Le long chemin de la médecine fondée sur les preuves

300 - avril 2012

Avec ses dernières recommandations sur les prises en charge de l’autisme, la Haute Autorité de Santé (HAS) a commencé à soulever la chape de plomb qui pèse sur la psychiatrie française (voir notre dossier dans ce numéro). En effet, à l’inverse de la plupart des autres pays du monde, les approches d’inspiration psychanalytique sont encore largement dominantes dans l’Hexagone, ignorant les progrès de la connaissance dans l’étiologie de nombreuses pathologies et les approches thérapeutiques ayant prouvé une certaine efficacité. Ce faisant, la HAS n’a finalement fait que suivre la logique d’une médecine fondée sur les preuves, où seuls comptent les traitements et thérapies évalués et validés et où la connaissance des pathologies doit relever de l’approche scientifique et non de l’idéologie. Ceci ne devrait être qu’un premier pas. L’autisme est le cas le plus emblématique mais c’est l’ensemble de la psychiatrie qui doit maintenant s’affranchir des explications moyenâgeuses et des traitements non validés.

Le chemin promet d’être long et plein d’embûches, en particulier parce que les approches psychanalytiques occupent une place encore prépondérante dans l’enseignement, les professions paramédicales, mais aussi parce les différentes écoles psychanalytiques sont très actives et très influentes dans une société pétrie de psychanalyse (université, presse, télévision, justice). Elles ont tout fait pour déplacer le débat du terrain des faits et de l’évaluation à celui de l’opinion, du ressenti voire de l’idéologie (les approches prétendument humanistes opposées au « dressage pavlovien » et aux médicaments).

Mais d’autres domaines de la santé publique sont également envahis par l’idéologie et l’Evidence Based Medecine, la médecine qui se fonde sur la seule évaluation, a parfois du mal à se frayer un chemin. Nous pourrions citer l’homéopathie, mais prenons un autre exemple : un trouble tend à occuper une grande place, en terme médiatique sans aucun doute, et surtout, malheureusement, en terme d’incidence : l’électro-hypersensibilité. De plus en plus de personnes déclarent des intolérances aux champs électromagnétiques, ceux générés par les réseaux de la téléphonie mobile ou les lignes électriques haute tension. Le trouble est réel et reconnu. Mais aucun lien entre symptômes et champs électromagnétiques n’a jamais pu être mis en évidence. Les recommandations des agences de santé pour la prise en charge mettent toutes en avant la nécessité de ne prendre en compte que les symptômes ressentis et non les explications avancées, rappelant au passage l’importance d’une information objective sur l’état de la connaissance en termes d’impact des champs électromagnétiques sur la santé.

Et quand une étude est lancée afin de mieux analyser les symptômes et d’évaluer la sensibilité des patients vis-à-vis de leur exposition, des associations dites « environnementales » dénoncent une « vaste manipulation gouvernementale pseudoscientifique », une négation du trouble, sous prétexte que l’étude ne part pas de l’hypothèse que la cause du syndrome est celle qu’ils affirment. En outre, il se pourrait que l’exposition aux rumeurs et aux marchands de peur contribue à l’augmentation du nombre de personnes se plaignant du syndrome.

Espérons que la médecine fondée sur les seules preuves saura consolider son chemin et rester à l’abri des idéologies, des rumeurs, des peurs et des groupes de pression.

Mis en ligne le 5 avril 2012
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