Charles Darwin et « l’évolution » dans les arts plastiques de 1859 à 1914

Béatrice Grandordy. L’Harmattan, 2012, 289 pages, 31€

Note de lecture de Gabriel Gohau

C’est le titre du livre qui a d’abord provoqué ma curiosité, car je voyais mal quelle influence l’œuvre darwinienne pouvait avoir sur la peinture et la sculpture. Mais comme je m’intéresse conjointement à l’évolutionnisme et aux arts plastiques, quoique pour des raisons différentes pour l’un et les autres (très modestement pour les seconds), je me suis procuré l’ouvrage. L’auteur, médecin, ancien chef de clinique et docteur en sciences a fait sur le sujet une thèse de doctorat soutenue en juin 2011, dont le présent texte est issu. De quoi donc stimuler la lecture, d’autant que j’ai vite découvert que ses connaissances artistiques dépassaient de loin les miennes et justifiaient son travail. Pourtant son savoir biologique et historique m’a semblé moins solide (je m’énerve toujours de voir l’évolution lamarckienne référée à la seule Philosophie zoologique). Et j’avoue ne pas bien savoir formuler un jugement.

On ne va pas s’étonner de voir à la fin du XIXe siècle des figurations de personnages à l’allure néanderthalienne : la paléontologie n’est pas exactement l’évolution. Pas plus que de voir Degas dessiner un homme à tête de rongeur. Je regrette de ne pas connaître le Recueil d’Odilon Redon sur les origines, dédié à Darwin : la petite illustration offerte ne permet pas de s’en faire une idée1. Ou encore qu’un compatriote de Darwin figure la Genèse ou le Paradis perdu. Je ne suis pas capable de comprendre que c’est à la lumière de l’évolution. Ni, non plus, pour l’époque suivante, du rapport du lien de l’art nouveau floral de Guimard dans le métro parisien avec la dite évolution.

L’auteur situe son évocation du darwinisme au sein d’un mouvement réaliste dont il serait une branche. Et d’une littérature où la Guerre du feu a évidemment sa place. Mais ce n’est pas pour autant que j’accepterai que le voyage du Nautilus vernien préfigure la tectonique des plaques. Et au fait, Verne, que je crois avoir abondamment lu dans ma jeunesse, est-il bien disciple de Cuvier ? Me surprend aussi l’allusion au matérialisme anglais qui s’étendrait de Boyle à Dawkins. Boyle et ses Lectures destinées à montrer l’action de Dieu dans la nature (théorie des Deux livres) assimilé à Richard Dawkins, « Diable ! », si l’on ose dire.

Enfin, puisque l’ouvrage est issu d’une thèse, n’aurait-il pas pu échapper aux fautes qui deviennent rituelles (au point que leur absence devient rarissime) qui confondent censé et sensé ou acception et acceptation.

Mais l’auteur ne manque pas de connaissances. Et je pense que le lecteur plus féru en art que moi pourra y trouver un sujet de méditation.

1 Au passage, puisque l’ouvrage est si richement illustré, pourquoi les figures, dispersées, ne sont-elles pas dans l’ordre de leur numérotation, d’autant que leur pagination n’est pas dans l’index.

Mis en ligne le 13 janvier 2013
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