Skepter (Pays-Bas), numéro de l’été 2011 (paru en octobre 2011)

par A. Atsou-Pier

Le diagnostic de la misère quotidienne

À en croire les médias, la moitié de la population souffrirait de problèmes psychiques. Ne serions-nous pas en train de « pathologiser » la misère de tous les jours ? Richard McNally, professeur de psychologie à l’université Harvard aux États-Unis, a voué un livre à cette question sous le titre « What Is Mental Illness ? » (Qu’est-ce que la maladie mentale ?). Harald Merkelbach, professeur de psychologie à l’Université de Maastricht, en a fait un compte-rendu pour les lecteurs de Skepter. Selon McNally le « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux » (DSM) devrait être nettoyé de troubles banals, de troubles à la mode et de troubles de la personnalité qui n’ont jamais fait l’objet d’études sérieuses. Le fait que les diagnostics du DSM sont du niveau descriptif et laissent de côté les causes, contribue également à une prolifération de diagnostics.

Opérations chirurgicales à l’aide d’un pic à glace

L’histoire de la lobotomie commence avec le psychiatre suisse Gottlieb Burckhardt qui, autour des années 1890, perçait le crâne de six patients et enlevait du tissu cérébral pour les rendre « normaux ». Elle se termine avec une lobotomie transorbitale (mortelle, par ailleurs) réalisée par l’Américain Walter Freedman1 en 1967.

Comment se peut-il que cette pratique destructrice non validée et sans base théorique ait pu durer si longtemps ? Il y a plusieurs raisons pour cela : il n’y avait aucun traitement médicamenteux (du moins pas avant 1954 avec l’introduction de la chlorpromazine), les patients étaient reconnaissants (malgré des effets secondaires souvent désastreux) et les médecins n’avaient pas l’habitude de se critiquer mutuellement.

Le droit de contaminer les autres

Contrairement à ce qui est avancé souvent par les mouvements anti-vaccinaux, les vaccinations ne surchargent nullement le système immunitaire. Les parents qui refusent pour cette raison, ou pour des raisons religieuses ou philosophiques, de faire vacciner leurs enfants, devraient se rendre compte qu’ils mettent en danger non seulement leurs propres enfants, mais également ceux des autres, par exemple les enfants qui ne sont pas immunisés après vaccination ou ne peuvent pas être vaccinés pour des raisons médicales. À lire : Paul Offit, « Deadly Choices : How the Anti-Vaccine Movement Threatens Us All ».

La mission de Stephen Covey

L’Américain Stephen Covey, titulaire d’un doctorat en éducation religieuse d’une université mormone, est devenu mondialement célèbre avec son livre de gestion « Les sept habitudes des gens efficaces » de 1989. Son succès démontre qu’on peut devenir un grand penseur du management en débitant des pseudo-sagesses populaires. Ses livres de gestion ont l’air d’être des élaborations des livres qu’il écrivait auparavant pour ses coreligionnaires, écrit Rob Nanninga, rédacteur de Skepter.

La filiale néerlandaise de son organisation FranklinCovey compte parmi ses clients les plus grandes entreprises et collectivités locales néerlandaises. Le gourou lui-même vient de donner un séminaire à la Nyenrode Business Universiteit, agrémenté de la présence de plusieurs personnalités médiatiques, dont le rappeur très connu Ali B, un ancien footballeur et le présentateur d’un journal télévisé.

Fusion froide

La fusion froide a disparu de l’avant-scène depuis la débâcle de Fleischmann et Pons en 1989. Mais on fait toujours, sans mentionner le terme de fusion froide, des inventions dans ce domaine qui promettent de résoudre le problème de l’énergie une fois pour toutes. La dernière en date est le Catalyseur d’énergie, ou E-Cat, de l’Italien Andrea Rossi2, qui se dit ingénieur. Présenté à la presse à Bologne (Italie) en janvier 2011, cet appareil produirait 10 kW en permanence pendant 6 mois à partir de 100 grammes de poudre de nickel, ce qui a suscité de vives discussions sur Internet. Bien que M. Rossi ait réussi à intéresser quelques scientifiques, aucune publication dans une revue à comité de lecture n’a encore vu le jour. En couverture de ce numéro de Skepter, de gauche à droite, Andrea Rossi, le physicien suédois Sven Kullander et l’ancien président des sceptiques suédois Hanno Essén, lors d’une démonstration de l’E-Cat. Les deux derniers ont déclaré qu’ils étaient convaincus du sérieux de l’appareil.

Exorcisme

Vers la fin du 20e siècle l’exorcisme a connu un regain d’intérêt, à la suite du film « L’Exorciste » de 1973. Il y a eu d’autres films depuis, ainsi que quelques expériences se terminant par la mort de la personne dite possédée par un ou plusieurs démons. Surtout en Italie la demande de pratiques exorcistes était forte, si bien que le Vatican a organisé en 2005 pour la première fois une formation en exorcisme (destinées aux prêtres, et nécessitant le feu vert d’un médecin).

Gerrie Bloothoofd, psychologue, a lu le livre « The Rite : The making of a Modern Exorcist » (2009), dans lequel l’auteur Matt Baglio suit un prêtre américain durant cette formation vaticane, comprenant l’assistance à au moins soixante sessions pratiquées par des exorcistes expérimentés. Ce qui, selon M. Bloothoofd, peut mener à un dangereux jeu de rôles. Le traitement semble par ailleurs peu effectif, l’une des patientes était déjà exorcisée depuis quarante ans !

Livre à ne pas lire, parce que son auteur croit trop aux phénomènes dits paranormaux pour pouvoir arriver à la conclusion que la possession pourrait n’être rien d’autre que l’un des nombreuses troubles développés sous l’influence d’une thérapie suggestive.

Autres articles

Depuis le film « Vol au-dessus d’un nid de coucou » (1975) le grand public croit que l’électroconvulsivothérapie est un traitement dangereux et cruel. Pourtant, appliquée à des cas précis (dépression très grave, par exemple) elle donne de bons résultats.

Avant les années 1980 les livres de gestion étaient plutôt ennuyeux. Cela a changé avec « Le prix de l’excellence » de l’Américain Thomas Peters. Depuis toute une industrie, tournées de conférences de par le monde comprises, s’est développée autour de certains auteurs qui sont devenus de vrais gourous. Le plus souvent leurs livres ne contiennent que des histoires anecdotiques. Les facteurs de succès pour les entreprises qu’ils distinguent sont souvent imputables à l’effet de halo/notoriété.

Un appareil finnois appelé Valkee3 permettrait de synchroniser l’horloge circadienne de personnes souffrant d’une dépression saisonnière en illuminant leurs oreilles. On est toujours dans l’attente de la publication d’un article scientifique dans le New England Journal of Medicine.

Mis en ligne le 31 août 2012
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