et capables de se stocker dans les tissus des consommateurs, est alors modifiée par les PGM. Les consommateurs tirent ainsi profit indirectement de ces PGM de deuxième génération. C’est le cas également pour les PGM contenant moins de molécules naturelles indésirables non dégradées par l’appareil digestif et donc transmissibles aux consommateurs humains via les produits alimentaires issus des animaux.

Innovation et projets

Les données du chapitre 12 complètent celles des chapitres 7 et 10. Ces données sont un inventaire impressionnant des projets en cours, essentiellement pour des PGM de deuxième génération : 34 variétés supplémentées en acides aminés, 23 variétés ayant un contenu en phytate diminué, 16 variétés dont la digestibilité est améliorée et 15 variétés dont la composition en acides gras a été améliorée. Au total cent projets sont en cours dans le monde dont dix en phase terminale d’évaluation aux États-Unis et un en Chine.

Le chapitre 11 fait un bilan de l’utilisation des MGM (microorganismes génétiquement modifiés) dans l’alimentation animale qui n’est pas négligeable et devrait aller croissante. Les MGM sont la source de produits purs comme les acides aminés, d’extraits de bactéries sans ADN, de produits dans lesquels les MGM ne sont qu’en partie inactivés, ou encore, de produits bruts non inactivés.

La question souvent soulevée de la transmission des transgènes et des protéines correspondantes aux consommateurs est traitée dans le chapitre 9. Aucune transmission n’a lieu.

Le chapitre 13 entier dresse un inventaire des PGM en Asie. La Chine, qui fait peu parler d’elle dans ce domaine occupe la deuxième place mondiale après les États-Unis. Ce pays est relativement autonome et va le devenir encore plus à la suite des investissements importants consentis. L’Inde s’est focalisée sur le coton mais elle développe ses propres PGM en particulier des plantes vivrières. Le Japon a ses propres projets et les Philippines commencent.

Les aspects économiques des PGM sont un point crucial et sujet à discussion. Les analyses rapportées dans le chapitre 14 indiquent sans ambiguïté que les agriculteurs, et surtout ceux des pays pauvres et des pays en émergence, tirent globalement de la culture des PGM des bénéfices substantiels. Ce succès des PGM, qui n’auraient pas pu avoir lieu sans cela, a un impact positif très significatif sur la vie des agriculteurs, en permettant aux plus pauvres d’acheter davantage de nourriture et de mieux se soigner. La réduction de l’utilisation de pesticides que permettent certaines PGM a également un impact positif direct sur la santé des agriculteurs. Ces conclusions globales doivent être modulées en fonction des projets et des pays.

PGM et société

L’acceptabilité des PGM est très variable selon les pays (chapitre 15). Six partenaires sont impliqués : les agriculteurs, les entreprises de l’agro-alimentaire, les vendeurs de produits à base de PGM, les consommateurs, les ONG et les media. L’étiquetage réclamé par les ONG n’a qu’un impact limité sur les choix d’achat des consommateurs. Les refus des PGM ne sont pas corrélés avec les risques alimentaires tels qu’ils sont évalués. Les agriculteurs des pays développés ont en moyenne une attitude assez neutre sur les PGM. Les entreprises de la distribution jouent un rôle décisif. Elles n’attendent pas de bénéfices supérieurs de la vente de produits issus des PGM mais elles craignent les actes de malveillance. Les consommateurs ne peuvent acheter des produits qui ne sont pas en vente. Les choix des entreprises de la distribution peuvent donc être un frein à la commercialisation des produits issus des PGM. Certains lobbies pro-OGM luttent contre les étiquetages non porteurs d’information pertinente, ce qui n’a pas rassuré les consommateurs qui considèrent à tort que ces réglementations ont pour but de camoufler les risques. Les media, de leur côté, ont majoritairement opté pour la diffusion très privilégiée des informations inquiétantes, vraies ou fausses. L’attitude de refus de l’Union Européenne est atypique et peut-être dictée par une peur de l’innovation qui caractérise les peuples déclinants.

Le livre est donc excellemment documenté. La vision des PGM est mondiale, ce qui contraste avec nos misérables querelles européennes sur un maïs en voie de déclassement. Un des auteurs du livre rappelle que toute chose doit être mise en perspective. Ce livre suit cette recommandation et c’est sans conteste une de ses vertus. Il devrait être lu par les responsables politiques européens, et en particulier français, qui ne semblent pas conscients de ce qui se passe dans le monde des biotechnologies végétales dont le nom n’a même pas été mentionné dans la dernière « Loi d’Avenir pour l’Agriculture, l’Alimentation et la Forêt ».

1 Il est en effet plus simple et donc moins risqué techniquement de construire des gènes qui doivent s’exprimer à tout moment dans tous les organes de la plante que de transférer des gènes dont l’expression doit être précisément régulée. Il y a par ailleurs très peu de risque alimentaire théorique à transférer des gènes ne codant pas pour des protéines toxiques et dont les effets sont indépendants du métabolisme de la plante. Il y a plus d’inconnu, donc de risque, y compris commercial, lorsque le transgène a pour but de modifier certaines propriétés biologiques de la plante. Les PGM de première génération apportent directement des bénéfices aux agriculteurs en simplifiant leurs tâches, en diminuant l’usage de pesticides et en augmentant les rendements. Ceci est une des raisons du succès des PGM de première génération et explique le choix des industriels.

2 Voir notre dossier dans Science et pseudo-sciences n°307, janvier 2014.

Mis en ligne le 19 mars 2014
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