Gasland

par Jean Gunther - SPS n°301, juillet 2012

Gasland est le titre d’un film américain décrivant les nuisances et inconvénients de l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère par fracturation hydraulique. Son succès est en grande partie à l’origine des mouvements de contestation qui ont conduit, en France, à l’interdiction législative de ces techniques. Ce film est naturellement l’expression d’une opinion et ne prétend pas justifier de manière scientifique la réalité des problèmes qu’il évoque. Certains inconvénients soulevés par des personnes interviewées dans le film demanderaient confirmation.

Le passage le plus célèbre de ce film est celui où l’on nous montre un robinet ménager débitant un mélange d’eau et de gaz, celui-ci étant susceptible d’être enflammé en approchant une flamme. Si des fuites de méthane ont été constatées, dans les conditions mal réglementées de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis, le scénario présenté reste toutefois problématique. En effet, la solubilité du méthane dans l’eau est faible à pression ambiante (30 cm3 par litre). Elle est plus forte sous pression, mais une eau de distribution passe nécessairement par une étape de stockage à pression atmosphérique dans un réservoir avant d’être recomprimée (par gravité ou une pompe) puis envoyée au robinet. De plus, le méthane, plus léger que l’air, va partir vers le haut, ce qui ne semble pas correspondre à la forme de la flamme montrée par le film.

Cela n’empêche pas que du méthane puisse être présent dans l’eau, et ceci a été constaté aux États-Unis. Mais son origine peut être soit de surface (méthane biogénique), soit issue des couches profondes (méthane thermogénique)1. Une analyse chimique (analyse isotopique et recherche d’hydrocarbures plus lourds) permet de différencier le gaz issu de l’une ou de l’autre source. Gasland maintient la confusion sur cette distinction, pourtant fondamentale. Ainsi, concernant par exemple deux des trois propriétaires du comté de Weld dans le Colorado, mentionnés dans le film, et dont les puits d’eau ont été contaminés par du méthane, l’analyse2 a révélé qu’il s’agissait de méthane biogénique, rendant peu plausible la responsabilité du forage (sans l’exclure totalement), et bien plus probable une contamination naturelle. Pour le troisième cas, un mélange de gaz biogénique et thermogénique a été trouvé, la responsabilité du forage a été mise en cause et le propriétaire a obtenu réparation.

Le film n’appelle du reste pas à renoncer à l’exploitation du gaz de schiste, mais plaide pour une meilleure information et éventuellement indemnisation des populations, ainsi que pour une action plus ferme des pouvoirs publics pour limiter les inconvénients de ces travaux. On ne peut qu’approuver ces intentions, et, par exemple, considérer comme inacceptable, si c’est exact, que certains produits chimiques soient injectés dans le sous-sol sans que l’exploitant n’accepte d’en révéler la nature.

1 Le méthane biogénique est issu de la fermentation des bactéries de sédiments organiques, et se trouve principalement dans les zones humides, dans les formations peu profondes contenant de l’eau (dans lesquelles des puits d’eau sont parfois réalisés). On peut ainsi, par exemple, le retrouver dans la tourbe qui est un combustible fossile. Le méthane thermogénique est produit par la décomposition thermique du matériau organique enterré plus profondément. C’est celui que l’on va pouvoir trouver dans les roches-mères ou dans les puits d’hydrocarbures conventionnels.

2 Voir par exemple Colorado Oil and Gas Conservation Commission, commission de l’état du Colorado en charge de promouvoir un développement responsable des ressources en pétrole et gaz naturel. http://cogcc.state.co.us/

Mis en ligne le 26 février 2013
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