Les textes publiés dans cette rubrique ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale des publications de l’Afis mais visent à informer plus complètement nos lecteurs en leur proposant divers éclairages sur des questions particulièrement controversées.

Intoxication alimentaire : une alerte ignorée

Par Yann Kindo

Non, malgré ce que d’aucuns pourraient penser à la lecture de son intitulé, ce petit billet ne porte pas sur l’alerte aux dangers sanitaires d’un maïs OGM lancée par Gilles-Eric Séralini et l’équipe du Criigen... alerte qu’il a précisément été impossible d’ignorer, tant elle a été médiatisée ces derniers temps. Et tout cela pour trois rats tumeureux surnuméraires dans une étude très mal conçue1...

L’intoxication alimentaire dont nous parlons ici n’a pas fait la une du Nouvel Observateur, alors qu’elle ne concernait pourtant pas des rats de laboratoire victimes d’une expérience à sensation, mais bien des êtres humains réellement rendus malades. Une intoxication in vivo, en quelque sorte, dans laquelle les victimes ont été « tous cobayes »... pour avoir consommé de la farine de sarrasin bio !

L’information, restée très confidentielle, est disponible sur le portail du Ministère de l’agriculture consacré à l’alimentation2.

On y apprend que, à la date du 12 octobre 2012, dix-huit cas d’intoxication alimentaire ont été recensés dans la région PACA et que l’enquête a mis en évidence la responsabilité d’une farine de sarrasin bio contaminée par le datura, une « mauvaise herbe » invasive présente au bord des champs et, semble-t-il, mélangée au sarrasin lors de la moisson. L’intoxication n’est pas vraiment anodine, puisque l’on apprend que « les symptômes décrits sont ceux d’une intoxication par l’atropine (sécheresse buccale, pupilles dilatées, troubles de la vue, tachycardie, agitation, confusion, désorientation spatiotemporelle, hallucinations, paroles incohérentes) ».

Le même site nous en dit plus sur le datura, qui est à l’origine de ces symptômes3 : « Le seuil de risque est estimé à une graine de datura pour 10 000 graines de sarrasin. Les graines ayant la même taille, il n’est pas possible de les séparer par tamisage en moulin, d’où l’importance de la maîtrise des risques lors de la production au champ du sarrasin [...]. Le risque de contamination du sarrasin étant connu par les producteurs, ceux-ci mettent en œuvre des moyens préventifs pour éliminer les plants de datura dans les parcelles où est cultivé le sarrasin (emploi d’herbicides, arrachage manuel, repérage visuel…). »

C’est donc dans le champ (bio) que l’erreur a eu lieu.

Un « lanceur d’alerte » avait pourtant en avril dernier attiré l’attention sur les risques croissants d’intoxication par le datura, en rappelant une affaire précédente de boîtes de haricots verts contaminés. Il s’agit du journaliste Gil Rivière-Wekstein, sur son site « Agriculture et environnement »4. L’article, qui évoquait « un risque de sécurité alimentaire sous-estimé », commençait ainsi : «  Avec la suppression de nombreux herbicides, la progression des plantes toxiques dans les champs s’accélère. La découverte de datura stramonium dans des lots de haricots verts en mai 2010 ne serait-elle qu’un premier avertissement ? ».

Le mode de production « bio » n’est pas forcément ici directement en cause, même si le refus d’employer des herbicides chimiques ne doit pas faciliter la tâche de lutte contre le datura aux agriculteurs qui s’y sont « convertis ».

Mais ce qui est sûr, c’est que cette nouvelle affaire, après celle bien plus grave des graines germées bio impliquées dans une intoxication par la bactérie E. coli en juin 20115, vient une nouvelle fois illustrer la fausseté d’une idée reçue en matière de sécurité alimentaire, selon laquelle : le bio serait plus sûr parce que « plus naturel ».

Il est bien des fois où la nature est un danger pour notre santé et où un produit chimique, sous-entendu « artificiel », peut contribuer à nous protéger de cette menace.

Mis en ligne le 19 octobre 2012
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