Les ravages des faux souvenirs ou la mémoire manipulée

Brigitte Axelrad. Book-e-book, 2010, 84 pages, 9,90 €

Note de lecture de Martin Brunschwig - SPS n° 295, avril 2011

J’ai eu l’occasion de dire ici que j’espérais que notre optique habituelle de scepticisme et d’objectivité pouvait éviter tout soupçon de partialité quant au commentaire du livre de l’un des membres de notre comité de rédaction... Je l’espère d’autant plus quand une forme de pudeur risquerait a contrario de priver nos lecteurs d’un ouvrage de qualité ! Or, justement, celui-ci est une flèche qui va droit au but, et Brigitte Axelrad signe ici un livre qui fera date sur le sujet1.

En effet, la brièveté de l’ouvrage (une des « règles du jeu » de l’éditeur de cette collection) a été « mise à profit », si l’on ose dire, par l’auteure, pour aller à l’essentiel. En mots choisis avec soin, et avec un style d’une acuité impressionnante, Brigitte Axelrad nous alerte à nouveau sur ce fléau redoutable2. En effet, les « thérapies de la mémoire retrouvée » sont des thérapies au cours desquels les patients sont (très vivement) encouragés à se souvenir de traumatismes soi-disant vécus dans l’enfance, qui expliqueraient les malaises actuels. Des traumatismes réels, vécus puis « refoulés », sont déjà bien rares, et le refoulement en tant que tel mérite d’être questionné3.

Mais le problème, bien sûr, est d’une nature bien plus scandaleuse encore, lorsqu’on comprend que ces souvenirs sont bien souvent « intégrés » par le patient après un travail de suggestion, de « folie à deux » induite par le thérapeute. Ce qui est passionnant, c’est que les quelques questions qu’on pouvait encore se poser trouvent ici leurs réponses. À commencer par celle qui restait, pour moi, non résolue par les articles que nous avions publiés, forcément plus courts ou plus factuels : comment « implanter » des faux souvenirs est-il seulement possible ? ! Le livre répond clairement à cette question, et à bien d’autres. Il contient nombre d’informations précises, des statistiques très éclairantes, par exemple, sur la sociologie des personnes concernées. La construction en « questions/réponses » permet, sur la forme, une lecture aérée et agréable, et sur le fond, on pourrait estimer qu’on lit un des bons numéros de la célèbre collection « Que sais-je ».

Un livre à mettre entre les mains de tous ceux qui veulent mieux comprendre ce phénomène, ou tout simplement être informés, pour se garder de laisser un jour la détresse les conduire vers des pseudo-thérapeutes parfois très dangereux.

1 Prix littéraire AME Journée des droits de l’Enfant

2 À nouveau, car elle a écrit ici plusieurs articles sur ce sujet grave : voir par exemple SPS n° 285, avril-juin 2009 et sur notre site, le compte rendu d’une conférence de la psychologue Elizabeth Loftus ainsi qu’une entrevue avec celle-ci.

3 Le problème des personnes traumatisées est bien plutôt de pouvoir oublier, tourner la page ! Et comme le disait Nicolas Gauvrit dans un article sur le sujet, les New-yorkais n’ont pas « refoulé » le 11 septembre...

Mis en ligne le 28 juin 2011
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