Idées reçues et rumeurs autour des OGM

par Louis-Marie Houdebine

« Les OGM sont stériles »

Aucun des OGM actuellement commercialisés n’est stérile. Le système surnommé Terminator (qui était un OGM stérile) n’a pas fait ses preuves sur le terrain et il n’a jamais été utilisé. Un tel système présenterait l’avantage de maîtriser des disséminations indésirables, mais il obligerait les agriculteurs à acheter de nouvelles semences chaque année. Soulignons que c’est ce qu’ils doivent faire actuellement pour le maïs, OGM ou non, qui est cultivé sous forme d’hybrides féconds, mais ne donnant pas de descendance suffisamment productive. La reproduction conditionnelle ne permettrait plus aux agriculteurs de reproduire aussi facilement ces OGM et donc de les croiser avec d’autres variétés.

« Les OGM font utiliser plus de pesticides »

Non. Moins quand il s’agit d’insecticides (avec moins d’intoxication des agriculteurs) et autant ou un peu moins quand il s’agit d’herbicide. L’herbicide le plus utilisé avec les OGM, le glyphosate, est moins toxique que l’aspirine et pas plus que le sel de cuisine, si l’on en juge par sa DL 50 (dose létale médiane) plus élevée que celle de ces deux composés (ce test très classique consiste à donner à des animaux, généralement des souris, des quantités croissantes d’un produit ; la dose qui tue la moitié des animaux est la DL50). Le glyphosate ne s’accumule pas dans l’environnement car il est biodégradable. Les traces restantes sont sans effet sur la santé animale et humaine.

Pour en savoir plus :
Impacts of genetically engineered crops on pesticide use in the United States : The first thirteen years. C Benbrook 2009.

« Les OGM Bt fabriquent leurs propres insecticides »

Oui, mais cette expression est trompeuse. Les pesticides Bt sont confinés dans les plantes et en petites quantités qui suffisent pour tuer les larves d’insectes ou les vers. Le spectre d’action des toxines Bt est très étroit. Chaque toxine n’élimine que certains types d’insectes. Ceci peut avoir pour effet de voir réapparaître des insectes utiles comme les coccinelles ou d’autres, comme les punaises, qui étaient exterminées par les herbicides chimiques classiques. La toxicité des toxines Bt est nulle chez les vertébrés. Les toxines Bt sont des protéines. Elles sont très biodégradables et digérées pour donner des résidus qui sont des acides aminés indispensables pour tous les êtres vivants. Cette approche est nettement plus efficace et plutôt moins polluante que les épandages massifs de bactéries Bt mis en œuvre pour l’agriculture biologique.

Pour en savoir plus :
van den Brink L. et al 2010, Applied Plant Research. Research Unit for Arable farming, Field production of vegetables and Multifunctional agriculture (PPO-AGV) CGM 2010-08, PPO no. 3250165700 pp 1-79

« Les risques induits par les toxines Bt des OGM sont-ils bien évalués ? », Louis-Marie Houdebine – Science et pseudo-sciences n° 292, octobre 2010.

« Les insectes vont devenir résistants aux insecticides »

Oui, c’est inévitable, mais ce n’est pas spécifique aux OGM. Et ce n’est pas ingérable. Les insectes finissent toujours par devenir résistants aux pesticides chimiques. Il n’y a pas de raison qu’ils ne deviennent pas un jour résistants aux toxines Bt, produites par des OGM ou non. Après 15 ans de culture du maïs Bt et du coton Bt, il n’est pas apparu d’insectes résistants. La pyrale a été maîtrisée en cultivant volontairement des champs de maïs conventionnel au milieu des champs de maïs Bt. Les agriculteurs ont majoritairement respecté cette règle essentielle lorsque les champs de maïs sont proches les uns des autres et en sont les premiers bénéficiaires. Les pyrales deviennent suffisamment rares dans certaines régions pour qu’il soit possible de cultiver du maïs conventionnel sans traitement. Les champs de coton Bt protègent des plantes diverses cultivées dans le voisinage. La chrysomèle, un insecte qui s’attaque au maïs, devient beaucoup plus facilement résistante aux toxines Bt que la pyrale. En cas de résistance devenue incontrôlée, il est possible d’utiliser d’autres toxines Bt ou non, seules mais aussi associées dans la même plante ce qui diminue beaucoup l’émergence d’insectes résistants.

« Les plantes indésirables vont devenir résistantes aux herbicides »

Oui. Il existe chez les plantes sauvages des résistances à plus de 100 herbicides conventionnels. Les gènes de résistance à un herbicide total (qui tue tous les types de végétaux), le glyphosate, ont été introduits dans plusieurs plantes cultivées. Les traitements par le glyphosate sont effectués au début de la croissance des plantes cultivées. Ils permettent d’éliminer toutes les mauvaises herbes qui ne peuvent plus repousser car les plantes cultivées ont eu le temps d’occuper l’espace. L’herbicide n’est plus présent dans les plantes au moment de la récolte.

Une utilisation excessive de glyphosate aux USA a fait émerger des herbes résistantes à cet herbicide. Cette résistance ne provient pas d’un transfert des gènes de résistance des plantes cultivées dans les mauvaises herbes, mais d’une adaptation classique. Les agriculteurs n’ont pas respecté les règles qui ont bien réussi pour maîtriser la pyrale, car de telles règles existent pour les insecticides mais non pour les herbicides. Les agriculteurs sont donc revenus plus ou moins à la situation ante-OGM. Ils doivent procéder de nouveau pendant quelques récoltes à des désherbages mécaniques et chimiques avec des herbicides autres que le glyphosate. Les semenciers, quant à eux, ayant anticipé cet évènement, ont préparé des OGM résistants à des herbicides autres que le glyphosate, mais surtout résistants à plusieurs herbicides qui peuvent être utilisés en alternance quand l’un de ces herbicides commence à perdre de son efficacité contribuant à éviter qu’une résistance ne se développe.

Les brevets sur le glyphosate sont tombés dans le domaine public il y a plusieurs années. Cet herbicide est fabriqué dans divers pays.

« Les OGM font diminuer la biodiversité »

C’est plutôt l’inverse qui est constaté. La transgénèse est, par essence créatrice de biodiversité comme les autres méthodes de sélection génétique. On constate que la faune des champs de plantes Bt est nettement mieux préservée que dans ceux soumis à des traitements par des insecticides naturels ou obtenus par synthèse chimique. Il est vrai que l’utilisation d’une variété commerciale d’un OGM comme le coton s’accompagne au début par une domination de la variété en question. Rapidement les agriculteurs obtiennent des variétés nouvelles résultant de croisements entre l’OGM et des variétés locales. Il n’est donc pas inévitable que les OGM renforcent la domination des grands semenciers. C’est même le contraire qui s’annonce : les techniques mises en œuvre pour obtenir des OGM se banalisent et se répandent un peu partout. Par ailleurs, des variétés délaissées par manque de productivité, due par exemple à une sensibilité élevée vis-à-vis de maladies, peuvent être rapidement réhabilitées par des transferts de gènes.

Pour en savoir plus :
Carpenter J E. (2011). Impact of GM crops on biodiversity. GM Crops 2:1, 7-23

« Les OGM vont envahir la Terre »

En effet, il y a environ 10% de plus d’OGM cultivés par an. Il ne s’agit pas toutefois d’une invasion comme celle des lapins en Australie. Les OGM sont jusqu’à maintenant obtenus à partir d’espèces qui ne se disséminent pas ou peu. Elles n’ont, le plus souvent, pas de raison de se disséminer lorsqu’elles sont devenues des OGM et ne le font pas. Le maïs doux destiné à la consommation humaine est cultivé couramment dans les mêmes exploitations que le maïs grains destiné aux animaux sans que ces variétés ne se mélangent.

Il n’y a pas de raison, de considérer que la fuite des OGM va inéluctablement conduire à leur accumulation progressive dans l’environnement. Si tel était le cas, il y aurait un mélange généralisé des différentes variétés de plantes et il n’y aurait donc plus qu’une seule variété. À moins de considérer que les variétés OGM ont des pouvoirs magiques et maléfiques. On ne trouve pas de repousse de maïs en dehors des champs de maïs. De multiples variétés de maïs ont été introduites au Mexique et le téosinte, l’ancêtre du maïs, n’en a pas été altéré. La dissémination des variétés importées n’a pas davantage créé de gain ou de perte significatif de biodiversité, bien que le climat mexicain le permette.

Ce problème est différent pour les espèces qui nagent ou qui volent, et peuvent donc envahir de vastes espaces incontrôlables. Une série de mesures spécifiques ont été définies pour empêcher les saumons à croissance accélérée de se répandre dans les océans. Ces mesures contraignantes vont être appliquées, bien que ces saumons paraissent plutôt défavorisés dans les espaces sauvages. Les invasions par des OGM ne paraissent pas devoir être comparables à l’implantation des lapins en Australie (qui a été difficile) car la plupart des plantes cultivées ont perdu des gènes essentiels pour la vie sauvage. Les OGM héritent de ces tares.

« Les OGM ne peuvent pas modifier les fonctions biologiques dépendant de plusieurs gènes »

La presque totalité les fonctions biologiques dépendent de plusieurs gènes, probablement des dizaines. Lorsque les gènes en question ne sont pas connus, il est nécessaire de procéder à des co-sélections en aveugle. C’est ce que l’on fait depuis des millénaires avec des succès évidents, mais aussi des échecs patents. On ne peut utiliser la transgénèse pour faire de la sélection que lorsque des gènes ayant un impact majeur sur une fonction biologique ont été identifiés et sont disponibles. Ces situations ne sont pas rares et elles vont devenir de plus en plus fréquentes avec l’étude systématique des gènes. Un cas très simple est celui des OGM Bt. L’obtention de variétés de maïs résistantes à la pyrale n’a pas été possible avec la sélection génétique classique, sans doute parce qu’il n’existe pas de gènes ayant cette fonction chez le maïs. Cette fonction dépend alors complètement de la présence du seul gène Bt. Un autre exemple est celui des saumons à croissance accélérée. La croissance dépend d’une multitude de gènes, mais il est clair que l’expression du gène de l’hormone de croissance est limitante chez cette espèce. L’addition d’une copie supplémentaire du gène a suffi pour faire sauter le goulet et stimuler la croissance.

« Les OGM tuent les abeilles »

Formulée ainsi, cette phrase n’a pas grand sens. Il se pourrait que certains OGM soient nuisibles pour les abeilles, mais pas les OGM en général, à moins de les considérer globalement comme le mal généralisé. Les abeilles ne sont pas sensibles aux OGM Bt. Elles meurent autant en Europe, où il n’y a pas ou très peu d’OGM, qu’ailleurs. Les causes de la mortalité des abeilles sont multiples. Des pathogènes divers sont impliqués, et certains pesticides chimiques semblent amplifier leurs effets. Les OGM qui diminuent l’utilisation de pesticides doivent donc être considérés comme ayant des effets favorables pour les abeilles.

« Les OGM vont favoriser l’émergence de bactéries résistantes à des antibiotiques »

Pas du tout. Des gènes de résistance à des antibiotiques ont été utilisés dans quelques-uns des tout premiers OGM. Ce n’est plus le cas. De plus, les gènes ne se transfèrent pas fréquemment d’une plante vers une bactérie

Le gène devrait subir des mutations importantes pour redevenir actif chez des bactéries. Selon les instances compétentes (FAO, EFSA…), si ce transfert avait lieu, cela n’aurait aucun impact sur la santé animale et humaine.

Pour en savoir plus :
Demaneche S, Sanguin H, Pote John, Navarro E, Bernillon D, Mavingui P, Wildi W, Vogel T M, and Simonet P. (2008) « Antibiotic-resistant soil bacteria in transgenic plant fields ». Proc Natl Acad Sci USA 105 : 3957–3962.

« Les gènes des OGM peuvent nous être transmis par la nourriture »

Pas du tout. Si tel était le cas, nous n’existerions pas tels que nous sommes. Nous mangeons chaque jour jusqu’à un million de gènes qui ne sont pas les nôtres, et dont certains seraient nuisibles s’ils pénétraient dans nos cellules. L’ADN est digéré et les protéines aussi. Des études nombreuses, dont les résultats sont totalement convergents, montrent qu’il n’y a aucune trace d’ADN et de protéines provenant des OGM dans le lait, les œufs et la viande, à fortiori dans nos cellules après que l’on ait mangé des produits provenant d’animaux nourris avec des OGM. Ces résultats ne sont en rien surprenants. Nous ne trouvons dans notre ADN que nos gènes, et pas ceux provenant de nos aliments, plus quelques résidus de virus inactivés. Nous ne retrouvons pas non plus de gènes des bactéries qui peuplent nos intestins, bien que le nombre de cellules de ces bactéries soit dix fois plus élevé que celui de nos propres cellules. Le maintien de l’intégrité des espèces suppose que l’ADN des organismes ne s’échange pas fréquemment. Des bactéries se sont toutefois intégrées dans les cellules de nos très lointains ancêtres pour donner les mitochondries et les chloroplastes. Certains des gènes de ces bactéries sont encore identifiables.

« Le soja enrichi en une protéine de la noix du Brésil a dû être retiré »

Non. La protéine en question était très allergène. L’entreprise impliquée a donc spontanément abandonné ce projet. Les tests qui sont mis en œuvre sont donc appropriés. Par sélection traditionnelle, tout comme par transgénèse, on peut produire des aliments allergènes. C’est pourquoi il faut effectuer un contrôle particulier avant commercialisation. Mais ceci n’a rien de spécifique aux OGM. Les tests appliqués aux nouveaux aliments comme les kiwis ne sont pas très poussés et on leur tolère une allergénicité que l’on n’accepterait pas pour des OGM.

Pour en savoir plus :
Alain de Weck. « OGM et allergies : un danger inéluctable et imprévisible ? » SPS n° 295, avril 2011.

« L’innocuité des OGM n’est pas suffisamment démontrée »

On peut faire sans fin des tests en matière de toxicologie, car si on peut démontrer qu’un produit est toxique, on ne peut pas démontrer formellement qu’il ne l’est pas. Les méthodes employées peuvent toujours être considérées comme n’étant pas suffisantes. On sait aussi que tout ce que l’on mange finit toujours par avoir des effets toxiques, il suffit pour cela d’en manger suffisamment.

Les OGM, lors des contrôles, sont donc systématiquement comparés aux plantes d’origines et aux variétés commercialisées de la même espèce. Les paramètres suivants sont étudiés : propriétés agronomiques, structure fine du gène transféré, concentration d’au moins 60 composés, toxicité aiguë de la protéine codée par le transgène, toxicité de l’OGM entier ou des fractions consommées à l’aide de rats nourris pendant 90 jours, qualité nutritionnelle de l’OGM à l’aide de poulets nourris de 1 à 42 jours, allergénicité de la protéine. Les méthodes statistiques employées pour comparer les OGM aux variétés de référence ont été récemment validées et encore améliorées (recommandations pour la mise en œuvre de l’analyse statistique des données issues des études de toxicité sub-chronique de 90 jours chez le rat dans le cadre des demandes d’autorisation de mise sur le marché d’OGM. Anses – Saisine n° 2009-SA-0285). Les conclusions ont été confirmées par des études de toxicité pendant des temps beaucoup plus longs et pendant plusieurs générations

Les animaux d’élevage mangent régulièrement des OGM depuis 10 ans, sans aucun problème.

Les OGM sont donc de loin les aliments les plus contrôlés de l’histoire de l’humanité.

Pour en savoir plus :
Snell C. Bernheim, A., Bergé J.B., Kuntz, M., Pascal, G., Paris, A., Ricroch A. E. 2011. Assessment of the health impact of GM plant diets in long-term and multigenerational animal feeding trials : A literature review. Food Chem. Toxicol. doi:10.1016/j.fct.2011.11.048).

« Les résultats des études de toxicité sont gardés secrets »

Non. Les experts ont accès à toutes les données et ils publient leurs avis via internet. C’est le cas pour l’Anses (ex AFSSA) et l’EFSA.

« Les résultats sont fournis par les semenciers, et donc potentiellement truqués »

Les tests de toxicité sont en effet fournis par les semenciers, mais ils sont obtenus le plus souvent par des entreprises spécialisées et parfois par des laboratoires publics. Ces pratiques sont copiées sur celles en vigueur pour les médicaments. On pourrait imaginer que les tests soient effectués par des agences publiques de l’UE pour les Européens. Ce serait toute une organisation à mettre en place avec des coûts attenants, qui pourraient être supportés par les pétitionnaires. L’amélioration de la fiabilité des résultats pourrait en être augmentée. Rien ne suggère que ce point fasse problème pour les OGM.

« Les experts sont à la solde des multinationales »

Il y a là un malentendu. Les experts des agences sanitaires sont choisis pour leurs compétences scientifiques, leur degré d’ouverture sur la société, en particulier sur le monde industriel, et sur leur capacité à participer sereinement à des débats contradictoires. Les experts de l’Anses qui évaluent les OGM répondent à ces critères. On ne peut en dire autant de certains comités associatifs qui font appel à des experts autoproclamés. Les agences sanitaires ont par essence un haut degré d’indépendance, à l’inverse des comités qui sont d’abord engagé dans une lutte idéologique. Il n’y a rien de choquant en soi que des experts collaborent avec des entreprises. Celles-ci, comme les agences publiques, cherchent à solliciter les mêmes experts parce que ce sont les meilleurs. Il y a conflit d’intérêt lorsqu’un expert est impliqué effectivement, de près ou de loin dans un projet industriel. Le fait d’avoir eu des collaborations avec un industriel ne signifie pas forcément qu’il y a conflit d’intérêt. Les experts doivent faire une déclaration publique d’intérêt dans laquelle ils mentionnent toutes leurs activités passées et présentes en relation avec des industriels ou des financements. Ces dossiers sont examinés par des commissions d’éthique spécialisées et ils sont consultables par les citoyens via internet. En cas de conflit d’intérêt ponctuel, un expert est tenu de quitter la salle des débats pendant l’évaluation du dossier. Il ne faut pas confondre transparence (nécessaire pour établir les conflits d’intérêts) avec absence de contact.

« Les OGM n’apportent rien aux consommateurs et ils n’ont donc pas d’utilité sociale »

En ce qui concerne l’utilité sociale, ce n’est pas l’avis d’un grand nombre d’agriculteurs, y compris en France. Certains OGM permettent aux cultivateurs de moins s’intoxiquer, d’alléger leurs tâches et d’augmenter leurs revenus.

En ce qui concerne les consommateurs, il faut rappeler que les OGM actuels n’ont pas été conçus pour eux, mais pour les agriculteurs, ce qui n’est pas scandaleux. Le refus des européens de cultiver les OGM qui sont utilisés dans le monde est la cause d’un manque à gagner pour l’UE estimé entre 443 et 929 M€ par an. Certains cultivateurs français qui souhaitaient cultiver des OGM considèrent que la non-culture de maïs Bt leur fait perdre 100 € par hectare et par an.

L’approche OGM est une méthode de sélection génétique comme une autre. Considérer que cette approche n’a pas d’utilité sociale oblige à avoir la même attitude vis-à-vis de la sélection génétique conventionnelle. Il est heureux, même pour ceux qui refusent les OGM, que nos ancêtres aient été plus avisés que nous.

Pour en savoir plus :
Park J., McFarlane I., Phipps R. and Ceddia G. The impact of the EU regulatory constraint of transgenic crops on farm income. 2011, New Biotechnology (sous presse).

« Les agriculteurs indiens se suicident à cause des déboires que leur causent les OGM »

Cette affirmation est contredite par deux rapports et des témoignages directs. Il est vrai que les Indiens en position d’échec se suicident parfois. Au total, ils ne suicident pas plus fréquemment que nous. D’autre part, la courbe indiquant le niveau d’implantation du coton Bt en Inde est croissante depuis la fin des années 90. La courbe des suicides des agriculteurs, totaux et par province, baisse légèrement pendant le même période. Une grande partie des Indiens cultivateurs de coton sont au contraire des partisans convaincus que les OGM sont un bienfait pour la société indienne.

Pour en savoir plus :
« L’introduction du coton Bt et le suicide des agriculteurs en Inde ». Interview de Guillaume Gruère - SPS n° 286, juillet-septembre 2009.

« Un petit nombre d’entreprises semencières tiennent l’essentiel du marché des OGM »

Oui. Mais c’est de plus en plus le cas de tous les domaines industriels (aéronautique, chimie, pharmacie, énergie, et même agro-alimentaire). Rien de spécifique aux OGM. Par contre, le fait que l’industrie européenne tende à disparaître de ce marché est une réalité. À qui la faute ? Les entreprises en question sont très conquérantes. Leurs semences rencontrent un succès sans précédent dans l’histoire de l’agriculture. Certaines de ces entreprises avaient tout intérêt à éliminer les Européens concurrents. Et ne sont sans doute pas mécontentes, sur le plan économique, des conséquences de ce qui se passe sur le vieux continent.

« Les entreprises semencières cherchent à faire de l’argent avec les OGM »

Étrange remarque. Une entreprise doit gagner de l’argent, ou disparaître et, en même temps qu’elle, des emplois et une part de prospérité. Les entreprises n’ont pas de vocation altruiste. C’est à la société de solliciter des projets pouvant aider les plus défavorisés. Cela fonctionne quand on s’en donne la peine. Exemples : le riz enrichi en vitamine A, le riz enrichi en fer et en zinc, les pommes de terre résistantes à des nématodes pour les Boliviens, les tourteaux de coton rendus consommables en empêchant la synthèse d’une toxine, le gossipol, le manioc enrichi en protéines, les pommes de terre enrichies en protéines. Ces projets entièrement destinés à des groupes humains défavorisés sont réalisés par des laboratoires académiques, des fondations ou les pays concernés eux-mêmes. Dans cette aventure, la France brille par son absence coupable.

Pour en savoir plus :
« Le riz doré, un projet emblématique », Louis-Marie Houdebine, Science et pseudo-sciences n° 270, décembre 2005 et hors série OGM, octobre 2007

« Les OGM ne vont pas supprimer la faim dans le monde »

Cette question n’est pas aussi pertinente qu’il y paraît. Il est en effet bien évident qu’une technique, à elle seule, ne peut résoudre un problème aussi complexe. En revanche, les OGM, tout comme chacune des avancées scientifiques et techniques, vont contribuer à améliorer la situation. C’est déjà le cas. La question qu’il faut se poser est de savoir si, dans la nécessité de produire assez de nourriture pour les 9 milliards d’habitants annoncés, les OGM peuvent contribuer de façon significative à cet objectif.

« Les semenciers s’emparent des variétés améliorées depuis des millénaires et qui appartiennent à l’ensemble de l’humanité »

Tous les sélectionneurs le font, quelle que soit la méthode de sélection utilisée. Les brevets portent sur les améliorations génétiques des OGM et non sur les variétés. Les OGM peuvent être utilisés pour dériver d’autres variétés, à condition de payer une redevance à l’inventeur. Les Espagnols ont ainsi dérivé 101 variétés de maïs à partir du MON810 de Monsanto. Le système des brevets est au total peu différent de celui des COV (certificat d’obtention végétale) qui est appliqué dans l’UE et dans maints autres pays. Les OGM tombent sous la coupe des COV dans l’UE. Par ailleurs, les variétés qui ont servi à développer des OGM restent d’un usage libre.

« Les assureurs ne veulent pas assurer les OGM »

Les assureurs ne veulent pas prendre le risque d’assurer tant que la situation n’est pas claire tant du point de vue de l’acceptabilité que de l’aspect sécuritaire. Aux USA, des assureurs proposent aux cultivateurs de maïs de réduire le montant de leurs assurances. La culture du maïs Bt est bien acceptée aux USA et elle est devenue si régulièrement meilleure que celle des variétés conventionnelles que les assureurs acceptent un risque devenu supportable.

« Les consommateurs de l’UE ne veulent pas d’OGM »

Ce n’est pas aussi simple. La purée de tomate OGM a rencontré un grand succès commercial en Grande Bretagne il y a quelques années, car le prix en était réduit. Ce produit a été retiré du marché par les responsables des supermarchés qui craignaient de voir leurs magasins saccagés par des activistes.

L’Eurobaromètre donne des résultats un peu ambigus. Une étude subventionnée par l’UE donne une toute autre vision du problème. Des équipes de sociologues de 11 pays de l’UE ont procédé à des enquêtes approfondies auprès des consommateurs mais aussi des responsables des supermarchés. Contre toute attente, il est apparu de manière convergente dans les 11 pays que la principale limite à l’achat d’OGM par les consommateurs était leur absence des étagères des supermarchés.

Pour en savoir plus :
Do European Consumers buy GM Foods ? (“Consumerchoice”) European Commission Framework 6.

« Les OGM sont le contraire des produits biologiques »

Cette remarque désigne les OGM comme le mal, et les produits biologiques comme le bien. Cette opposition satisfait les amateurs d’idéologies binaires, mais aussi ceux qui tirent un bon profit financier de la vente (pas de la culture) des produits biologiques, bien que leurs bienfaits sanitaires et gustatifs n’aient jamais été prouvés. L’agriculture biologique fonde ses normes sur des valeurs idéologiques (les bienfaits de la nature) alors que les OGM ne sont qu’une technique, parmi d’autres, de création de nouvelles variétés, sans connotation idéologique. Il n’y a pas de sens à les opposer. L’avenir paraît devoir reposer sur une utilisation des meilleures techniques validées de culture sans connotation idéologique. C’est ce que proposent les inventeurs de l’AEI (agriculture écologiquement intensive).

Pour en savoir plus :
« Dix questions sur l’agriculture biologique », Louis-Marie Houdebine – Science et pseudo-sciences n° 290, avril 2010.
« Agriculture biologique et sécurité alimentaire mondiale », Léon Guéguen - Science et pseudo-sciences n° 280, janvier 2008.

On consultera avec profit, de façon générale :
« Les OGM en douze questions », Louis-Marie Houdebine – Science et pseudo-sciences n° 272, juillet-août 2006 et hors série OGM, octobre 2007.
Mis en ligne le 3 mars 2012
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