Fables scientifiques

Darryl Cunningham. Éditions Çà et Là, 2012, 160 pages, 18 €

Note de lecture de Philippe Le Vigouroux - SPS n°302, octobre 2012

Darryl Cunningham est un dessinateur britannique. Il a également travaillé comme aide-soignant dans un service psychiatrique. Cette expérience lui a inspiré des récits dessinés qu’il a édités sur son blog et qui l’ont conduit à réaliser sa première bande dessinée Psychiatric Tales1 (2011).

Dans les Fables scientifiques, recueil d’« enquêtes graphiques » publié cette année, Cunningham aborde sept sujets de controverse scientifique : l’homéopathie, le vaccin ROR et son lien avec l’autisme2, le canular de l’alunissage des américains en 1969, le réchauffement climatique, l’évolution, la chiropraxie et le dénialisme scientifique3. À chaque fois, il expose l’historique du sujet et les arguments scientifiques, pour la plupart bien connus du lecteur de Science et pseudo-sciences qui les retrouvera, ici, associés à un graphisme en couleur minimaliste, incluant de temps en temps des photographies plus ou moins retravaillées. L’exercice est d’autant plus difficile que dans chaque vignette, la place réservée au texte est réduite : la concision et le ciblage précis du propos sont donc de rigueur. Et cette contrainte laisse parfois l’impression d’une conception naïve du processus scientifique : une belle démarche scientifique, les mystiques qui la refusent, les méchants scientifiques fraudeurs, ceux qui sont corrompus par de puissants lobbies pour introduire le doute sur les données de la science… Bien entendu, tout cela existe et a été montré, récemment, par exemple, pour le lobby de l’industrie du tabac4. Faut-il, pour autant, conclure que tous les contestataires, soit manquent de méthode, soit sont sous l’influence de lobbies ? C’est ce que semble penser D. Cunningham dans le cadre du réchauffement climatique anthropique.

Dans sa postface, l’auteur revendique un livre pro-science et pro-pensée critique dont le but « n’est pas de promouvoir une élite scientifique qu’il nous faudrait suivre comme des moutons » et précise : « Je défends ici le processus scientifique et non l’establishment scientifique. Ce dernier est capable de frauder, d’être corrompu par les politiques et l’argent… ou tout simplement de se tromper ». Il conclut : « La science n’est pas une question de foi ; ce n’est pas un point de vue parmi d’autres. La science valide est vérifiable et résiste à l’épreuve du temps. Tout ce qui ne fonctionne pas dans la science s’écroule ; ce qui subsiste, c’est la vérité » (p.155). C’est une définition de la science à laquelle on peut souscrire.

Comme dans tout travail documenté, une biblio-sitographie termine cet ouvrage, accessible, instructif, précis et agréable à lire.

1 Fables psychiatriques, à paraitre en 2013 aux Éditions Çà et Là.

2 Voir aussi Maisonneuve H, Floret D, Affaire Wakefield : 12 ans d’errance car aucun lien entre autisme et vaccination ROR n’a été montré, Presse Med (2012), http://dx.doi.org/10.1016/j.lpm.201....

3 Le dénialisme scientifique est le déni de la démarche scientifique et de ses résultats. Dans sa version moderne, il s’agit d’introduire, en concurrence avec la connaissance scientifique acquise ou en construction, des contre-vérités déguisées en données scientifiques pour préserver une position religieuse, politique ou industrielle.

4 Voir Quand l’industrie du tabac cache la vérité scientifique, SPS n°284 (janvier 2009).

Mis en ligne le 29 janvier 2013
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