Mutants et OGM : quelle différence ?

par Louis-Marie Houdebine

Les récents arrachages sauvages de tournesol résistant à un herbicide dans le sud de la France (où l’on cherche, en particulier, à éliminer une plante sauvage très allergène, l’ambroisie), sous le prétexte qu’il s’agit d’OGM cachés, font se reposer la question de savoir de quoi on parle. Le problème n’est pas que sémantique. Dans tous les cas il s’agit de mutation et de sélection, naturelles ou non.

1er cas : La sélection naturelle. Les lois de la Nature font que chaque être vivant se reproduit mais non strictement à l’identique. Ceci est dû à des mutations spontanées et aléatoires de gènes. Les individus, de quelque espèce que ce soit, sont soumis à une pression de sélection naturelle qui laisse plus de chance de survie à ceux qui sont les mieux adaptés aux conditions environnementales du moment. Une majeure partie des espèces qui ont existé un jour ont ainsi disparu naturellement.

2ème cas : La sélection par l’Homme des mutants naturels. Nos ancêtres ont compris que la maîtrise de la reproduction et le choix des géniteurs permettaient d’obtenir des animaux, des plantes et, pendant longtemps sans le savoir, des microorganismes, répondant mieux à leurs besoins. Cette démarche nous procure l’essentiel de nos aliments ainsi que de nos plantes et animaux de compagnie. Ces êtres vivants sélectionnés sont, génétiquement et phénotypiquement (effets cumulés des gènes et de l’environnement) souvent devenus assez éloignés de leurs ancêtres naturels. Le cas des chiens est particulièrement impressionnant. Il ne saute pas aux yeux que le saint-bernard, le chihahua et les autres chiens sont génétiquement des loups. Cette démarche est naturelle malgré les apparences. En effet, L’homme appartient à la nature et se comporte en fonction de sa nature et de son environnement. Se nourrir est naturel, choisir sa nourriture est naturel, améliorer sa nourriture est naturel. Certaines espèces de fourmis élèvent elles aussi des animaux, des pucerons, pour s’en nourrir.

3ème cas : L’obtention d’hybrides. Le croisement de deux variétés d’une espèce donnée donne naissance à des hybrides intraspécifiques dont les propriétés sont très appréciées. Les hybrides intraspécifiques sont très utilisés en agriculture (le maïs par exemple) et en horticulture. Le croisement forcé de deux espèces différentes donne naissance à des hybrides interspécifiques. Cette opération revient à transférer, en aveugle, tout ou partie des gènes d’une espèce dans une autre. Des exemples sont, chez les animaux, le mulet (un croisement de cheval et d’âne), et chez les plantes, le triticale (un croisement de blé et de seigle recommandé pour l’agriculture bio). Dans ce dernier exemple, il a fallu, en plus du croisement, procéder à des réarrangements forcés et aléatoires des chromosomes de l’hybride pour obtenir des individus féconds et stables, et donc créer une nouvelle espèce. Plus modestement mais plus fréquemment, des croisements forcés entre des plantes cultivées et leurs homologues sauvages permettent de transférer des propriétés intéressantes, comme des résistances à des maladies, des plantes sauvages aux plantes domestiques. Nous consommons couramment des produits, des tomates entre autres, issus de ce procédé.

4ème cas : La sélection par mutagénèse aléatoire induite. Pour élargir le choix des mutants intéressants, l’Homme a trouvé des moyens pour augmenter la fréquence des mutations aléatoires. Ces méthodes qui reposent sur l’action de substances chimiques mutagènes, sont à l’origine d’un grand nombre de variétés de plantes couramment exploitées depuis des dizaines d’années. Il ne s’agit donc, comme dans les deux premiers cas, que d’une redistribution des différentes versions des gènes de l’espèce considérée. C’est cette démarche qui a été suivie pour obtenir les variétés de tournesol résistant à certains herbicides.

5ème cas : La sélection par transgénèse. Les techniques du génie génétique permettent de procéder à des modifications génétiques basées sur le transfert de gènes isolés et caractérisés dans des animaux ou des plantes. Ces opérations peuvent être menées dans le but d’obtenir rapidement (en une génération) des mutants dont les propriétés sont attendues. Cette méthode peut s’avérer une solution satisfaisante à des problèmes qui n’ont pas pu être résolus par les procédés décrits plus haut. Le choix a été fait internationalement de réserver le sigle OGM aux seuls êtres vivants obtenus via le transfert d’ADN. Les plantes obtenues par mutagénèse chimique ne peuvent donc pas être qualifiées d’OGM cachés.

Toutes ces techniques comportent des inconnues et donc des risques dont la gravité probable est en théorie peu différente d’une méthode à l’autre. Le tri des mutants aléatoires, quelle qu’en soit l’origine, a été pendant des millénaires la seule méthode pour évaluer l’intérêt et l’innocuité des produits alimentaires. Cette méthode n’est pas sans faille car des intoxications par des produits conventionnels obtenus par sélection classique se produisent de temps à autre. Les produits obtenus par transgénèse sont soumis à des tests exigeants et validés qui sont ceux appliqués régulièrement aux différents produits qui se trouvent dans notre environnement. Les OGM actuels, qui sont consommés essentiellement et massivement depuis quinze ans par les animaux, n’ont pas fait preuve de la moindre toxicité. Les tests actuels devront être plus ciblés au cas par cas pour évaluer les OGM de deuxième génération préparés pour améliorer leurs propriétés nutritives. Certains considèrent que les variétés obtenues par mutagénèse aléatoire devraient être testées comme le sont les OGM. Il faudrait alors logiquement faire subir le même sort aux variétés conventionnelles puisque les deux approches sont basées sur les mêmes principes. Ces exigences vont, cependant, au-delà de ce que préconise le principe de précaution.

Mis en ligne le 13 septembre 2012
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