Rayonnements, OGM, nanotechnologie - Danger ou progrès ? Guide CLCV

Alain Chosson et Jacqueline Jamet. Édition Vuibert et CLCV, Collection consom’action, 2009, 208 pages, 13 €

Notes de lecture de 3 experts - SPS n° 298, octobre 2011

Ce livre, présenté comme un guide, a été rédigé sous l’égide d’une association de consommateurs, la Confédération de la Consommation, du Logement et du Cadre de Vie (CLCV). Le propos affiché de cet ouvrage est d’aider le lecteur à se faire une opinion sur trois sujets à controverses que sont les OGM, les ondes et les nanotechnologies. Les controverses sont présentées dans l’introduction comme de véritables « batailles d’experts » surmédiatisées, mais dont les acteurs sont « tout aussi honorables les uns que les autres ». Les auteurs éprouvent « le sentiment que l’on ne nous dit pas tout », qu’il y a une « crise de confiance dans les institutions », que « le monde scientifique apparaît aussi comme un monde à part » et que les « scientifiques [...] affirment quelquefois tout et son contraire ».

Il est clairement indiqué que « l’information est importante, c’est un droit pour chaque consommateur, usager, citoyen : une information utile, fiable, compréhensible » (p. 171). On s’attend alors à trouver un guide utile pour se retrouver dans l’information apportant des éclairages sur ces trois sujets.

Afin de savoir si le pari était gagné, l’AFIS a demandé à un expert de chaque domaine d’analyser la partie du livre correspondant à sa spécialité. Les trois experts ont procédé indépendamment, sans se concerter avant d’avoir rendu leurs analyses respectives. Celles-ci convergent fortement, permettant de dégager une construction générale similaire pour les trois chapitres : après une présentation simple du sujet qui apporte des notions de base, les données deviennent confuses et disparates.

Ainsi pour le chapitre OGM, Marcel Kuntz, directeur de recherche au CNRS, écrit « la partie consacrée aux bénéfices et risques environnementaux mélange des approximations étonnantes [et des erreurs qu’il] serait trop long de pointer ainsi que des informations exactes, ou des prises de position légitimes (à défaut d’être impartiales) pour une organisation consumériste. Notons simplement que la partie consacrée aux pays en développement (p. 48) apparaît elle aussi fortement biaisée : la parole est donnée, sur 32 lignes, à un collectif anti-OGM mexicain, sans réflexion critique d’aucune sorte, tandis que les arguments en faveur des OGM n’occupent que 10 lignes, écrites au conditionnel et suivies par 19 lignes d’arguments qui les nient (“Cependant ?”). Notons aussi (p. 50) l’antienne : “en Inde... le coton Bt a déçu les attentes...” »1.

Concernant le chapitre 2 qui porte sur les champs électromagnétiques radiofréquences et basses fréquences, Anne Perrin, chercheur en biophysique à l’Institut de Recherche Biomédicale des Armées, écrit « il apporte de nombreuses informations intéressantes sur les sources rencontrées au quotidien pour les fréquences considérées, sans prétendre expliquer la physique des ondes. À partir du second paragraphe « les effets sur la santé », les explications sont peu convaincantes, lorsqu’il est question des effets non dus à une augmentation de température. Il devient en effet difficile de s’y retrouver du fait de l’amalgame des deux types de champs électromagnétiques, alors qu’ils n’ont pas les mêmes interactions avec la matière et qu’ils représentent des problématiques différentes. Les auteurs parlent alors d’ondes radioélectriques ». Elle conclut par « au final, bien que ce chapitre apporte de nombreuses informations, tout est placé sur un même niveau, indépendamment du degré de crédibilité des sources d’information. De nombreuses contradictions apparaissent donc au fil des paragraphes et l’ensemble reste orienté vers une approche plus militante que scientifique ».

Pour la partie 3, portant sur les nanotechnologies, Daniel Bloch, médecin du travail et conseiller médical pour les nanomatériaux au CEA, remarque que « le chapitre introductif exposant très succinctement les « techniques des nanotechnologies » comporte des inexactitudes et des lacunes fondamentales mettant par exemple sur le même plan, le monde des nanomatériaux où sont fabriqués et utilisés les nanoparticules, nanotubes et autres nano-objets, et le monde de la nano-électronique et des nanosystèmes, prolongement de la microélectronique vers les petites dimensions, dans lequel, bien que l’on fabrique des circuits intégrés comportant des motifs aussi fins que la dizaine de nanomètres, la problématique "nanoparticule" est pratiquement absente ». Il rejoint les deux autres analyses en rajoutant « l’impression qui domine par ailleurs, c’est le manque évident de maîtrise du sujet, qui conduit à une exposition confuse des notions fondamentales, à des erreurs ou des contre-sens, à des approximations et à une absence de mise en perspective qui permettrait au lecteur novice de s’y retrouver ».

Outre les amalgames, confusions et inexactitudes dans les explications, ont été relevés tout au long des parties 1 et 2 des citations et des conseils qui proviennent tout aussi bien d’experts pour des associations militantes, d’experts scientifiques ou d’institutions officielles sans mise en contexte. Il n’est malheureusement pas précisé dans le livre ce qui peut permettre au lecteur de différencier un expert recherché pour sa compétence, en tant que spécialiste d’un domaine précis, d’une personne qui se sera emparée de la problématique pour diverses raisons. Cela aurait pourtant été un bon début pour l’aider à se retrouver dans l’information.

Dans chaque chapitre, les auteurs émettent une opinion sur les mesures qui devraient être prises – réduire les niveaux d’exposition aux champs électromagnétiques – interdire les OGM... et tentent d’en convaincre le lecteur.

Cette analyse de l’ouvrage illustre des biais typiques d’une catégorie de la littérature sur les sujets scientifiques impliquant des enjeux sociétaux et une gestion politique. Il montre la difficulté qu’il y a de traiter ces différents volets ensemble et le fait que lorsque science, expertise et demande de mesures de gestion sont abordées de concert, c’est bien souvent dans le domaine de l’opinion et de la pseudo-science que verse le sujet.

1 Sur ce sujet, voir : Le suicide d’agriculteurs en Inde ou L’introduction du coton Bt et le suicide des agriculteurs en Inde, ainsi que la note de Marcel Kuntz dans ce numéro (rubrique Du côté de la science).

Mis en ligne le 10 décembre 2011
3907 visites

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !