Avec le nucléaire - Un choix réfléchi et responsable

Henri Prévot. Seuil, 2012, 198 pages, 17 €

Note de lecture de Jean Günther - SPS n°302, octobre 2012

L’auteur, ancien haut fonctionnaire, nous livre un plaidoyer à la fois rationnel et passionnel en faveur du maintien et du développement du recours au nucléaire dans la production d’énergie.

Son approche rationnelle le conduit à dissiper un certain nombre de mythes que la propagande des contestataires a fait entrer dans les esprits et, partiellement, dans les décisions de la puissance publique : recours à des énergies renouvelables, coûteuses et incertaines (éolien, solaire) ; miroir aux alouettes des réseaux intelligents et des techniques de stockage de l’électricité supposés pallier l’irrégularité de production de ces énergies renouvelables ; isolation, au-delà du raisonnable, des bâtiments ; nocivité des faibles irradiations ; danger des déchets radioactifs alors qu’il existe des solutions sûres. Il ne manque pas de critiquer les évaluations excessives des conséquences sanitaires des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima et de ramener à de justes proportions l’impact potentiel de nouvelles catastrophes, dont nul ne nie qu’elles restent possibles malgré les améliorations techniques apportées aux installations nucléaires.

Concrètement, il démontre que l’optimum est de porter de 63 à 94 GW la puissance nucléaire installée en France, en construisant deux EPR par an ; cela permettra de minimiser, au moindre coût, les émissions de CO2. L’auteur tient à la disposition des lecteurs, sur son site, les feuilles de calcul qu’il a utilisées, et il suggère à chacun de refaire les calculs avec d’autres hypothèses.

Le côté passionnel de son plaidoyer l’amène parfois à des affirmations qui restent à démontrer ou à des propositions peu réalistes. Par exemple, quand il adhère sans nuance à l’idée que les émissions anthropiques de CO2, dont on ne peut nier qu’elles conduiront à un certain réchauffement climatique, seront la source de catastrophes dont il se risque même à évaluer le coût. Ou quand il prône les réseaux de chaleur, alors que les logements construits depuis de longues années ont un chauffage individuel, qui ne s’y adapte pas. Ou encore quand il envisage que le chauffage électrique puisse être relayé dans les périodes de pointe par un chauffage classique : cette, idée, concrétisée par le tarif EJP (Effacement des Jours de Pointe) d’EDF, semble abandonnée pour des raisons qu’il aurait été intéressant de discuter.

L’avenir à long terme du nucléaire passe par la surgénération. L’auteur en est convaincu, mais laisse dans l’ombre l’ampleur des développements techniques nécessaires, en particulier dans le retraitement des combustibles. Il fait implicitement confiance à la qualité et à l’inventivité des ingénieurs, mais oublie que le contexte actuel ne leur facilite pas le travail.

En résumé, ce livre est intéressant et utile, mais il aurait gagné à plus de réalisme dans la prise en compte de l’ampleur des problèmes techniques et sociétaux à surmonter. La crainte des conséquences néfastes, voire catastrophiques, des émissions de CO2 sera-t-elle suffisante pour permettre d’aborder de façon plus rationnelle l’avenir énergétique, en faisant au nucléaire la place qu’il doit avoir ?

Mis en ligne le 17 février 2013
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