Les sciences autrement - Éléments de philosophie à l’usage des chercheurs curieux

François Grison. Éditions Quae, 2011, 168 pages, 29 €

Note de lecture de Marcel Kuntz - SPS n°301, juillet 2012

François Grison a été chercheur pendant 30 ans, avant de passer un master de philosophie en 2007. Il se propose dans ce livre de communiquer à ses collègues chercheurs, et aux autres, des éléments introductifs à la philosophie des sciences. « Nous devons oublier nos propres croyances » nous dit-il dans un préambule qui laisse craindre le pire puisqu’il se termine par une citation de Yann Arthus-Bertrand, écolo-croyant s’il en est… Craintes non fondées, même si cet ouvrage introductif a le défaut de ses qualités : n’être qu’une introduction. Il convient cependant de saluer un effort permanent de pédagogie.

Après avoir situé la philosophie des sciences dans la classification des sciences d’Auguste Comte et proposé une définition à plusieurs dimensions de l’épistémologie, François Grison nous convie à un voyage intellectuel d’Aristote et la connaissance du vrai, jusqu’aux penseurs contemporains comme Michel Serres et Edgar Morin, ponctué d’un détour par le taoïsme. Nous croisons Galilée, Descartes, Einstein et bien d’autres, dont certains plus inattendus (reflets de sympathies de l’auteur, mais peut-être pas tous indispensables dans cet ouvrage…). Nous cheminons entre les définitions : métaphysique, rationalité, connaissance… Nous retrouvons bien sûr Karl Popper, sa vision de la science comme système d’énoncés reliés à notre expérience et la réfutabilité comme démarcation entre science et métaphysique.

L’auteur ne prend aucun parti, ni pour le positivisme d’A. Comte ni pour la méfiance de Paul Feyerabend, ni au sujet des différentes interprétations de l’évolution des théories scientifiques, allant de leur élargissement progressif selon Gaston Bachelard aux changements de paradigme de Thomas Kuhn. Son choix d’insister, dans une introduction à la philosophie des sciences, sur la pensée de certains sociologues, est en soi un indicateur soit d’un choix de lectures partiel, soit d’une fascination pour la prétendue « construction sociale » de la science érigée en dogme par la pensée postmoderne. On regrettera ainsi l’absence (même sous forme d’ébauche) de critiques des postmodernistes conviés (de Feyerabend à Bruno Latour ou Ian Hacking en passant par Edgar Morin) et de leurs délétères concepts de « production » scientifique « en relation » avec la société.

Mis en ligne le 24 janvier 2013
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