Le créationnisme est un concept créé aux USA par des fondamentalistes religieux qui voudraient voir la Bible prendre place au cœur de l’enseignement. Plusieurs étapes ont jalonné son histoire, avec des procès retentissants. Actuellement, le créationnisme revêt un caractère discret et dangereux. Sous couvert d’ouverture d’esprit, d’œcuménisme, des institutions comme l’UIP diffusent jusque dans les sciences une spiritualité pernicieuse. Des scientifiques comme Dambricourt prêchent un moteur interne au vivant en lieu et place d’évolution. Un concept de dessein intelligent a émergé récemment, acceptant le fait évolutif « encadré » par un programme, manière détournée d’imposer une entité architecte de notre avenir. Les méthodes du créationnisme s’affinent, jouent sur les ambiguïtés et sur le langage, et avancent sans heurt majeur, avec l’aval du président Bush aux USA. Vous trouverez dans ce dossier quelques textes sur ce concept qui n’avance pas toujours à visage découvert et qui réclame notre vigilance.

Qu’est-ce que le créationnisme ?

SPS n° 233, mai-juin 1998

Les créationnistes s’appuient sur la Bible, dont ils respectent le récit tel qu’on le leur donne. Pour les incroyants, le créationnisme est une absurdité, contraire à l’évidence de l’évolution des espèces vivantes. Christian Nitschelm est astrophysicien et enseigne à l’université de Bourgogne Voici pour nos abonnés des extraits de son dernier ouvrage Revue des principales thèses créationnistes sur l’origine de l’Univers de la Vie et de l’Homme, probablement un des meilleurs écrits sur ce sujet, rendu brûlant par l’actuelle remontée du créationnisme (surtout aux États-Unis, avec contamination en d’autres lieux...) (Consulter le texte de Christian Nitschelm sur le créationisme)

Note : une erreur dans notre n° 233 où avait été publié ce texte avait attribué à Christian Nitschelm la position intermédiaire d’un chrétien cherchant à concilier darwinisme et religion. Christian Nitschelm n’est pas chrétien, il se réclame de l’agnostisme. Pour mieux réfuter les thèses créationnistes, il a cherché à comprendre la logique et l’argumentation des chrétiens convaincus. Essayer de comprendre le raisonnement et la rationalité de ceux que l’on critique ne signifie bien entendu pas que l’on partage leur logique. Toutes nos excuses à Christian Nitschelm pour cette confusion de notre part.

Pour bien comprendre les idées créationnistes, il faut se mettre à la place d’un chrétien convaincu de la véracité intégrale des textes bibliques. Pour lui, ces textes ont été directement inspirés par Dieu aux auteurs et ont été écrits de manière quasi-scientifique, en particulier le Livre de la Genèse qui décrit le commencement du Monde. Ces livres sont directement une révélation divine. Pour ce même chrétien, le moindre verset de n’importe lequel des Livres de la Bible ne peut être mis en doute de quelque façon que ce soit, ce qui entraîne que la Bible doit être considérée comme le seul ouvrage de base digne de foi capable de donner l’explication complète du monde qui nous entoure, de son origine et de son évolution au cours du temps. Les événements du passé n’ont donc pu se dérouler que selon la chronologie biblique, qui est considérée comme une chronologie absolue. Cette vision des choses va entraîner la naissance d’un mécanisme de défense face aux idées et aux découvertes qui pourraient perturber cette certitude. Face aux découvertes scientifiques de ces derniers siècles, ce mécanisme a donné naissance aux théories créationnistes. Nous donnerons dans la suite le nom de Créationnisme à l’ensemble de ces théories.

À partir de la Genèse et des autres livres, le Créationnisme essaie de décrire de manière rigoureuse comment les choses se sont déroulées depuis la Création du Monde. Certains chrétiens, surtout des théologiens et quelques scientifiques, souvent contestables et d’assez bas niveau, se sont érigés en chercheurs créationnistes pour défendre scientifiquement leur point de vue. Ils affirment que, lors de la Création, Dieu aurait créé « les Cieux et la Terre » pendant six jours, passant de la création de l’inerte à celle du vivant et de celle des animaux à celle de l’Homme et de la Femme. Dans cette optique, tous les humains descendent d’un couple unique et, de même, toutes les espèces animales descendent respectivement d’un couple unique par espèce, l’idée d’évolution trans-espèce étant impitoyablement écartée comme anti-biblique. Cette théorie s’appelle en Biologie le Fixisme.

Utilisant la chronologie biblique, les chercheurs créationnistes effectuent un décompte temporel et arrivent à un âge de la Terre compris entre six mille et douze mille ans selon les auteurs, avec des variantes plus longues dans le temps. De même, pour eux, au moins trois mille ans avant notre ère, un cataclysme à l’échelle planétaire, le déluge, aurait, par la volonté divine, recouvert la Terre entièrement d’eau et seul un petit groupe d’humains et un couple de chaque espèce animale auraient survécu. Notons ici que, selon les ouvrages créationnistes, les dinosaures auraient disparu durant le déluge, car non sauvés par Dieu, et auraient donc été contemporains des premiers hommes. Ayant établi à partir des textes bibliques la chronologie de l’évolution du monde, ces chercheurs se doivent de trouver des justifications expérimentales à ces déductions théorico-livresques.

C’est évidemment là que les gros problèmes vont se poser pour les créationnistes, les théories scientifiques en Astrophysique, en Géologie, en Paléontologie et en Biologie n’étant absolument pas en accord avec un âge peu élevé de l’Univers et de la Terre, avec un fixisme biologique immuable et avec un hypothétique déluge universel récent. Ne pouvant accepter des théories allant en contradiction avec les textes bibliques les chercheurs créationnistes vont devoir les combattre, voire les nier, afin de prouver leur fausseté et la véracité des textes bibliques. Pour cela, ils utilisent toute une panoplie d’arguments que nous allons examiner plus loin. Ces arguments sont principalement de deux types : « versets bibliques » et « faille dans une théorie scientifique ».

Les auteurs des textes sacrés ont été directement inspirés par Dieu. Ceci implique que ces auteurs s’expriment justement sur toutes choses, en particulier sur l’évolution du monde. Leurs écrits ne peuvent être remis en question pour quelque raison que ce soit. Il faut donc mettre en évidence les failles existantes ou supposées dans les théories scientifiques « concurrentes ». Lorsque les arguments basés sur les failles des théories scientifiques viennent à manquer, ceux basés sur la teneur de certains versets bibliques sont mis en avant en tant qu’affirmation divine.

En astrophysique, les principaux arguments créationnistes touchent les théories scientifiques sur le système Solaire et le système Terre-Lune, afin d’en souligner les insuffisances, réelles ou imaginaires, pour en conclure qu’en réalité ces systèmes n’ont pas évolué dans le temps.

Une autre preuve de la véracité de la Création divine est le « miracle » des éclipses totales de Soleil, la Lune et le Soleil étant approximativement de même diamètre apparent, vus depuis la surface terrestre. Ces quelques arguments étant encore assez faibles, il est nécessaire aux chercheurs créationnistes d’utiliser certains versets bibliques pour mettre en évidence la véracité de leurs théories en Astrophysique. En particulier, ils cherchent à faire dire aux textes certains résultats scientifiques majeurs, comme la rotation de la Terre sur elle-même et autour du Soleil ou comme l’expansion de l’Univers, en utilisant généralement un certain nombre d’interprétations très audacieuses (et en se servant des résultats astrophysiques récents !). Ceci consiste à interpréter la Bible à la lumière des résultats scientifiques actuels, ce qui est un paradoxe pour des gens qui rejettent une partie de cette science !

Contrairement au créationnisme, la rechercher scientifique ne prétend ni à l’infaillibilité, ni à une connaissance absolue. Les créationnistes exploitent cette modestie. Certains domaines sont très pratiques. Ainsi la biologie.

L’argument principal en Biologie consiste à dire que l’on n’observe pas d’évolution des espèces durant toute la période des temps historiques et que l’on manque de preuve vis-à-vis du problème des chaînons manquants. Donc la théorie de l’évolution est caduque et seule une Création divine est en mesure d’expliquer l’existence des différentes espèces !

Les calculs de statistique sur la probabilité d’apparition de la vie menés par les chercheurs créationnistes amènent à l’unicité de celle-ci : seule la Terre a bénéficié du miracle de la vie, la probabilité d’apparition naturelle de la vie étant « démontrée » infime.

D’autres domaines se révèlent moins confortables. Ainsi la zoologie.

Seuls les textes bibliques sont pris en compte pour expliquer comment les événements ont dû se passer. La pierre d’achoppement que constitue la répartition des espèces à la surface du globe est contournée par des suppositions assez hardies, comme des ponts de matière entre les continents qui se seraient effondrés peu après le déluge. Les arguments donnés par les chercheurs créationnistes paraissent donc assez peu convaincants. Remarquons tout de même qu’ils arrivent fort bien à se convaincre eux-mêmes de la véracité scientifique de ce genre de théories, lesquelles restent cependant assez peu étayées par de véritables observations. Le but est évidemment de prouver la réalité de l’Arche de Noé comme seule source de peuplement animal pour toute la surface terrestre juste après le déluge universel. Ceci est un des plus complexes problèmes qu’essaient à résoudre les chercheurs créationnistes.

Et voici la conclusion de Nitschelm :

Le chercheur créationniste est face à un rude travail : il doit arriver à concilier deux vues très dissemblables de l’Univers. Après un travail de bibliographie très important qui lui permet de bien connaître ce à quoi il s’attaque, c’est-à-dire les théories scientifiques non-bibliques, il doit essayer de prouver la fausseté de celles-ci avec des arguments en général assez faibles. Il faut reconnaître que ce travail n’est vraiment pas simple et place ce chercheur dans une position d’ennemi des sciences, place assez peu confortable s’il en est ! C’est ainsi que les scientifiques vont souvent le considérer comme un fixiste arriéré placé là comme un fossile vivant uniquement pour les empêcher de travailler tranquillement. Ce chercheur créationniste semble pourtant sincère dans sa démarche de recherche, même s’il ne prend certes pas la meilleure voie pour arriver à des résultats incontestables. Cette sincérité est même l’aspect le plus difficile à contrer, étant donné que ce chercheur reste persuadé de la véracité de ses bases bibliques.

Les grandes églises, Catholique, Calviniste et Luthérienne, tout en conservant l’idée d’une Création divine, considèrent que les textes bibliques ne sont que le vecteur d’une série de messages plus profonds que Dieu a voulu faire parvenir aux croyants par ses élus et reconnaissent le plein droit des scientifiques à établir des modèles scientifiques évolutionnistes, qui ne contrarient en rien les textes lus de manière judicieuse et interprétative. Cependant, à l’intérieur de ces églises, certains « dissidents » professent des idées très proches du Créationnisme, en particulier les fondamentalistes catholiques. Il apparaît également que beaucoup de chrétiens sont créationnistes par manque d’information, les idées scientifiques ayant bien souvent du mal à diffuser dans ce genre de milieu !

La croyance religieuse et le créationnisme s’entendent comme larrons en foire. La cohabitation est moins aisée entre la croyance et l’évolutionnisme comme nous le montre si bien Christian Nitschelm.

Mis en ligne le 11 juillet 2004
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