Regards sur la science

L’Homme ou la Terre ?

par Louis-Marie Houdebine - SPS n°304, avril 2013

Un livre publié par J.-M. Pelt et intitulé Cessons de tuer la terre pour nourrir l’homme ! : pour en finir avec les pesticides a été commenté par l’auteur à la RTBF le 10 janvier 2013. Beau et vaste programme que de ne plus utiliser de pesticides, mais le peut-on ? Selon l’auteur cela ne fait pas de doute et il ne s’agit que d’une décision politique que réclame la société. De toute évidence il y a là une confusion entre le rêve et la réalité. Chacun souhaiterait vivre dans un monde sans pesticide chimique et si l’on en croit Jean-Marie Pelt, il suffirait pour cela de respecter les préceptes de l’agriculture bio. Celle-ci supprimerait tous les problèmes sans en créer de nouveaux. Un gros handicap de l’approche bio est la baisse de rendement qui avoisine 50 % quand tous les spécialistes affirment que la production devrait augmenter de 50 % à 100 % dans les décennies à venir pour répondre à la demande mondiale. Le fossé entre ces deux chiffres est si profond que seule une baguette magique pourrait le combler [1]. Bien des agronomes considèrent qu’il faut adopter des méthodes d’agriculture intensive (à ne pas confondre avec l’agriculture productiviste qui cherche à produire massivement avec des revenus élevés sans se soucier des conséquences) si l’on veut produire plus sans devoir exploiter toutes les terres cultivables de notre planète, ce qui serait un vrai désastre écologique.

Le problème des pesticides n’est pas plus simple. Nous sommes environnés de pesticides (dont certains sont parfaitement toxiques pour l’homme) que les plantes ont développés pour se protéger contre les prédateurs, y compris humains. Les réalités sont les suivantes [2,3] :

1) en moyenne, un homme ingère pendant sa vie entre 5000 et 10 000 pesticides naturels différents et leurs dérivés ;

2) quantitativement, il en consomme environ 1,5 gramme par jour, soit à peu près 10 000 fois sa dose quotidienne de résidus de pesticides synthétiques ;

3) 27 des 52 pesticides naturels testés sont cancérigènes chez l’animal ;

4) très peu des pesticides de synthèse autorisés sont cancérigènes chez l’animal, aucun chez l’homme ;

5) les pesticides naturels ou autorisés pour l’agriculture bio (soufre, cuivre etc.) n’ont aucune raison d’être moins nocifs pour la santé humaine que les pesticides de synthèse sous le prétexte qu’ils sont naturels (la roténone suspectée de favoriser la maladie de Parkinson a dû être interdite) ;

6) l’utilisation des pesticides est sous surveillance, ce qui conduit à bannir progressivement les molécules pesticides les plus nocives ;

7) les composants du Roundup sont peu toxiques et non cancérigènes [4, 5] ;

8) les utilisateurs de Roundup ne sont sujets à aucune maladie spécifique y compris à des cancers [6, 7] ;

9) les plantes génétiquement modifiées pour résister à des maladies (contenant des protéines Bt par exemple) ont permis de diminuer de 9,1 % entre 1996 et 2010 les épandages de pesticides et d’abaisser le facteur d’impact environnemental de 17,9 % [8] (ce sera le cas pour les pommes de terre transgéniques résistantes au mildiou qui n’ont jamais pu être obtenues par sélection classique et qui vont prochainement être mises sur le marché), ainsi que de réduire nettement le contenu des aliments en mycotoxines cancérigènes [9] ;

10) aucun des tests validés de toxicité à long terme n’a pu mettre en évidence des effets nocifs des OGM traités ou non par des pesticides ou produisant eux-mêmes des molécules conférant une résistance à des maladies ou des herbicides [10]. Refuser sans nuance les pesticides et les OGM ne constitue pas une solution appropriée pour nourrir l’humanité ni réduire la pollution. Il est de plus en plus admis que des cultures intensives bien conduites sont moins polluantes, à production égale, que les cultures conventionnelle et bio. Jean-Marie Pelt est convaincu que la musique favorise le développement et la bonne santé des plantes. C’est plutôt un travail tenace basé sur la science et les outils disponibles sans a priori qui permettra d’améliorer la situation.

[1] Le tout bio est-il possible ? 90 clés pour comprendre l’agriculture biologique. (Bernard Le Buanec coordinateur). Éditions Quae 2012, 240 pages.
[2] http://potency.berkeley.edu/pdfs/Pa...
[3] Rapports de l’Académie de Médecine et de l’Académie d’Agriculture.
[4] Williams GM, Kroes R, Munro IC. (2000). Safety evaluation and risk assessment of the herbicide Roundup and its active ingredient, glyphosate, for humans. Review. Regul Toxicol Pharmacol. 31 :117-165. [5] Glyphosate Technical Fact Sheet. National Pesticide Information Center.

Mis en ligne le 29 octobre 2013
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