Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la psychanalyse et Sigmund Freud occupent une place particulière dans la sphère intellectuelle, dans l’enseignement et dans les pratiques thérapeutiques. Ce dossier se propose d’apporter une réflexion sur la réalité des allégations thérapeutiques des psychanalystes, le statut scientifique de la psychanalyse et la place injustifiée occupée par elle dans l’espace public (santé, justice, médias, etc.).

Amnésie infantile ou fariboles freudiennes ?

par René Pommier - SPS n° 293, hors-série Psychanalyse, décembre 2010

Dans le deuxième des Trois essais sur la théorie sexuelle, consacré à la sexualité infantile, Freud commence par s’étonner du peu d’intérêt qu’on a porté avant lui à la sexualité infantile et il croit en trouver la principale explication dans le fait que nous n’avons pas ou presque pas de souvenirs de nos première années.

Rappelons d’abord ce que dit Freud : « Je cherche les raisons de cette curieuse négligence [à l’égard de la sexualité infantile], d’une part dans les réserves conventionnelles qu’observent les auteurs du fait de leur éducation, d’autre part dans un phénomène psychique qui s’est lui-même soustrait jusqu’à présent à l’explication. J’entends par là la singulière amnésie qui dissimule à la plupart des hommes (pas à tous !) les six ou huit premières années de leur enfance. Il ne nous est pas encore venu à l’esprit de nous étonner de l’existence de cette amnésie […] Nous avons pourtant des raisons de croire qu’à aucune autre période de la vie, elle [notre mémoire] ne sera mieux capable d’enregistrer et de reproduire que précisément pendant les années d’enfance. […] Il ne peut donc en aucun cas s’agir d’une réelle disparition des impressions d’enfance, mais d’une amnésie analogue à celle que nous observons chez les névrosés pour des événements vécus plus tardivement et dont la nature consiste en un simple maintien de ces impressions à l’écart de la conscience (refoulement) »1.

L’amnésie infantile : un phénomène psychique, selon Freud

On le voit, Freud décrète d’emblée que l’amnésie infantile est un « phénomène psychique » et non biologique, ou du moins qu’elle ne l’est que secondairement2. Si tel était bien le cas, on pourrait sans doute s’en étonner et chercher à l’expliquer. Mais, si personne ne s’en est étonné avant Freud, c’est parce que personne avant lui ne l’avait considéré comme un phénomène essentiellement psychique. Tout le monde avait remarqué que le petit d’homme, à la différence du petit d’animal, mettait un certain nombre d’années avant d’atteindre au plein développement de ses facultés. Alors que les petits d’animaux se dressent sur leurs pattes presque immédiatement après leur naissance, le petit d’homme ne commence à marcher qu’entre un et deux ans. Ce qui est vrai des facultés physiques l’est aussi des facultés intellectuelles. Et la raison en est que les facultés intellectuelles ont elles aussi un substrat physiologique, leur développement étant étroitement lié à celui du cerveau. Or, si le cerveau du nouveau-né a déjà tous ses neurones, les connexions entre les neurones ne s’établissent que lentement et progressivement. Le cerveau ne devient opérationnel qu’au fur et à mesure que le câblage neuronique se met en place. Il en va tout autrement chez les animaux. Seuls les singes connaissent, comme l’homme, un retard important dans le développement de leur cerveau mais il l’est beaucoup moins que chez l’homme3. Selon de nombreux neuropsychologues, ce que Freud appelle l’amnésie infantile s’explique donc essentiellement par une immaturité fonctionnelle du cerveau et ne nécessite aucunement de recourir à une théorie du refoulement jamais vérifiée4. Freud a raison lorsqu’il dit qu’il ne s’agit pas « d’une réelle disparition des impressions d’enfance », mais, s’il n’y a pas « disparition des impressions », ce n’est pas, comme il le pense, parce que ces impressions subsisteraient dans l’inconscient où l’on pourrait aller les rechercher grâce à la psychanalyse : c’est plus probablement parce qu’il ne peut pas fixer durablement ces impressions.

Amnésie infantile et amnésie sénile s’expliquent aisément

À ce phénomène répond à l’autre extrémité de la vie un phénomène inverse tout aussi naturel et que personne aussi, pas même Freud, ne semble éprouver le besoin d’expliquer tant la chose paraît aisée, celui de l’amnésie sénile. Et, là encore, il s’agit moins d’oubli à proprement parler que d’incapacité à enregistrer les impressions. La preuve en est que les vieillards perdent d’abord la mémoire immédiate : ils se souviennent d’événements anciens et notamment de ceux qui remontent à leur enfance, mais ils ne se souviennent pas de ce qu’on vient juste de leur dire et de ce qu’ils viennent de dire eux-mêmes. À l’immaturité fonctionnelle du cerveau de l’enfant correspond donc souvent chez le vieillard un dysfonctionnement dû, bien sûr, à la dégradation de l’organe. Au début de la vie, le cerveau n’est pas encore en mesure d’enregistrer durablement les impressions ; à la fin de la vie, il n’est souvent plus en mesure de le faire.

La petite enfance : le moment le plus propice à la fixation des souvenirs, selon Freud

Non content de ne pas voir que l’on peut expliquer très simplement pourquoi l’on ne se souvient pas de sa petite enfance, Freud va jusqu’à prétendre, au contraire, qu’aucune autre période de la vie ne devrait être plus propice à la fixation des souvenirs. La raison en serait, selon lui, que notre mémoire n’est pas encore encombrée et que les impressions que nous recevons, étant encore toutes nouvelles, ne peuvent être que particulièrement vives. Notons que Freud n’est pas allé jusqu’à s’étonner que personne ne se soit jamais souvenu de l’instant de sa naissance, c’est sans doute parce qu’il lui restait quand même conservé, bien caché tout au fond de son inconscient, un peu de sens du ridicule. Pourtant la logique de son raisonnement aurait dû l’amener à conclure que le moment de leur naissance devrait être celui dont tous les individus se souviennent le mieux, celui dont le souvenir ne disparaît que quand tous les autres souvenirs ont déjà disparu. À aucun autre moment de notre vie, en effet, notre mémoire n’aura été moins encombrée de souvenirs et aucun autre moment de notre vie, nous n’aurons connu non plus un changement si rapide et si radical de nos conditions d’existence. S’il y a, dans toute notre vie, un événement qui aurait dû nous marquer plus que tout autre, c’est bien celui-là.

293_66-73_1Selon Freud, on serait d’autant plus apte à fixer les souvenirs qu’on en aurait moins et la mémoire ne serait jamais aussi vivace que lorsqu’elle est encore vierge5. Pourtant la mémoire, comme toutes les facultés, et plus que toute autre peut-être, se développe surtout par l’exercice. Chacun sait qu’on retient des textes par cœur d’autant plus facilement qu’on en a déjà mémorisé davantage. Chacun sait qu’on apprend plus aisément une langue étrangère, si on en connaît déjà une autre et a fortiori, si on en connaît plusieurs. Dans toutes les activités, ce sont toujours les débuts qui sont les plus lents et les plus laborieux.

Freud affirme que les premières années devraient être celles dont on se souvient le mieux, mais, quand bien même le petit enfant serait en mesure d’enregistrer durablement ses impressions, il n’aurait pas grand chose à enregistrer, pas grand chose du moins qui en vaille vraiment la peine. Quoi d’étonnant qu’on ne se souvienne pas d’avoir suçoté son pouce ou son gros orteil, d’avoir fait du bruit avec sa bouche, d’avoir attrapé le nez, l’oreille ou le collier de sa mère, d’avoir écarquillé ses doigts de pied ? Si l’enfant oublie vite qu’il s’est livré à ces diverses activités, c’est probablement parce que leur intérêt était singulièrement limité et qu’elles ne méritaient pas que l’on en gardât toute sa vie le souvenir. Ce qui caractérise la vie du très jeune enfant et particulièrement du nourrisson, c’est son extrême monotonie. Les toutes premières années de la vie seraient bien ennuyeuses si nous étions déjà capables de nous ennuyer. Mais, on peut supposer que, de même que les petits enfants ne sont pas encore capables d’enregistrer durablement leurs impressions, ils ne sont pas encore capables de s’ennuyer ; et cela pour la même raison : s’ennuyer comme se souvenir suppose sans doute un développement de l’activité cérébrale qu’ils n’ont pas encore atteint.

À question absurde, réponse absurde

Si l’étonnement de Freud est très étonnant, l’explication qu’il propose ne l’est pas moins. Mais comment en serait-il autrement ? Quand on prétend résoudre un problème qui ne se pose pas, on ne peut que proposer une solution qui, pour le moins, ne s’impose pas. À une question absurde, on ne peut apporter qu’une réponse également absurde. Et c’est bien le cas. Selon lui, si nous n’avons pas de souvenirs de notre petite enfance, c’est parce que les impressions reçues pendant l’enfance sont maintenues à l’écart de la conscience, c’est parce qu’elles ont été refoulées, ce qui l’amène à rapprocher l’amnésie infantile de l’amnésie hystérique.

Amnésie infantile et amnésie hystérique

Non content de comparer l’amnésie infantile à l’amnésie hystérique, Freud prétend que la première contribue à expliquer la seconde et va même jusqu’à affirmer que la seconde n’existerait pas sans la première : « L’amnésie hystérique, qui est au service du refoulement, ne s’explique que par le fait que l’individu possède déjà un trésor de traces mnésiques qui sont soustraites à la disposition consciente et qui, dès lors, attirent à elles par liaison associative ce sur quoi agissent, du côté du conscient, les forces répulsives du refoulement. On peut dire que, sans amnésie infantile, il n’y aurait pas d’amnésie hystérique »6. Et, pour mieux se faire comprendre, il a, en 1915, eu recours à une comparaison en ajoutant ces lignes : « On ne peut pas comprendre le mécanisme du refoulement si l’on ne prend en considération qu’un seul de ces deux processus dont l’action est connexe. À titre de comparaison, on peut évoquer la manière dont un touriste est expédié au sommet de la grande pyramide de Gizeh ; il est poussé d’un côté et tiré de l’autre »7. On pourrait, bien sûr, commencer par s’interroger sur la réalité de l’amnésie hystérique telle que la conçoit Freud. Mais je me contenterais pour l’instant de m’étonner du rôle que Freud fait jouer à la prétendue amnésie infantile dans le développement de l’amnésie hystérique. Car il n’est vraiment pas clair. Cette attirance « par liaison associative » des souvenirs que l’on veut refouler par les souvenirs déjà refoulés est bien étrange, bien mystérieuse. Freud semble penser que les souvenirs refoulés ont besoin de compagnie et, puisque, comme chacun sait, qui se ressemble s’assemble, ils s’efforcent d’attirer en priorité à eux les souvenirs avec qui ils ont des affinités. Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous sommes en pleine mythologie.

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Mais, avant de faire intervenir l’amnésie infantile dans le mécanisme de l’amnésie hystérique, c’est le mécanisme de l’amnésie infantile qu’il aurait fallu expliquer. Car c’est lui surtout qui a besoin d’explication. Freud considère que l’amnésie infantile est de même nature que l’amnésie hystérique, et que, dans les deux cas, nous avons affaire à un phénomène de refoulement. Mais, si, dans le cas de l’amnésie hystérique, on peut du moins comprendre pourquoi il pourrait y avoir refoulement, il n’en est pas du tout de même dans le cas de l’amnésie infantile. En effet, les règles, les tabous, les interdits qui sont à l’origine du refoulement dans l’amnésie hystérique, n’existent pas encore dans l’enfance ou commencent seulement à s’installer, comme Freud le remarque lui-même. Il nous explique ainsi que, chez les enfants, le rêve montre clairement sa vraie nature, à savoir qu’il est la réalisation d’un désir, parce qu’aucune censure n’oblige encore celui-ci à se déguiser8. Il prétend expliquer de la même façon pourquoi l’enfant est selon lui plus ouvert aux perversions les plus diverses, ce qui lui fait dire qu’il est « un pervers polymorphe »9.

Quelle raison aurait le petit enfant de refouler quoi que ce soit ?

Par conséquent l’amnésie infantile ne devrait, à tout le moins, ne pouvoir se développer qu’assez tardivement et très progressivement, au fur et à mesure que s’érigent les digues et les barrières imposées par la vie sociale. Le petit enfant qui ignore encore tout des problèmes psychologiques ou moraux, qui ne connaît ni scrupules ni complexes, ni inhibitions, n’a aucune raison de refouler ses désirs, ses impressions ou ses souvenirs10. De plus, on ne voit pas très bien ce qu’il pourrait avoir à cacher aux autres ou à lui-même. Certes, Freud prétend que les activités, si peu variées, auxquelles il se livre, ont généralement une signification sexuelle, à commencer par le suçotement, qu’il regarde comme le « modèle des manifestations sexuelles infantiles »11. Mais le petit enfant n’a pas lu Freud et n’est, par conséquent aucunement conscient de se livrer à des activités sexuelles. Il n’a donc aucune raison d’éprouver, en ce faisant, le moindre scrupule et d’être porté à refouler des impressions qu’à juste titre, il considérerait comme tout à fait anodines, s’il était en mesure de faire des examens de conscience. D’ailleurs, si l’on a refoulé les impressions de l’enfance à cause de leur caractère sexuel, pourquoi alors n’a-t-on pas aussi et d’abord refoulé les premières impressions sexuelles vraiment indubitables, celles de la puberté ? Car les gens se souviennent généralement fort bien de leurs premiers émois amoureux et de leurs premières expériences sexuelles.

Il n’y a pas de problème de l’amnésie infantile

Freud croit avoir découvert le problème de l’amnésie infantile et il croit en avoir trouvé l’explication. Mais il n’y a pas de problème de l’amnésie infantile, parce qu’à proprement parler, il n’y a pas d’amnésie infantile. Freud a inventé de toutes pièces un problème qui n’a jamais existé pour avoir le plaisir de proposer une explication qu’il était impatient de mettre en œuvre. Car tout se passe comme si dans son esprit, la solution (le refoulement) avait suscité le problème (l’amnésie infantile). Il n’aurait probablement pas eu l’idée de s’étonner que nous n’ayons pas de souvenirs de notre petite enfance, s’il n’avait éprouvé le besoin d’élargir le plus possible le champ d’application de ce qu’il considérait comme une découverte capitale, destinée à révolutionner la connaissance du psychisme, l’idée de refoulement.12

Le petit Hans, confirmation vivante de la thèse freudienne : « l’enfant est un pervers polymorphe »

Le « petit Hans » est le pseudonyme d’Herbert Graf, un enfant de quatre ans, que son père analysa, sous la supervision de Sigmund Freud. Cette analyse à distance dura près de trois ans. Sa mère, Olga Hönig, avait été soignée par Freud, avant que ce dernier n’invente la psychanalyse. C’est ce qui conduisit le père à consulter Freud pour son fils.

Le père de Hans notait chacun des propos de son fils en rapport avec la sexualité, dès l’âge de trois ans, et les envoyait à Freud. Freud vit dans le cas de Hans la confirmation de ses hypothèses sur la sexualité infantile, exposées dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité, et l’occasion « d’observer directement chez l’enfant, dans toute leur fraicheur vivante, ces impulsions sexuelles et ces formations édifiées par le désir, que nous défouissons chez l’adulte avec tant de peine […] »1 Jacques Van Rillaer écrit que, pour Freud, « dès qu’il s’est mis à parler, Hans a été la preuve vivante du caractère universel » de sa conception de la sexualité infantile2.

À quatre ans, Hans assiste à la chute d’un cheval tirant un carrosse. Le cheval, fouetté par le cocher, s’effondre près de lui. Hans est saisi d’une peur intense, qui ne s’atténue pas au fil du temps. Orienté par les questions de son père, Hans finit par admettre avec réticence que le cheval lui fait penser à son père. Selon les deux « interprètes » de sa « névrose », la muselière du cheval ressemble à la moustache du père, le pénis du cheval, qu’il appelle son « fait-pipi », ressemble au grand pénis du père, dont il aurait peur, angoisse qui serait due, selon Freud, au refoulement d’un désir incestueux. Freud postule alors que l’enfant est atteint d’une « névrose phobique », mais que le cheval n’est qu’un prétexte secondaire à son expression. En réalité, selon lui, la « névrose » de Hans s’explique par des « impulsions libidinales refoulées ». L’inconscient de Hans associerait son père au cheval, sa « phobie » viendrait de ce qu’il aime son père, mais souhaiterait sa mort pour pouvoir coucher avec sa mère. Cette interprétation en termes œdipiens va être suggérée par le père à l’enfant, qui la refuse au début, puis en apporte peu à peu toutes les confirmations. Cependant, le bambin ne manifeste pas, comme on pourrait s’y attendre, de l’hostilité envers son père, mais plutôt envers sa mère, qui l’a un jour menacé, alors qu’il se masturbait, de faire venir le docteur pour lui couper le pénis. Pour lever ce qui pourrait paraître contredire la théorie du complexe d’Œdipe, Freud déclare que cette agressivité à l’égard de la mère « masque » le désir de mort à l’égard du père dont il voudrait prendre la place auprès de la mère. De fil en aiguille, d’interprétations en interprétations, de suggestions en suggestions, tout ce que dit et tout ce que fait Hans va être intégré dans le système interprétatif freudien. Peu à peu, l’impression que Hans est bien un petit obsédé sexuel va se confirmer.

« Au fil des pages, on acquiert l’impression que Hans est un véritable obsédé sexuel. Freud parle en effet d’ “homosexualité” […], d’ “onanisme”, de “voyeurisme”, d’ “exhibitionnisme”, d’ “impulsions sadiques”, de “désir de coït avec la mère” et d’“envie de tuer le père”. Nous ne pouvons donc refuser la thèse du Grand Inquisiteur3 : “Notre petit Hans semble vraiment un modèle de toutes les perversités.” La thèse des Trois Essais sur la Théorie de la Sexualité est bien confirmée : “l’enfant est un pervers polymorphe” »4, écrit J. Van Rillaer.

Et ce dernier se demande, comme Ellenberger avant lui, si l’enfant n’a pas été victime de deux « manipulateurs inconscients » : son père et Freud ?

Brigitte Axelrad

1 Sigmund Freud, 1909, Analyse d’une phobie d’un petit garçon de cinq ans : le petit Hans, in Cinq psychanalyses, Paris, P.U.F, 1954, p. 94. Des cinq cas, celui de Hans est le plus longuement exposé et celui auquel Freud se réfère le plus souvent.
2 Jacques Van Rillaer, 1980, Les illusions de la psychanalyse, Bruxelles, Éd. Mardaga, p. 142
3 Qualificatif attribué par J. Van Rillaer à Freud dont il compare les interrogatoires menés auprès de l’enfant aux côtés du père à ceux du Tribunal de l’Inquisition.
4 Jacques Van Rillaer, ibid, p 146

1 Trois essais sur la théorie sexuelle, Folio essais, pp. 95-96. Freud reviendra sur le sujet dans des termes très proches dans l’Introduction à la psychanalyse, petite bibliothèque Payot, 2001, p. 238.

2 Voir J. Laplanche et J.-B Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, collection Quadrige, 2004, p 22 : « L’amnésie infantile n’est pas une découverte de la psychanalyse. Mais Freud ne s’est pas contenté, devant l’évidence apparente du phénomène, d’une explication par l’immaturité fonctionnelle ; il en a donné une explication spécifique. De même que l’amnésie hystérique, l’amnésie infantile peut en droit être levée : elle n’est pas une abolition ou une absence de fixation des souvenirs, mais l’effet d’un refoulement ».

3 « La capacité crânienne du chimpanzé n’augmente que de 60/ % après la naissance. Par contre celle de l’homme s’accroit environ 4, 3 fois […] D’autre part, pour des durées des gestation respectives de 224 et 270 jours, donc très voisines, le volume cérébral atteint 70 % de sa capacité finale au cours de la première année chez le chimpanzé, et il faut attendre trois ans pour obtenir le même résultat chez l’homme. L’accroissement du volume cérébral se poursuit donc très longtemps après la naissance chez l’homme » (Jean-Pierre Changeux, l’Homme neuronal, Fayard 1983, p. 345).

4 « Le bon fonctionnement de la mémoire “événementielle” ou “épisodique” suppose une maturation neuronale, notamment de l’hippocampe, qui n’est pas réalisée avant deux ou trois ans » (Jacques Van Rillaer, Psychologie de la vie quotidienne, Odile Jacob, 2003, p. 192).

5 « La mémoire de l’enfant étant moins chargée pendant les premières années que pendant les années qui suivent, par exemple la huitième, elle devrait être plus sensible et plus souple, donc plus apte à retenir les faits et les impressions » (Introduction à la Psychanalyse, p. 238)

6 Op. cit., p. 97.

7 Ibid., note 1.

8 « Les rêves des jeunes enfants sont souvent des réalisation naïves. De ce point de vue, ils sont moins intéressants que les rêves d’adultes. On n’y trouve pas d’énigmes, mais ils sont un argument inappréciable pour prouver que l’essence du rêve est l’accomplissement d’un désir » (L’Interprétation des rêves, P.U.F, 1973, p. 117).

9 « Il est instructif de constater que, sous l’influence de la séduction, l’enfant peut devenir pervers polymorphe et être entraîné à tous les débordements imaginables. Cela démontre qu’il porte dans sa prédisposition les aptitudes requises ; leur mise en acte ne rencontre que de faibles résistances parce, que suivant l’âge de l’enfant, les digues psychiques qui entravent les excès sexuels : pudeur, dégoût et morale, ne sont pas encore établies ou sont seulement en cours d’édification » (Trois essais…, p. 118).

10 Il est difficile de savoir si, pour Freud, le refoulement commence dès la petite enfance ou s’il pense que c’est seulement lorsque l’on en sort que l’on se met à refouler le souvenir de ses premiers désirs. Mais, si la seconde hypothèse peut sembler moins difficile à admettre que la première, elle n’en reste pas moins fort peu vraisemblable. Pour qu’on soit porté à refouler les souvenirs de ses premiers désirs, il faudrait que ceux-ci soient susceptibles d’engendrer un sentiment plus ou moins confus de culpabilité. Pourquoi voudrait-on oublier que l’on a eu envie de sucer son pouce, puisque l’on voit tous les petits enfants le faire ?

11 Ibid., p. 102. Rappelons que Freud a osé écrire : « Lorsqu’on voit un enfant rassasié quitter le sein en se laissant choir en arrière et s’endormir, les joues rouges, avec un sourire bienheureux, on ne peut manquer de se dire que cette image reste le prototype de la satisfaction sexuelle dans l’existence ultérieure » (p. 105). J’y vois pour ma part l’image d’un être qui n’a pas plus de préoccupations sexuelles que de problèmes métaphysiques et c’est pourquoi il peut goûter en toute innocence et dans toute sa plénitude le bonheur de se sentir repu.

12 J’adresse tous mes remerciements à Brigitte Axelrad et à Nicolas Gauvrit qui ont bien voulu me faire part de leurs suggestions.

Mis en ligne le 17 mai 2011
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