Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne : rideau de fumée autour du livre de Michel Onfray

par Jean-Paul Krivine - SPS n° 291, juillet 2010 et n° 293, Hors-série psychanalyse, décembre 2010

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Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne
Michel Onfray Grasset, 2010, 624 pages, 22 €

La sortie du livre de Michel Onfray (Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne) a déclenché une tempête de protestations de la part des tenants de la psychanalyse. Les accusations sont d’une rare violence. Élisabeth Roudinesco1, pour ne citer qu’elle, évoque un « furieux réquisitoire » dans lequel Michel Onfray « réhabilite le discours de l’extrême droite française […] avec lequel il entretient une réelle connivence ».

Pourtant, l’ouvrage n’est pas une révélation. L’imposture freudienne est connue de longue date, établie par de nombreux historiens. Mais il est vrai que la France est un des rares pays où la psychanalyse a su préserver son image, sa place dans la société, et plus grave, dans le système de santé.

L’ouvrage de Michel Onfray « déchire quelques cartes postales », selon l’expression de son auteur. Freud n’a jamais adopté une démarche scientifique, sa pratique clinique a inclus la cocaïne, la balnéothérapie, l’hypnose, l’imposition des mains, l’introduction d’une sonde dans l’urètre avec une canule permettant d’injecter de l’eau froide pour calmer l’onanisme… Les « guérisons » les plus célèbres, relatées dans Cinq psychanalyses (Dora, l’homme aux rats, l’homme aux loups, le petit Hans, Le président Schreber) se sont révélées des échecs savamment falsifiés pour les besoins de la cause. Loin du libérateur de la sexualité que ses thuriféraires présentent, Freud était misogyne et homophobe, portant en cela les idées de son époque. Loin des lumières, loin de la science, la psychanalyse relève davantage de la pensée magique.

Michel Onfray argumente, s’appuie largement sur les écrits de Freud, en particulier sa correspondance avec son ami Fliess. Et il développe également une théorie propre : si l’extension à toute l’humanité des concepts de Freud (complexe d’Œdipe, désir de la mère, souhait de la disparition du père, etc.) ne repose ni sur une analyse clinique sérieuse, ni sur une méthode scientifique quelconque, ceux-ci correspondent en tout cas parfaitement à la propre biographie de l’auteur.

Bien sûr, Le crépuscule d’une idole traite de Freud, de la psychanalyse de Freud, la théorie de Freud, mais aussi sa prétention à guérir. Il n’évoque pas la psychanalyse aujourd’hui. Cette dernière se trouve invalidée, non pas par l’imposture de sa genèse, par le mythe construit autour du fondateur, mais par le fait qu’elle s’est toujours refusée à toute évaluation, à tout cadre scientifique, et que les études menées sur son efficacité n’ont jamais montré mieux que l’effet de suggestion.

Enfin, et c’est d’actualité, Michel Onfray nous rappelle que Freud a toujours refusé qu’on légifère sur la pratique de la psychanalyse : l’État n’a pas à mettre le nez dans les affaires des psychanalystes. À l’époque, Freud incluait l’occultisme dans ce qui devait rester hors du champ de la réglementation.

Alors, en reprenant la formule d’Élisabeth Roudinesco, « pourquoi tant de haine » autour de cet ouvrage ? Force est de constater qu’au-delà des invectives, des accusations d’antisémitisme ou de collusion avec l’extrême droite, rares sont ceux qui argumentent sur le fond. Le roi semble bien nu. Et il y a une « profession » à défendre. D’où cet épais rideau de fumée visant encore une fois, comme lors de la sortie du Livre noir de la psychanalyse2, à escamoter la discussion sur le fond.

Ainsi, la même Élisabeth Roudinesco affirme « Quand on sait que huit millions de personnes en France sont traitées par des thérapies qui dérivent de la psychanalyse, on voit bien qu’il y a dans un tel livre et dans les propos tenus par l’auteur une volonté de nuire qui ne pourra, à terme, que soulever l’indignation de tous ceux qui – psychiatres, psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes – apportent une aide indispensable à une population saisie autant par la misère économique – les enfants en détresse, les fous, les immigrés, les pauvres – que par une souffrance psychique largement mise en évidence par tous les collectifs de spécialistes. » Le fait que 8 millions de personnes soient traitées par la psychanalyse n’apporte pas la moindre once de preuve d’efficacité. En quoi dénoncer une imposture qui serait utilisée auprès de 8 millions de personnes serait s’en prendre à elles ?

Mis en ligne le 4 décembre 2010
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