Analyse d’affirmations d’Elisabeth Roudinesco dans Mais pourquoi tant de haine ? (Seuil, 2010)

par Jacques Van Rillaer1

« Comme il est naturel de croire beaucoup de choses sans démonstration, il ne l’est pas moins de douter de quelques autres malgré leurs preuves. »

Vauvenargues2

Suite à la sortie du Livre noir de la psychanalyse, Mme Roudinesco avait publié en 2005 le libelle Pourquoi tant de haine ? (nous le citerons Haine n° 1). Elle y écrivait :

« Je partage l’opinion exprimée par Jacques-Alain Miller dans Le Point quand il souligne avec humour : “Un livre comme ça, j’en voudrais un tous les ans ! Ça fait le plus grand bien aux psychanalystes d’être étrillés, passés au crin ou à la paille de fer.” Souhaitons donc que ce livre favorise un réveil de la communauté freudienne ! » (p. 31)

E. Roudinesco était-elle sincère ? À le supposer, Le Crépuscule d’une idole de Michel Onfray devrait la réjouir : cinq ans après Le Livre noir, Freud y est étrillé, passé au crin et à la paille de fer.

En fait, l’ouvrage d’Onfray a manifestement mis E. Roudinesco hors d’elle. Avant même sa parution, elle a utilisé, comme elle l’écrit, « la puissance des réseaux d’internautes pour combattre » ce qu’elle appelle « une littérature de caniveau » (sic, p. 8).

Les réseaux d’internautes réservent des surprises. C’est ainsi que, par amabilité ou par erreur, j’ai reçu d’un ami d’E. Roudinesco, Emile Jalley, leurs échanges en vue de préparer la venue de Mme Roudinesco à Caen, pour défier Onfray sur son territoire. On y lit notamment, à la date du 10 mai 2010, qu’elle houspille Jalley pour qu’il envoie sans tarder, à ses 152 correspondants, l’annonce de sa présentation de Haine n° 2 à Caen, dans l’espoir de rameuter un maximum de monde. Elle qui a les faveurs du Monde, du Nouvel Obs, de l’Express et de quantité de chaînes de TV (où elle passe toujours sans contradicteur3), elle écrit dans ce mail : « moi je suis insultée de partout  ». Un freudien dirait illico : sentiment de persécution, paranoïa, donc inflation du Moi et homosexualité refoulée. Le psychologue scientifique que je suis s’abstient d’un tel diagnostic. À suivre.

§ 1. Contenu de Mais pourquoi tant de haine ? (Haine n° 2)

Comme Haine n° 1, Haine n° 2 est extrêmement décevant, même si ce deuxième pamphlet contient moins d’affabulations que le premier. Dans Haine n° 1, E. Roudinesco affirmait par exemple qu’on racontait dans le Livre noir que « Marilyn Monroe avait été suicidée par ses psychanalystes » (p. 22). En réalité, le nom de Monroe n’apparaît nulle part dans Le Livre noir. Un fantasme donc, qui était loin d’être la seule affabulation dans son chapelet de contre-vérités.

Haine n° 2 a également le format d’une carte postale (10 x 18 cm) et ne compte que 89 pages. Pratiquement tout ce qu’on y lit a déjà été publié
- soit sur Internet (le 1er texte se trouve sur le site du Nouvel Observateur à la date du 16-4-20104 ; le texte de Mazeau est sur le site du Monde à la date du 22-4-2010 ; le texte de Delion se trouve sur plusieurs sites, notamment www.mediapart.fr, à la date du 22-4-2010),
- soit dans la presse (le 2e texte de E. Roudinesco a paru dans Le Nouvel Observateur du 1er avril 2010, l’article de Roland Gori dans L’Humanité du 24 avril 2010).

Seules quelques pages d’E. Roudinesco sur l’affaire Minna, trois petites pages d’un certain Christian Godin et cinq pages de Frank Lelièvre sont des nouveautés, si l’on peut ainsi s’exprimer. Comme je le montrerai plus loin, les textes de ces auteurs, mis à part celui de Mazeau, sont du mauvais journalisme. Ils n’apportent absolument rien au débat. Si E. Roudinesco avait le sens du ridicule, elle ne les aurait pas inclus dans son opuscule.

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§ 2. La stratégie des travestissements roudinesciens

Le style que les psychiatres et psychologues appellent aujourd’hui « histrionique » (on disait autrefois « hystérique ») se caractérise par des conduites théâtrales (le mot vient du latin histrio, acteur jouant des farces grossières), des réactions émotionnelles excessives, une façon de parler très subjective, un besoin permanent de plaire et de séduire, une tendance à idéaliser ou, au contraire, à dévaluer exagérément des personnes5.

Histrionique : c’est la qualification qui convient à l’écriture d’E. Roudinesco. On en trouve des exemples à toutes les pages de Haine n° 1 ou n° 2. Voici huit échantillons.

2.1. Onfray lisait Freud en se masturbant

a) Philosophie Magazine avait publié ces paroles d’Onfray au cours d’un débat avec J.-A. Miller :

« J’ai commencé à lire Freud assez jeune, vers 13 ou 14 ans, après avoir acheté sur le marché d’Argentan les Trois Essais sur la théorie de la sexualité. Je l’ai découvert à peu près à la même époque que Marx et Nietzsche. Fils d’ouvrier agricole, j’étais enchanté par le projet marxiste d’abolir le capitalisme. Pensionnaire d’un établissement religieux, je me délectais de l’antichristianisme nietzschéen. Quant à Freud, il parlait beaucoup au petit masturbateur que j’étais. » (n° 36, février 2010, p. 10)

b) Travestissement d’E. Roudinesco Haine n° 2, p. 23) :

« Onfray l’avait [Freud] admiré autrefois au point de lire quelques-uns de ses ouvrages, dès son enfance, en se masturbant, comme il le dit lui-même. »

(Une fois n’est pas coutume : E. Roudinesco donne la référence de sa « citation » : Philosophie Magazine, n° 36, février 2010, p. 10)

2.2. Freud a violenté sa belle-sœur

a) Onfray écrit

(à la suite de Swales, Borch-Jacobsen et d’autres historiens de la psychanalyse) que Freud a très probablement entretenu une « relation adultère » avec sa belle-sœur Minna (p. 163).

b) Travestissement de E. Roudinesco :

« J’ai tenu à insister sur la genèse de cette étrange affaire : comment a été inventée la légende d’un Freud violentant sa belle-sœur. » (p. 9).

2.3. Freud a torturé sa fille Anna

a) Onfray écrit :

« Malgré la déontologie définie par Freud lui-même dans Conseils aux médecins sur le traitement analytique (1912) qui invite le psychanalyste à ne jamais allonger sur son divan de proches, d’amis ou de membres de sa famille, le père soumet sa fille à une analyse dès l’été 1918 et ce jusqu’en 1922, puis du printemps 1924 à 1929, soit une thérapie étendue sur neuf années à raison de cinq à six séances hebdomadaires […]

En même temps qu’il décide qu’Anna n’est pas portée vers les hommes et qu’il impose la loi du père en lui interdisant formellement de mener une vie sexuelle indépendante, l’auteur de La morale sexuelle dominante envoie sa fille dans les bras des femmes. Quel meilleur moyen de la garder pour lui seul ? […] Freud la dirige vers Lou Salomé et souhaite clairement favoriser l’amitié entre les deux femmes. À l’amie de Nietzsche, il écrit le 3 juillet 1922 : “Inhibée à travers moi, sur le plan masculin, elle n’a pas eu grande chance, jusqu’à présent, avec ses amies femmes. Il m’arrive de souhaiter la voir avec un homme de bien, et parfois je souffre d’avance à l’idée de la perdre” » (p. 241 ; 246).

b) Travestissement d’E. Roudinesco :

« Pendant dix ans, Freud aurait torturé sa fille Anna tout au long d’une analyse en forme de procès inquisitorial qui se serait déroulée de 1918 à 1929, et au cours de laquelle, chaque jour, dans le secret de son cabinet, il l’aurait incitée à devenir homosexuelle. Or, s’il est exact que Freud a bien analysé sa fille, la cure n’aura duré que quatre ans et non pas dix. Et quand Anna a commencé à prendre conscience de son attirance pour les femmes, Freud l’a plutôt incitée à s’orienter vers le travail intellectuel » (p. 25, je souligne).

Notons qu’un mois plus tôt, E. Roudinesco écrivait dans un hors-série du Monde, intitulé Sigmund Freud. La révolution de l’intime, que la durée de l’analyse d’Anna par son père avait duré « 6  » ans (p. 16)

Pour sa polémique avec Onfray, elle écrit « 4  » : elle opère une réduction d’un tiers… La « directrice de recherche de l’université Paris-VII » manque de rigueur, c’est le moins que l’on puisse dire.

2.4. La psychanalyse est fondée sur l’équivalence du bourreau et de sa victime

a) Freud a répété à de nombreuses reprises6

que « la psychanalyse a démontré qu’il n’existe pas de différence fondamentale, mais une simple différence de degré, entre la vie mentale des gens normaux, celle des névrosés et celle des psychotiques7 ».

b) E. Roudinesco, freudienne orthodoxe, écrit :

« Selon Freud, la sexualité perverse polymorphe est potentiellement au cœur de chacun d’entre nous. Il n’y a pas d’un côté des pervers dégénérés et de l’autre des individus normaux. Il y a des degrés de norme et de pathologie. L’être humain, dans ce qu’il a de plus monstrueux, fait partie de l’humanité. » (p. 42)

c) Onfray écrit :

« Freud n’aura cessé de le dire dans son œuvre complète : le normal et le pathologique ne constituent pas deux modalités hétérogènes de l’être au monde, mais des degrés différents d’une même façon d’être au monde. Autrement dit, rien ne distingue fondamentalement le psychanalyste dans son fauteuil et le névrosé allongé sur le divan, rien ne sépare radicalement le bourreau sadique et sa victime innocente […] Une seule et même chose d’un point de vue du psychisme. » (p. 564).

d) Travestissement roudinescien d’Onfray :

« Onfray fait de la psychanalyse une science fondée sur l’équivalence du bourreau et de la victime. » (p. 12) (je souligne)

2.5. Freud : un dictateur raciste

a) Freud écrit dans Pourquoi la Guerre ?

« Il faudrait consacrer davantage de soins qu’on ne l’a fait jusqu’ici pour éduquer une couche supérieure d’hommes pensant de façon autonome, inaccessibles à l’intimidation et luttant pour la vérité, auxquels reviendrait la direction des masses non autonomes. […]

« Aujourd’hui déjà les races non cultivées et les couches attardées de la population se multiplient davantage que celles hautement cultivées » (Trad., Œuvres complètes, PUF, XIX, p. 79s)

b) Onfray reproduit ces passages et des lettres de Freud, puis commente :

« Freud défend des thèses franchement inégalitaires, sinon raciales à défaut d’être racistes. (p. 532)

c) Travestissement d’E. Roudinesco :

« Il (Onfray) fait de Freud une sorte de dictateur adepte de l’inégalité des races. » (p. 32) (je souligne)

2.6. Freud a favorisé l’extermination de son peuple

a) Onfray écrit :

« Quel est le projet clairement revendiqué par Freud de L’homme Moïse et la religion monothéiste  ? “Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils” (p. 7)8 — peut-on mieux dire ? Ce livre se propose donc de tuer le père des juifs, de commettre le parricide des parricides. C’est donc la religion de son père et des ancêtres de son père, la religion de sa mère, la religion de sa femme, donc la religion de ses enfants si l’on tient pour la judéité transmise par la mère ; c’est cette religion mise à mal par la brutalité nazie au pouvoir depuis fin janvier 1933, sans parler de la montée de cette vermine dans la décennie précédente ; c’est donc cette religion et nulle autre que Freud attaque dans le pire des contextes — l’embrasement nazi de l’Europe. » (p. 226)

b) Travestissement d’E. Roudinesco

Roudinesco indique la page (226) : « En publiant, en 1939, L’Homme Moïse et la religion monothéiste, c’est-à-dire en faisant de Moïse un Égyptien et du meurtre du père l’un des principes de l’avènement des sociétés humaines, il [Freud] aurait assassiné le père de la Loi judaïque, favorisant ainsi l’extermination par les nazis de son propre peuple. » (p. 33)

2.7. Ursula Gauthier a « intimé l’ordre de “réviser” »

a) Dans Le Nouvel Observateur du 11 janvier 2007, Ursula Gauthier réunissait les pièces du dossier tendant à prouver que la belle-sœur de Freud avait été sa maîtresse. En terminant son article, elle faisait allusion à E. Roudinesco en ces termes :

« L’historienne Elisabeth Roudinesco brocarde le “délire d’interprétation” de Swales et qualifie l’affaire Minna de “fantasme majeur de l’historiographie révisionniste et antifreudienne”. Va-t-elle à son tour changer d’avis, comme Peter Gay, le biographe pro-freudien qui, ébranlé par le registre de l’hôtel Schwerzerhaus, promet de publier une version corrigée de sa célèbre biographie, mettant désormais en doute le mythe idéalisé du Freud ardemment fidèle à l’amour de sa vie, Martha ? »

b) Travestissement d’E. Roudinesco :

« Ursula Gauthier m’intimait l’ordre de “réviser” mon Dictionnaire et d’adopter la nouvelle vérité, enfin révélée » (p. 59).

On retrouve ici deux exemples typiques de la stratégie roudinescienne :

1. L’usage de « m’intimait l’ordre » à la place de « va-t-elle à son tour changer d’avis » : le langage histrionique, voire paranoïaque.

2. L’usage du mot « révisionnisme » que Mme Roudinesco met entre guillemets pour attirer l’attention. E. Roudinesco ne manque jamais d’évoquer l’antisémitisme « masqué » de ceux qui critiquent Freud. Elle utilise alors le mot « révisionnisme », non dans le sens classique de « révision de croyances relatives à des faits historiques », mais au sens que lui ont donné les « négationnistes ».

2.8. J’ai été menacée par Peter Swales

a) Swales

est un historien du freudisme qui a travaillé à la Bibliothèque du Congrès à Washington, où sont déposées les archives freudiennes. Il a découvert une série de documents très embarrassants pour l’image de Freud, qu’il a communiqués notamment à E. Roudinesco. Par la suite, Swales a critiqué la conception freudocentrée et hagiographique du Freud d’E. Roudinesco. Leurs relations se sont détériorées.

b) Travestissement de E. Roudinesco :

« Après avoir été longtemps en contact avec Swales, qui me transmettait des documents de la Library of Congress, j’ai été moi-même “menacée” et insultée par lui dans la presse américaine et brésilienne. » (p. 57)

E. Roudinesco ne fournit aucune citation qui confirme l’accusation de « menaces ». On est prié de la croire sur parole.

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§ 3. Onfray a-t-il inventé que Freud a inventé 18 cas ?

Le 1er texte dans Haine n° 2 avait déjà été diffusé sur l’Internet avant la sortie du livre d’Onfray. E. Roudinesco ne cache pas (p. 8) qu’à cette occasion elle a utilisé « la puissance des réseaux d’internautes » pour dissuader d’en prendre connaissance.

La première phrase de son texte résume l’essentiel de ses accusations

« Dans un brûlot truffé d’erreurs et traversé de rumeurs, Michel Onfray, qui ignore tout des travaux produits depuis quarante ans par les historiens de Freud et de la psychanalyse, se présente comme un psychobiographe de Freud. »

L’exemple d’« erreurs » et de « rumeurs » qu’elle donne est le suivant :

« N’affirme-t-il pas que Freud aurait inventé dix-huit cas ? On se demande lesquels… » (p. 15).

Manifestement Onfray connaît bien mieux qu’E. Roudinesco les œuvres de Freud et celles des historiens du freudisme. L’« historienne de la psychanalyse » se demande quels sont ces 18 cas. Eh bien, tous les historiens sérieux de la psychanalyse9 savent de quels cas il s’agit : les 18 « hystériques » que Freud déclare avoir traités grâce à la mise au jour de scènes de séduction sexuelle précoce. Freud fait cette déclaration le 21 avril 1896 dans une conférence, qui a été publiée peu de temps après, sous le titre Zür Aetiologie der Hysterie dans le Wiener klinische Rundschau10.

Si E. Roudinesco avait lu les pages 281 et 282 d’Onfray, elle l’aurait enfin appris. Voici ce qu’y écrit Onfray, qui ne fait que citer des faits que de nombreux freudologues avaient relevés avant lui :

« Freud théorise la question de l’abus sexuel des enfants par leur père dans Sur l’étiologie de l’hystérie (1896). Il prend soin de préciser qu’il n’évolue pas sur le terrain de l’hypothèse, de l’avis péremptoire, de la fantaisie théorique, mais qu’il a travaillé sur dix-huit cas et obtenu ses certitudes après examens cliniques, observations de patients, analyses concrètes. “Je pose donc l’affirmation [sic] qu’à la base de chaque cas d’hystérie, se trouvent — reproductibles par le travail analytique, malgré l’intervalle de temps embrassant des décennies — un ou plusieurs vécus d’expérience sexuelle prématurée, qui appartiennent à la jeunesse la plus précoce. Je tiens ceci pour un dévoilement important, pour la découverte d’une source du Nil de la neuropathologie” (III. 162)11.

[…]

Or une lecture attentive des lettres à Fliess permet de voir que les dix-huit cas revendiqués pour asseoir et confirmer cette théorie n’existent que dans l’esprit de Freud. Car : deux mois après avoir présenté ses thèses Sur l’étiologie de l’hystérie à la Société Neurologique de Vienne, il écrit à Fliess (4 avril 1897) qu’il déplore n’avoir pas un seul nouveau cas ! Pire : il n’a réussi à terminer aucune cure en cours. »

Répétons : le rapprochement entre l’affirmation d’avoir traité, avec succès, 18 cas et, exactement à la même époque, l’aveu à Fliess, en privé, de ne pas avoir réussi à terminer une seule cure, ce rapprochement a déjà été fait il y a une vingtaine d’années, par exemple par Han Israëls12, qui a publié avec Morton Schatzman l’article « The Seduction Theory »13.

Bien évidemment Mikkel Borch-Jacobsen a évoqué ces fameux 18 d’hystériques dans le Livre noir de la psychanalyse (éd. 2005, chapitre : « Le médecin imaginaire », p. 75s). On trouve un exposé très détaillé de la même affaire par exemple chez Jacques Bénesteau, Mensonges freudiens (éd. Mardaga, 2002), aux pages 251 à 257 du chapitre « La substance clinique ».

Bien entendu, ces fameux « 18 cas d’hystérie » sont loin d’être le seul mensonge de Freud.

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§ 4. Onfray a-t-il inventé que Freud avait un père pédophile ?

E. Roudinesco écrit : « Onfray présente Freud maltraitant son père jugé pédophile » (p. 24)

E. Roudinesco n’a sans doute pas lu les lettres à Fliess dans la version intégrale, ni les historiens critiques de Freud qui n’ont pas manqué de disserter sur la question. En effet, Freud écrivait à Fliess, le 8 février 1897, au sujet d’une patiente souffrant de maux de tête, qu’elle avait dû subir des fellations paternelles, et il ajoutait que son propre père avait dû être un « pervers » du même genre que celui de la patiente :

« Le mal de tête hystérique avec pression au sommet du crâne, aux tempes, etc. relève des scènes où, aux fins d’actions dans la bouche, la tête est fixée (plus tard attitude récalcitrante chez le photographe, qui coince la tête).

Malheureusement mon propre père a été l’un de ces pervers et a été responsable de l’hystérie de mon frère (dont les états correspondent tous à une identification) et de celle de quelques-unes de mes plus jeunes sœurs. La fréquence de cette relation me donne souvent à penser. » (p. 294 de la trad. aux PUF, 2006)

– Onfray n’invente rien. Il écrit (en utilisant le mot « pervers » de Freud et non « pédophile » d’E. Roudinesco) :

« Dans son courrier à Fliess Freud émet l’hypothèse purement gratuite que son père a été un “pervers” (8 février 1897) responsable de l’hystérie de son autre fils et de quelques-unes de ses plus jeunes filles. »

C’est de cette manière que E. Roudinesco fait croire à ses lecteurs, ignorant les détails de la vie de Freud, qu’Onfray n’est qu’un vil calomniateur.

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§ 5. Onfray se trompe-t-il dans la date de publication de l’édition intégrale des lettres à Fliess ?

E. Roudinesco reproche à Onfray d’avoir donné pour date de la parution de l’édition non expurgée des lettres de Freud à Fliess la date de parution en français, alors que ces lettres avaient été publiées en anglais en 1985 (E. Roudinesco écrit « 1986 », qui est la date de la parution de l’édition allemande).

Notons d’abord qu’il a fallu attendre 21 ans avant que les Français disposent de la traduction française. À voir comment E. Roudinesco accuse Onfray d’inventer des informations clairement présentées dans ces lettres (les « 18 cas », le père « pervers »), on en vient à douter qu’elle ait lu la version anglaise, allemande ou même française. On peut en tout cas constater qu’elle-même, dans son best-seller Pourquoi la psychanalyse ? paru en 1999, soit 14 ans après la sortie de l’édition anglaise en question, cite encore (pp. 75, 86, 87) l’édition expurgée de 1950 (Naissance de la psychanalyse) et ne signale pas l’existence d’une édition non caviardée ! Ce n’est pas un hasard, car on découvre dans l’édition intégrale un Freud qui n’a pas grand-chose à voir avec le savant intègre. Onfray écrit, très justement :

« On lira les correspondances, chacune étant une mine d’or qui propose les coulisses de ce que sur scène le comédien s’évertue à présenter comme la vérité vraie. Si l’on doit n’en lire qu’une, ce sera Sigmund Freud, Lettres à Wilhelm Fliess (1887-1904), “édition complète” peut-on lire sur la couverture avec pour bandeau, lors de la parution en 2006, “Un autre Freud ?”. Édition complète parce qu’en effet Ernest Jones et Anna Freud ont copieusement caviardé cette correspondance dans laquelle on découvre un Freud… « menteur, faussaire, plagiaire, dissimulateur, propagandiste, père incestueux » — pour reprendre la belle litanie d’Elisabeth Roudinesco…

Dès lors, on pourra supprimer le point d’interrogation : c’est bien un autre Freud que propose cette première édition intégrale, autrement dit sans censure. Un Freud qui manifeste une mauvaise foi carabinée avec l’affaire Emma Eckstein ; un Freud qui veut de l’argent et de la célébrité, vite ; un Freud sacrifiant à des sottises — numérologie, télépathie, occultisme, superstition… ; un Freud affirmant son désir de coucher avec sa mère ; un Freud ravi de rapporter à son ami un rêve sexuel avec l’une de ses filles ; un Freud empruntant à Fliess sa théorie de la bisexualité — un Freud sur lequel aucun thuriféraire ne s’exprime, un Freud raconté par certains auteurs du Livre noir, un Freud que veulent superbement ignorer les auteurs de l’Anti-livre noir… » (p. 589)

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§ 6. À cause d’Onfray, les rumeurs les plus extravagantes se développent-elles ?

E. Roudinesco écrit :

Le livre d’Onfray « favorise la prolifération des rumeurs les plus extravagantes : c’est ainsi que des médias ont annoncé, avant même la parution de l’ouvrage, que Freud avait séjourné à Berlin durant l’entre-deux-guerres, qu’il avait été le médecin de Hitler et de Göring, l’ami personnel de Mussolini et un formidable abuseur de femmes. La rumeur aidant, on apprendra bientôt qu’il battait sa gouvernante, sodomisait ses animaux domestiques ou faisait rôtir les petits enfants. » (p. 12s)

J’ai eu beau chercher (le 21 juillet 2010) dans l’Internet les rumeurs dont fait état E. Roudinesco, je n’en ai trouvé aucune, si ce n’est dans son document14. J’invite le lecteur à vérifier par lui-même.

E. Roudinesco ne donne aucune référence, ni de journal, ni de site. Ces « rumeurs », c’est sans aucun doute elle qui les a créées. Si ce n’était pas ses inventions, elle ne serait que trop heureuse de donner les références des médias qui publient ces énormités.

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§ 7. La « haine » de Freud

Première phrase de la présentation du libelle de Mme Roudinesco :

« L’histoire de la haine de Freud est aussi ancienne que celle de la psychanalyse » (p. 7).

Première phrase du chapitre 2, intitulé « Une vieille histoire » :

« La haine de Freud s’est manifestée dès ses premiers écrits. Freud a apporté quelque chose qui semble intolérable à l’humanité. C’est la révolution de l’intime. C’est l’explication de l’inconscient et de la sexualité. Voilà le premier scandale, et il continue de choquer. » (p. 41)

1° Moins histrionique qu’E. Roudinesco, Freud ne parlait pas de « haine » (Hass), ni pour lui, ni pour ses idées. Pour qualifier les critiques qu’on lui adressait, son terme préféré était « résistance » (Widerstand). Il parlait parfois d’« hostilité » ou d’« aversion ».

Cependant, pour Freud, rien n’était plus naturel que la haine. Il écrivait :

« La haine, en tant que relation d’objet, est plus ancienne que l’amour ; elle provient du refus originaire que le moi narcissique oppose au monde extérieur, prodiguant les excitations.15 »

En fidèle freudienne, E. Roudinesco suppose que cette relation d’objet est omniprésente : le moi freudien est, fondamentalement, narcissique, et le monde extérieur prodigue sans cesse des excitations.

2° Ellenberger, Sulloway, Roazen16 et d’autres historiens ont montré que les critiques à l’égard de Freud ne sont pas apparues « dès ses premiers écrits ». Des psychanalystes ont également reconnu ce fait17. Un relevé minutieux des objections montre que Freud ne sera vraiment critiqué que quand il sera assez connu, c’est-à-dire après 1905. À partir de 1908, de plus en plus de psychiatres et de psychologues confirmeront le diagnostic d’Alfred Hoche : « Le bon n’est pas neuf et le neuf n’est pas bon18 »

3° En 1916, Freud espérait recevoir le Prix Nobel. Il écrivait à Ferenczi : « Ce qui m’importerait surtout c’est la somme d’argent et aussi peut-être le piment d’ennuyer certains de mes compatriotes.19 ». Quand Freud apprend qu’il n’est pas nobelisé, il écrit le texte « Une difficulté de la psychanalyse »20. Il s’y compare à Copernic et Darwin, et s’autoproclame l’auteur de la troisième blessure narcissique majeure infligée à l’humanité ! Il explique que sa psychanalyse suscite des « résistances » à cause de ses deux principales thèses : « les processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients » et « la vie pulsionnelle de la sexualité en nous ne saurait être domptée entièrement »21.

4° Selon E. Roudinesco, ce « scandale » « continue à choquer » et est la cause de toute la « haine » vouée à Freud.

On peut à la rigueur admettre qu’au début du XXe siècle, pas mal de gens étaient choqués par l’insistance de Freud sur l’inconscient et la sexualité, mais cette explication ne vaut évidemment pas pour des psychologues, des psychiatres et des philosophes qui critiquent Freud aujourd’hui, surtout si — comme c’est le cas de Sulloway, de Borch-Jacobsen, de Han Israëls, d’Onfray ou de moi-même22 — ils ont d’abord été adeptes du freudisme. Faudrait-il admettre que ces auteurs ont été un temps ouverts à l’idée de l’inconscient et de l’importance de la sexualité et que, bien des années plus tard, ces mêmes idées les ont « scandalisés » au point de provoquer de la « haine » ?

L’idée qu’il y a des processus inconscients est apparue clairement avec Leibniz au XVIIIe siècle et a été admise par les psychologues scientifiques dès le XIXe23. Les critiques pertinentes à l’endroit de Freud ne portent pas du tout sur l’existence de processus inconscients, mais sur le fait que Freud a fait de l’inconscient un Autre en nous. Le philosophe Alain résume bien la position des psychologues scientifiques quand il écrit : « Il n’y a pas d’inconvénient à employer couramment le terme d’inconscient », mais il y a des erreurs à éviter : « La plus grave de ces erreurs est de croire que l’inconscient est un autre Moi ; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses24. »

Rappelons que, dans Haine n° 1, E. Roudinesco écrivait que Le Livre noir de la psychanalyse « visait à dénoncer toute tentative d’explorer l’inconscient » (p. 15). Affirmation on ne peut plus grotesque, affirmation qui m’a amené à faire, dans l’index de la nouvelle édition du Livre noir, une entrée « Inconscient freudien » et une entrée « Inconscient non freudien »25. Le lecteur pourra ainsi constater rapidement que Mme Roudinesco n’a pas peur d’affirmer des choses ridicules de façon à faire passer pour des imbéciles ceux qui osent critiquer le freudisme.

Quant à la sexualité, c’est bien sûr une dimension capitale de l’existence, mais non le déterminant essentiel de tous nos comportements, ni même de tous nos troubles. Nombre d’autres déterminants entrent en jeu, même quand il s’agit de troubles sexuels : le contexte historique et social, des facteurs biologiques et différents processus psychologiques, parmi lesquels la peur et le besoin d’estime de soi jouent souvent un rôle capital.

5° Pour E. Roudinesco, toute critique ne peut avoir qu’une seule motivation : la haine.

Cela en dit long sur sa personnalité, le niveau de son épistémologie et sa connaissance de la psychologie scientifique.

Tout psychologue scientifique sait que des critiques peuvent avoir de multiples motivations, notamment celles mises en évidence par Alfred Adler26, le premier psychanalyste important qui a critiqué Freud : le désir d’être reconnu comme compétent, le désir de se valoriser et le plaisir de se rendre utile à la communauté. À en croire Jones, Freud reconnaissait, en l’occurrence, l’importance de ces motivations adlériennes :

« Freud ne croyait guère à la valeur de la controverse dans le domaine scientifique. Trop d’autres facteurs, disait-il, entrent alors en jeu à côté d’une recherche de la vérité : le désir de montrer qu’on a raison, l’envie de gagner des points sur l’adversaire, etc. »27

Autres motivations possibles : la colère d’avoir été dupé et le spectacle de voir que d’autres continuent à l’être ; estimer que ne pas dire publiquement ce que l’on a découvert, c’est de la non-assistance à personnes en danger. Je ne cache pas que ces motivations sont les miennes.

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§ 8. L’utilisation de l’argument ad hominem par E. Roudinesco

Mme Roudinesco consacre pas moins de cinq pages à expliquer « comment Onfray en est arrivé à se “convertir ” à l’antifreudisme » (p. 19). Pour ce faire, la freudienne orthodoxe utilise évidemment le schéma familialiste. Rappelons que dans Pourquoi la psychanalyse ?, elle écrivait :

« La famille est — nous le savons grâce à la psychanalyse — à l’origine de toutes les formes de pathologies psychiques : psychoses, perversions, névroses, etc. » (p. 167).

Autrement dit, tout s’explique toujours par les relations au père et à la mère.

Application roudinescienne :

Onfray, « habité » par la « détestation de sa mère », « a décidé de s’en prendre à celui qu’il considère comme le responsable de tous les complots contre le père : Sigmund Freud, dont on sait qu’il fut adoré par sa mère » (p. 22s)

Freud, dans un moment de remarquable lucidité, a écrit (une seule fois, à ma connaissance) :

« Le fait qu’une doctrine soit psychologiquement déterminée n’exclut en rien sa validité scientifique.28  »

En matière de connaissances scientifiques, tous les épistémologues sérieux s’accordent au moins sur ce point : il faut distinguer deux niveaux d’une théorie : d’une part, le niveau des facteurs (historiques, psychologiques, sociologiques, idéologiques) qui ont présidé à sa genèse et, d’autre part, celui de sa vérification scientifique. Au premier niveau, on constate souvent une implication affective. Celle-ci a pu constituer, fort heureusement, une motivation essentielle pour imaginer des hypothèses et poursuivre un long travail d’investigation. Toutefois, quand on se situe au niveau de la vérification empirique d’une hypothèse (ou d’une théorie), il est indispensable de prendre du recul, de faire un effort maximal d’objectivité et de respecter scrupuleusement les règles de la démarche scientifique. Ainsi, ce qui remet en question une grande partie de la doctrine freudienne, ce n’est pas le fait que celle-ci soit une émanation des problèmes sexuels de Freud ou une élaboration de son héritage idéologique, mais uniquement un ensemble de recherches empiriques méthodiques, venues infirmer ses thèses29.

Il en va de même pour les thèses d’Onfray. Elles ne sont en rien invalidées par l’attachement à son père et les difficultés qu’il a vécues avec sa mère, quand bien même on pourrait déceler là une racine de son intérêt (et sa perspicacité) pour les relations familiales de Freud.

Bertrand Russell rappelle, dans une formule cinglante, l’inanité de l’argument ad hominem pour juger de la valeur intrinsèque d’une théorie :

« La conception de la science comme recherche de la vérité a disparu à ce point de l’esprit d’Hitler qu’il ne prend même pas la peine d’argumenter contre elle. Comme on le sait, la théorie de la relativité est considérée comme mauvaise parce qu’elle a été inventée par un Juif. […] Hitler accepte ou rejette les doctrines selon un critère politique, sans considération pour la notion de vérité ou d’erreur.30 »

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§ 9. La judéité de Freud

E. Roudinesco écrit :

« Onfray ne cite pas les travaux consacrés à la question de la judéité de Freud (Yosef Yerushalmi, Yirmiyahu Yovel, Jacques Derrida, Peter Gay, etc.) » (p. 14)

Il est exact qu’Onfray attache beaucoup plus d’importance à la passion incestueuse de Freud qu’à sa judéité. On peut peut-être y voir une lacune. Kafka, par exemple, a cru reconnaître des racines « juives » à la doctrine freudienne. Marthe Robert — l’auteure d’une présentation particulièrement louangeuse de Freud31 — écrit à ce sujet :

« Pour Kafka, la psychanalyse n’est pas au premier chef une théorie générale de la psyché humaine. L’œuvre de Freud est bien plutôt un chapitre de l’histoire juive écrit pour la génération actuelle, en quelque sorte le dernier en date des commentaires du talmud, et en cela réside sinon toute l’extension dont elle est susceptible, du moins sa plus profonde justification.32 »

Dans sa biographie de Freud, le très respectueux Jones avait évoqué

« la corrélation entre la grande attention prêtée par Freud aux détails verbaux, la patience dont il faisait preuve en s’efforçant de découvrir le sens des phrases et des expressions et le don talmudique d’extirper de certains passages de la Bible leur signification dernière.33 »

Il est très étonnant que Mme Roudinesco ne cite pas David Bakan parmi les auteurs qui ont écrit sur la judéité de Freud. En effet, ce professeur de psychologie de l’université York (Ontario), a été le premier à consacrer tout un livre à la place importante qu’occupe la tradition juive dans la façon dont Freud interprète les rêves et d’autres comportements. Ce livre célèbre a été publié en 1958 : Freud and the Jewish Mystical Tradition. La traduction française, Freud et la tradition mystique juive34, parue chez Payot en 1964, est précédée d’une préface de Francis Pache (ancien président de la Société psychanalytique de Paris) et suivie d’une belle étude d’Albert Memmi, « La double leçon de Freud ».

Bakan résume l’objet de son livre comme ceci :

« L’apport de Freud doit être interprété dans ses grandes lignes comme une version contemporaine de l’histoire du mysticisme juif et comme une contribution contemporaine à cette histoire. Freud, consciemment ou inconsciemment, a laïcisé le mysticisme juif ; et la psychanalyse peut être valablement considérée comme cette laïcisation. » (1964, p. 39).

Pache écrit notamment :

« Cette attention minutieuse portée aux moindres propos du patient, n’est-elle pas celle-là même que les Docteurs de la Loi portaient à la Tora, ou mieux encore celle que tout fidèle hassid portait aux propos et à la personne du Zaddik, et la technique de la décomposition du langage et des associations libres, celle-là même que prescrivait un mystique juif tel qu’Abraham Abulafia ? » (p. 6)

De son côté, Memmi déclare qu’il a trouvé chez Bakan une « confirmation de ses propres pensées » et que cet ouvrage le « comble » (p. 249s).

E. Roudinesco, donc, reproche à Onfray de ne pas citer « les travaux consacrés à la question de la judéité de Freud ». Mais ce reproche est en contradiction avec d’autres propos, où elle dénie catégoriquement la référence juive du freudisme ! Exemple :

Après que le psychiatre-psychanalyste Gérard Haddad ait publié L’enfant illégitime. Sources talmudiques de la psychanalyse35, il a été invité à dîner avec E. Roudinesco chez Laurence Bataille, la belle-fille de Lacan. Voici son récit :

« Laurence Bataille qui appréciait ce que j’écrivais jugea bon de m’inviter à dîner avec E. Roudinesco, laquelle, depuis, s’est autopromue historienne de la psychanalyse, caudillo des recensions médiatiques des ouvrages traitant de la question freudienne.[…] À peine étions-nous attablés qu’il me fallut essuyer la furie de “l’historienne et mémorialiste de la psychanalyse”. Qu’est-ce que j’avais donc à casser les pieds de tout le monde avec mes histoires de judaïsme ! La psychanalyse n’a rien à voir avec le judaïsme ! Lacan n’a rien à voir avec le judaïsme ! Paroles assenées comme un diktat qui ne tolérait aucune réplique. Laurence essaya bien, avec son habituelle douceur, d’expliquer mon projet, d’arrondir convivialement les angles. Trop, c’était trop. L’irascible mégère se leva de table entraînant, bien gêné, son compagnon qui n’avait dit mot devant cet ersatz de terrorisme stalinien. Laurence, une fois la porte claquée, aura ce soupir : “Elle est comme ça”, un comme ça dont la psychanalyse ne cesse depuis de pâtir, compte tenu du pouvoir éditorial et médiatique conquis par ce censeur. À quelqu’un qui lui demandait pourquoi mon nom était forclos dans son Histoire de la psychanalyse en France, elle aura cette réponse exquise : “Parce que ce qu’il raconte est nul et non avenu.”36 »

Peut-on qualifier le freudisme de « science juive » ? Je n’ai jamais utilisé cette expression, ni dans les 420 pages de mon livre Les illusions de la psychanalyse37, ni ailleurs. Cette façon de parler me paraît aussi caricaturale et fallacieuse que celle d’« antisémite », qu’affectionne E. Roudinesco pour qualifier toute remise en question du freudisme !

L’herméneutique freudienne a des racines dans la mystique juive. Et alors ? Ce fait ne nous dit rien sur la valeur de l’herméneutique freudienne comme telle. Pour le psychologue scientifique que je suis, peu importe la source des idées. Seules comptent ces questions :

a) Les énoncés freudiens sont-ils validés scientifiquement ? Autrement dit : les implications vérifiables-réfutables de la théorie sont-elles amplement confirmées au terme d’observations soigneuses, méthodiques, suffisamment nombreuses  ?

b) La cure freudienne soigne-t-elle mieux que d’autres psychothérapies, compte tenu de son coût et du temps qu’elle requiert ?

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§ 10. La « jonction inconsciente » entre l’antifreudisme et l’antisémitisme

E. Roudinesco écrit :

« il y a bien souvent en France une jonction inconsciente entre antifreudisme, racisme, chauvinisme et antisémitisme. » (p. 44)

Freud n’utilisait pas cet expédient. Il accordait peu d’importance à l’antisémitisme dans l’« antipathie » (répétons qu’il ne parle pas de « haine ») à l’égard de la psychanalyse. Il s’est clairement exprimé à ce sujet dans le texte « Les résistances à la psychanalyse », publié en 1925 dans La Revue juive  :

« Pour finir, qu’il soit permis à l’auteur de soulever, sous toute réserve, la question de savoir si sa propre personnalité de juif qui n’a jamais voulu cacher sa judéité n’a pas eu part à l’antipathie de l’environnement à l’égard de la psychanalyse. Un argument de cette sorte n’a été que rarement exprimé à haute voix, nous sommes malheureusement devenus si soupçonneux que nous ne pouvons nous empêcher de supposer que cette circonstance n’est pas restée entièrement sans effet.38 »

E. Roudinesco et deux de ses compagnons d’écriture (Lelièvre et Delion), incapables de réponses rationnelles aux arguments qui se trouvent dans un nombre de plus en plus abondant d’études révélant les légendes et les mensonges freudiens, utilisent l’accusation d’antisémitisme. C’est très efficace car, comme l’écrit historien Jacques Le Rider, « c’est la pire des accusations, celle qu’on lance pour tuer son adversaire.39 »

Heureusement, la grande majorité des auteurs n’emploient pas le mot « antisémitisme » à la façon dont E. Roudinesco l’instrumentalise. Si c’était le cas, le mot s’appliquerait à la moindre critique d’un comportement d’une personne d’origine juive ou supposée l’être40. Au bout du compte, ce terme n’aurait plus aucun lien avec ce qu’il signifie pour ceux et celles qui sont de réelles victimes de l’antisémitisme. E. Roudinesco contribue à affadir le sens de ce mot. C’est très regrettable.

Faut-il encore rappeler qu’une très large proportion des auteurs, qui ont critiqué le freudisme, ont des origines Juives ? Adler, Kraus, Popper, Wittgenstein, Eysenck, Rachman, Baruk, Grünbaum, Roazen, Shorter, Esterson, Han Israëls, Beck, Ellis41… Difficile de soutenir que tous sont antisémites.

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§ 11. Pourquoi la guerre ?, écrit en collaboration avec Einstein : une apologie du crime ?

a) E. Roudinesco écrit que Pourquoi la guerre, le livre que Freud a offert à Mussolini, a été « écrit en collaboration avec Albert Einstein » (p. 34).

En réalité, cette publication contient une lettre de Freud et une autre d’Einstein, lettres écrites à la demande du Comité permanent des Lettres et des Arts de la Société des Nations. Il ne s’agit nullement d’un texte écrit ensemble par les deux hommes. Notons entre parenthèses que Freud écrit, le 8 septembre 1932 à Eitingon, qu’il a terminé « cette discussion ennuyeuse et stérile avec Einstein » et qu’il écrit, le 10 février 1933 à Jeanne Lampl-de Groot, que les thèses pacifistes d’Albert Einstein dans cet échange sont des « sottises ».

b) Selon E. Roudinesco, Onfray soutient que ce livre est « une apologie du crime » ! Nième exemple de sa stratégie du travestissement. En réalité, Onfray écrit :

« Ces pages illustrent le pessimisme césarien du personnage qui aimerait bien, de fait, que la guerre disparaisse, mais qui sait sa protestation vaine, car il ne doute pas, toute son œuvre témoigne en ce sens, qu’on n’en finira jamais avec la pulsion de mort, avec le désir d’agressivité, avec la haine mortelle des hommes entre eux et qu’il faut raisonnablement envisager autre chose qu’une disparition de la guerre sur la planète : soit faire confiance au grand homme, au héros de la culture, pour sculpter cette énergie noire, soit faire contre mauvaise fortune bon cœur, autrement dit, composer avec l’éternel retour des guerres. » (p. 527s)

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§ 12. La France : le pays des névrosés ?

E. Roudinesco écrit :

« Quand on sait que huit millions de personnes en France sont traités par des thérapies qui dérivent de la psychanalyse, on voit bien qu’une telle démarche [celle d’Onfray] s’apparente à une volonté de nuire. » (p. 13)

Quelle est la source de ses statistiques ?

Ce qui est inquiétant, c’est qu’on apprend quelques pages plus loin, par un co-auteur de Mme Roudinesco, que les traitements freudiens ne sont pas les plus courants :

« Le pouvoir, c’est évidemment les thérapies du bonheur sur commande et la pharmacie qui le détiennent dans notre société. » (p. 73)

Ainsi, il y aurait 8 000 000 de personnes traitées par la psychanalyse et ses dérivés, mais il y aurait encore davantage de personnes traitées par les « thérapies du bonheur » et « la pharmacie ». Au total donc plus de 16 000 000. À quoi il faut ajouter les Français qui se font traiter par des médecines parallèles (homéopathie, ostéopathie, acupuncture, etc.) et, last but not least, par des thérapies fondées sur la psychologie scientifique, les TCC42. On arrive ainsi facilement à 20 000 000 de soignés, soit environ 30 % de la population. C’est un chiffre d’autant plus effarant que la France est aujourd’hui la terre freudienne par excellence, comme le notait déjà en 1978 la sociologue américaine Sherry Turkle dans son ouvrage La France freudienne43.

Qu’un Français sur trois soit soigné pour troubles psys remet très sérieusement en question l’affirmation de Freud selon laquelle les « éclaircissements données à la masse » constitueront « la prophylaxie la plus radicale des affections névrotiques44 » !

Soyons sérieux : les chiffres qu’avancent Elisabeth Roudinesco et Christian Godin, sans donner aucune source, c’est n’importe quoi.

Tout aussi fantaisiste est d’affirmer que la remise en question de l’image idéalisée de Freud « s’apparente à une volonté de nuire » à tous les patients en thérapie freudienne. Avec ce raisonnement, toute personne qui écrit un ouvrage remettant en question l’astrologie, une pseudomédecine ou la scientologie serait animée par la volonté de « nuire » aux personnes qui en sont les adeptes. Que Mme Roudinesco attribue facilement de la haine et des intentions malveillantes me semble révélateur de ses propres tendances (un freudien parlerait ici de « projection »). On trouve en tout cas des témoignages qui vont dans ce sens. Par exemple le psychanalyste Gérard Haddad, qui l’a bien connue, écrit :

« Du vivant de Lacan, E. Roudinesco fit preuve à son égard — j’en fus plus d’une fois le témoin oculaire — d’une particulière obséquiosité. […] Un comportement paraît fréquent chez les analystes : haïr férocement ce que l’on avait, la veille adoré. Ce sera plus tard le comportement de la “biographe” E. Roudinesco.45 »

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§ 13. La doctrine freudienne de la masturbation

Freud déclare que TOUTES les activités sexuelles sans coït sont « PERVERSES  » (perverser Sexualübungen) et qu’elles sont à proscrire pour trois raisons :

- « Elles sont condamnables sur le plan éthique car elles rabaissent cette chose sérieuse que sont les relations amoureuses entre deux être humains à un jeu agréable sans danger et sans participation de l’âme46 » ;
- elles favorisent l’homosexualité ;
- elles handicapent la sexualité dans le mariage : les hommes seront moins puissants, les femmes seront frigides et, finalement, maris et femmes renonceront aux rapports sexuels.

Freud met tout particulièrement en garde contre la masturbation qui, selon lui, corrompt le caractère, prédispose aux névroses et même aux psychoses !

« Beaucoup de gens qui se vantent d’avoir réussi à être abstinents n’y sont parvenus qu’à l’aide de la masturbation ou de satisfactions semblables qui se rattachent à l’activité auto-érotique de la prime enfance. Mais, précisément, à cause de ce lien, ces substituts de la satisfaction sexuelle ne sont nullement inoffensifs : ils prédisposent aux nombreuses formes de névroses et psychoses dont la condition est la régression de la vie sexuelle à ses formes infantiles.47 »

Pour traiter les neurasthéniques (on dirait aujourd’hui les déprimés), Freud conseillait de les envoyer dans un établissement hospitalier afin de les déshabituer de la masturbation, « la » cause, selon lui, de ce trouble. Il faut, précisait Freud, les « soumettre à une surveillance constante du médecin » (« unter beständiger Aufsicht des Arztes »). Le traitement médical de la neurasthénie (dépression), affirmait-t-il péremptoirement, est de « ramener au commerce sexuel normal.48 »

Onfray résume comme suit la doctrine freudienne de la masturbation :

« L’onanisme doit être déconseillé pour un certain nombre de raisons : c’est un acte antisocial par lequel l’individu s’oppose à la société car il montre en effet qu’il n’a pas besoin d’elle ; c’est un acte trop simple par lequel la personne s’habitue à ne pas faire d’efforts pour plaire ou séduire ; c’est un acte déréalisant par lequel le sujet met le réel au second plan et se contente de fantasmagories et d’imaginaire ; c’est un acte hédoniste après lequel il est difficile d’accepter les restrictions nécessaires apportées par la société dans la vie conjugale ; c’est un acte régressif qui confine au stade sexuel de l’enfance dans lequel se trouve la nocivité psychique fondatrice des psychonévroses. » (p. 499)

« Freud préconisait de “déshabituer” les patients à la masturbation dans des hôpitaux sous le contrôle de médecins et sous sa surveillance régulière. Freud ne veut pas savoir pour quelles raisons la personne recourt à cette sexualité solitaire : il a décidé de son caractère pathologique, de son rôle généalogique dans la production des névroses. » (p. 503)

Le travestissement d’Onfray par E. Roudinesco :

« Onfray accuse Freud d’avoir favorisé la répression de la masturbation. L’attaque est d’autant plus comique que Freud a précisément été voué aux gémonies par de nombreux sexologues puritains du début du XXe siècle pour avoir condamné les tortures que l’on infligeait aux enfants au nom de la répression de la masturbation. » (p. 30)

Questions :

1° Où Freud a-t-il « condamné les tortures qu’on infligeait aux enfants au nom de la répression de la masturbation. » ? E. Roudinesco serait bien embarrassée de donner une référence : livre ou correspondance, avec la page.

2° Quels sont ces sexologues puritains qui ont « voué Freud aux gémonies » pour avoir condamné ces tortures ? Un seul nom, avec référence précise of course, m’aurait dissuadé de penser que E. Roudinesco, une fois de plus, fabule.

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§ 14. La question de la relation extraconjugale de Freud

Le chapitre 3 de Haine n° 2 est consacré à la relation de Freud avec sa belle-sœur.

E. Roudinesco rappelle que plusieurs psychanalystes se firent l’écho d’une liaison. Elle cite notamment Bettelheim et Jung, ajoutant aussitôt :

« Le premier n’avait jamais été un proche de Freud, mais était lui-même un personnage transgressif » ;

« Jung était connu pour ses liaisons extraconjugales, y compris avec ses patientes. » (p. 52).

Ceux qui connaissent la vie des premiers disciples de Freud savent que Ferenczi, Jones et la plupart des autres avaient des relations extraconjugales. Jones a même été emprisonné à Londres pour avoir abusé d’une petite fille qui était sa patiente49.

Freud aurait-il fait exception à ce type de relations ? On en doute quand on apprend par Jones, son ami et biographe officiel, que Freud faisait volontiers état de divers aspects de sa vie intime, mais « gardait un mutisme total quant à sa vie amoureuse. » Explication de Jones :

« II est permis de supposer que des motifs extrêmement puissants avaient forcé Freud, dans ses jeunes années, à dissimuler aux autres — et peut-être à lui-même — une phase importante de son évolution. Je me permettrai de supposer qu’il s’agissait de son profond amour pour sa mère.50 »

Jones cite une lettre de Freud à Putnam, qui laisse rêveur :

« Je suis partisan d’une vie sexuelle incomparablement plus libre, encore que j’aie moi-même fait peu d’usages de cette liberté : seulement dans la mesure où je l’ai moi-même jugé légitime.51 »

On ne connaît qu’un seul cas où Freud aurait « fait usage de cette liberté » : c’est avec sa belle-sœur. De nombreux témoignages vont dans ce sens. Mikkel Borch-Jacobsen qui, lui, travaille régulièrement à la Bibliothèque du Congrès (Washington) où sont déposées les archives Freud, a fait le point sur la question en argumentant à l’aide de nouveaux documents qui viennent d’être déclassifiés, notamment des témoignages très précis de deux nièces de Freud, Judith et Hella Bernays. Pour les détails, je renvoie à son chapitre « D’Œdipe à Tartuffe : l’affaire Minna », dans la nouvelle édition du Livre noir de la psychanalyse (Les arènes, 2010, p. 157-163).

Pouvons-nous définitivement trancher ? Non, il faudra attendre longtemps, très longtemps, pour avoir accès aux archives les plus compromettantes. Jusqu’il y a peu de temps, certaines archives étaient déclarées inaccessibles jusqu’en 211352. Cette date a été ramenée à 2057 pour la plupart des archives, mais certaines resteront « fermées » jusqu’à une date indéterminée  !53. On peut dire avec Onfray : « S’il n’y a rien à cacher, pourquoi cacher ? »54.

La vie affective de Freud s’est, sans conteste, déroulée sous le signe de ce qu’il a appelé le « complexe d’Œdipe ». L’importance que Mme Roudinesco accorde à « l’affaire Minna », son opiniâtreté à affirmer qu’il est inimaginable que Freud ne soit pas un homme intègre et chaste est le « symptôme », difficilement contestable, de son attachement (« œdipien » ?) au Père Freud. Pour d’autres psychanalystes, moins complexés, il n’y a pas là scandale. Par exemple Jacques-Alain Miller n’hésite pas à déclarer que « la morale de Freud se dégage de sa forme de vie : une vie de travail acharné, d’ambition, assez étriquée sur le plan sexuel, qu’il ait ou non couché avec sa belle-sœur (ce que je lui souhaite).55 » (je souligne).

Encore au sujet de l’affaire Minna : divers indices relevés par des chercheurs, comme Peter Swales, qui ont travaillé aux Archives Freud, permettent de supposer que Minna a été enceinte et s’est fait avorter. Onfray se contente de parler d’une « hypothèse » et il n’y fait allusion que dans un passage où il est question d’une opération que Freud s’est fait faire en 1923 dans l’espoir de rajeunir et de raviver sa puissance sexuelle. E. Roudinesco donne elle-même la page en question (246), ce qui permet de constater un travestissement d’une mauvaise foi extrême, visant à ridiculiser Onfray. Elle écrit :

« À l’évidence, Onfray, aussi peu soucieux des lois de la chronologie que de celles de la procréation, situe cet événement en 1923. Or, à cette date, Minna était âgée de cinquante-huit ans et Freud de soixante-sept. Même Peter Swales, l’inventeur de cette rumeur, n’a pas situé l’épisode à cette date mais vingt ans plus tôt » (p. 27, je souligne)

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§ 15. La cure freudienne soigne mieux que les TCC

Onfray n’est en rien lié à la pratique des thérapies comportementales et cognitives. Il n’en parle qu’une fois : dans sa bibliographie, p. 585. N’empêche, E. Roudinesco évoque la question de l’efficacité de la cure freudienne par comparaison avec elles. Elle écrit :

« Les thérapies comportementales et cognitives prétendent faire cesser les symptômes des maladies psychiques qu’on nous présente comme les maux du siècle : phobies, troubles obsessionnels compulsifs (TOC), perte de l’estime de soi, etc. Par comparaison, les analystes se voient reprocher leur non-intervention sur les symptômes. Or, l’analyse peut y répondre bien mieux que les TCC. Encore faut-il proposer des cures courtes et actives, comme celles que pratiquait Freud lui-même. Tout est à réinventer dans le domaine clinique… de manière que la cure soit adaptée à chaque sujet. » (p. 47)

Je me réjouis de l’évolution du discours de Mme Roudinesco sur les TCC. Il y a cinq ans à peine, elle écrivait dans Haine n° 1, dans le style histrionique qui la caractérise :

« Les thérapeutes comportementalistes veulent en découdre par une nouvelle science de la normalisation des consciences qui prétend guérir scientifiquement les maux de l’âme en dix séance et sans aucun échec. Si cela était vrai, les inventeurs de cette fabuleuse technique auraient déjà reçu le prix Nobel. » (p. 56)

Bien entendu, E. Roudinesco ne donnait aucune preuve de ses grotesques affirmations : aucune citation d’un représentant qualifié des TCC, ni même une seule référence bibliographique concernant les guérisons « en 10 séances sans aucun échec ».

Revenons à Haine n° 2 et notons d’abord cet aveu :

« Tout est à réinventer dans le domaine clinique… de manière que la cure soit adaptée à chaque sujet » et soulignons le mot « tout »…

Souhaitons, pour les patients des psychanalystes, que la « réinvention » ne se fasse pas trop attendre …

Notons ensuite que, dans Le Nouvel Observateur du 1er avril 2010, E. Roudinesco précisait la durée des analyses freudiennes  :

« il faut proposer des cures courtes (six mois) et actives, comme Freud les pratiquait lui-même » (p. 32).

Dans Haine n° 2, la durée de 6 mois n’est pas précisée, mais elle est qualifiée de « courte ». Dans le hors-série du Monde sur Freud (avril 2010), E. Roudinesco précisait que « Freud menait ses cures tambour battant à raison de cinq séances par semaine, d’une durée d’une heure » (p. 12). Peu soucieuse de cohérence, elle écrivait dans ce même hors-série que « l’analyse de Marie Bonaparte se déroula par intermittence de 1925 à 193856 » et que l’analyse de sa propre fille, Anna Freud, dura 6 ans57 (id., p. 16). En ce qui concerne Anna, cette durée peut s’expliquer par le fait que la fille de Freud était particulièrement névrosée et que Sigmund n’avait pas pris conscience de son contre-transfert.

Commençons par corriger deux détails, que devrait connaître l’historienne de la psychanalyse : le nombre et la durée des séances :

Freud a toujours écrit qu’il faut six séances par semaine [non cinq], sans quoi, précise-t-il, « on court le risque que la cure perde le contact avec le présent et qu’elle soit poussée sur des voies latérales58. »

Jones écrit : « Freud gardait chacun de ses malades pendant exactement 55 minutes, afin de se réserver entre les séances 5 minutes qu’il utilisait à reposer son esprit et à le rendre apte à recevoir de nouvelles impressions.59 »

Roazen, qui a interrogé 25 analysés de Freud, écrit : « Les séances avec ses patients duraient cinquante minutes, puis il prenait dix minutes pour se détendre.60 »

Revenons à des choses plus importantes : la durée des traitements.

Il y a quelques années, E. Roudinesco écrivait :

« Les patients des années 1990 ne ressemblent plus guère à ceux d’autrefois » : « N’ayant souvent ni l’énergie, ni le désir de se soumettre à des cures longues, ils ont du mal à fréquenter le cabinet des psychanalystes de façon régulière. Ils manquent facilement les séances et parfois n’en supportent pas plus d’une ou deux par semaine. Faute de moyens financiers, ils ont tendance à suspendre la cure dès qu’ils constatent une amélioration de leur état, quitte à la reprendre lorsque les symptômes réapparaissent. Cette résistance à entrer dans le dispositif transférentiel signifie bien que si l’économie de marché traite les sujets comme des marchandises, les patients ont aussi tendance à leur tour à utiliser la psychanalyse comme un médicament.61 »

Préoccupée de concurrencer les TCC, E. Roudinesco serait-elle devenue adepte de « l’économie de marché » ? Avec ses séances de « six mois », ne présente-t-elle pas la psychanalyse « comme un médicament » ?

La réalité : E. Roudinesco rêve de cures courtes, mais elle sait qu’une « véritable » analyse freudienne est longue et seulement à la portée de ceux qui ont « les moyens financiers ». Celle de Mme Sarkozy en est l’illustration. L’an dernier, la première dame de France déclarait, au cours d’un show télévisé dirigé par Gérard Miller, qu’elle était en cure depuis huit ans et qu’elle y était « corps et âme »62. Elle semblait n’avoir aucune intention d’arrêter les frais.

Cette durée — banale à vrai dire — s’explique-t-elle par la gravité de son cas, par les manipulations de son analyste63, par un narcissisme démesuré (la cure freudienne étant une situation idéale pour des jouissances narcissiques) ? On pourrait certes supposer quelques autres déterminants parmi ceux évoqués dans le chapitre « Les bénéfices de la psychanalyse » du Livre noir64. Bien sûr, plusieurs déterminants peuvent jouer conjointement.

Venons-en enfin au cœur du problème  : l’efficacité de la cure freudienne.

Les recherches scientifiques sur l’efficacité comparée des TCC et de la psychanalyse concluent très clairement à l’avantage des TCC. Le rapport de l’INSERM publié en 2004, dont toute la presse francophone a parlé, est une de ces études. Il en existe bien d’autres que connaissent les experts65. E. Roudinesco ne cite jamais d’études scientifiques sur cette question. Il est vrai qu’elles sont quasi toutes en anglais.

On peut noter que E. Roudinesco choisit très mal ses exemples. En effet, si les thérapies de type freudien (dites aussi « psychodynamiques ») ont quelques succès, c’est avec certains troubles de la personnalité, mais justement pas avec des phobies ou des TOC ! L’experte du freudisme ignore ou feint d’ignorer que Freud lui-même écrit à l’âge de 63 ans, sans qu’il se soit jamais dédit par la suite :

« Notre technique a grandi avec le traitement de l’hystérie et elle ne cesse d’être toujours réglée sur cette affection. Mais déjà les phobies nous obligent à aller au-delà de ce qui est jusqu’à présent notre comportement. On ne devient guère maître d’une phobie si l’on attend que le malade soit amené par l’analyse à l’abandonner. Il n’apporte alors jamais à l’analyse ce matériel qui est indispensable à la résolution convaincante de la phobie. […]

Une attente passive semble encore moins indiquée dans les cas graves d’actions compulsives, qui en général inclinent en effet vers un processus de guérison “asymptotique”, vers une durée de traitement infinie, et dont l’analyse court toujours le danger d’amener beaucoup de choses au jour et de ne rien changer.66 »

Quoi qu’il en soit, on peut rappeler la maigreur des résultats de la pratique freudienne et la longue durée de ses cures... de façon très générale.

Il faut souligner que Freud lui-même précisait, en 1904, que la durée d’une cure est « de 6 mois à 3 ans », « à condition que le patient soit capable d’un état psychique normal ». Au fil des ans, Freud est devenu de plus en plus pessimiste quant aux résultats des analyses thérapeutiques (lui-même se limitant à des analyses didactiques de personnes venant chercher auprès de lui la reconnaissance officielle d’analyste « freudien »).

En 1933, il avoue que « le traitement d’une névrose d’une certaine gravité s’étend facilement sur plusieurs années » et ajoute que « dans bien des cas, nous avons toute raison de reprendre une analyse après de nombreuses années67 » !

Dans des conversations privées, Freud était encore plus pessimiste sur les effets curatifs de sa méthode. Paul Roazen rapporte dans Dernières séances freudiennes. Des patients de Freud racontent  :

« Freud ne cachait pas qu’il était devenu sceptique, notamment sur l’effet thérapeutique de la psychanalyse. Lorsque quelque chose de “classique” arrivait dans l’analyse du Dr Putnam, il lançait en riant : “Ne vous ai-je pas dit que la psychanalyse était une excellente chose pour des gens normaux ?” En privé, Freud considérait souvent avec ironie ce qu’il avait accompli. (Plus tard, Anna Freud n’acceptera pas l’opinion de ceux prétendant que si un patient était capable de se plier entièrement aux exigences d’une analyse et était en assez bonne santé pour supporter tout ce qui lui était demandé, c’est qu’il n’avait pas besoin d’un tel traitement. Mais Freud lui-même avouait volontiers, tout au moins à quelqu’un comme le Dr Putnam, avec qui il s’entendait si bien, que la psychanalyse n’était indiquée que pour les gens en excellente santé).68 »

Roazen est-il un historien de la psychanalyse fiable ? Certainement. Là-dessus, je m’accorde avec E. Roudinesco, qui écrit dans sa nécrologie, parue dans Le Monde le 22 novembre 2005 : « À l’évidence, les ouvrages de Roazen sont devenus indispensables à qui veut comprendre l’histoire si charnelle et si passionnelle de la saga freudienne. »

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§ 16. La préface du livre d’Ellenberger

E. Roudinesco écrit :

« Du livre d’Ellenberger, Onfray ne cite pas ma préface, et pour cause, puisqu’il me traite d’hagiographe. » (p. 15, note)

Autrement dit, quand Madame Roudinesco écrit une préface, on est prié de la citer. Ne pas citer la Voix du Freudisme de France est une faute qui mérite publication69.

Tous les spécialistes du freudisme connaissent le livre d’Ellenberger sur l’histoire de la psychothérapie : The Discovery of the Unconscious (Basic Books, 1970), paru en français en 1974 chez Simep et reparu en 1994 chez Fayard. La réédition chez Fayard s’est accompagnée d’une préface d’E. Roudinesco et d’une photo de Freud en couverture.

Ellenberger n’aurait pas du tout apprécié la préface d’E. Roudinesco et n’aurait jamais mis la photo de Freud en couverture. En effet, tant cette préface que cette photo vont à l’encontre d’une des thèses essentielles d’Ellenberger, à savoir : Freud n’est qu’un auteur parmi d’autres du courant de l’analyse psychologique, un auteur beaucoup moins original que la grande majorité des gens ne le croient.

Pour Ellenberger, l’innovation la plus frappante du freudisme est le retour aux Écoles philosophiques de l’antiquité gréco-romaine. Le freudisme n’est pas une École scientifique comme l’est par exemple l’École de Pasteur. C’est une École qui présente une doctrine officielle, qui rend un culte fervent au fondateur et qui engendre des conflits d’interprétation, des « hérésies », des scissions et des excommunications. E. Roudinesco, prenant le contre-pied d’Ellenberger, répète sans cesse que l’œuvre de Freud constitue une « rupture épistémologique » dans l’histoire de la psychiatrie. Tous les historiens critiques de la psychanalyse ont dénoncé cette manipulation. Andrée Yanacopoulo, l’auteure de la seule — et magnifique — biographie d’Ellenberger, a également dénoncé ce qu’elle appelle un « détournement »70 du magistral ouvrage de l’historien.

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§ 17. L’ignorance de l’œuvre d’Ola Andersson

E. Roudinesco écrit :

« Onfray ignore qu’il y a eu une grande révision de l’histoire officielle de Freud avant celle d’Ellenberger : l’œuvre d’Ola Andersson » (p. 16)

Ellenberger a été le premier à réviser ouvertement l’histoire officielle de Freud. C’est lui qui a découvert qu’Anna O. — la célèbre patiente sur laquelle la psychanalyse s’est fondée — n’a pas été guérie grâce à « la cure par la parole », mais s’est trouvée plus mal encore qu’avant le traitement. C’est également lui qui a démonté les légendes du héros persécuté et de l’originalité absolue du neurologue viennois.

En fait c’est Oskar Pfister, l’ami et disciple de Freud, qui a mis la puce à l’oreille d’Ellenberger ! Dès la publication de la biographie de Freud par Jones, Pfister — qui avait été son analyste didacticien — lui a confié que cette biographie de Freud par Jones comportait des erreurs, notamment la légende selon laquelle Freud aurait été constamment attaqué de façon malhonnête71.

Quand Ellenberger a été chargé du cours « Histoire de la psychiatrie dynamique » à la Fondation Menninger, ses inlassables recherches bibliographiques l’ont amené à développer la confidence de Pfister. En 1962, il écrit :

« Je m’aperçois de plus en plus qu’une légende s’est créée autour des débuts de la psychanalyse et que le livre de Jones ne mérite guère créance. Il appartient plus à l’hagiographie qu’à l’histoire.72 »

Ellenberger correspondra notamment avec Ola Andersson, qui a été le premier à identifier la patiente Emmy von N. Ce psychanalyste danois a publié en 1962 à Stockholm un ouvrage sur l’histoire des concepts freudiens : Studies in the Prehistory of Psychoanalysis73. Notons au passage que Mme Roudinesco (qui se plaît à relever qu’Onfray a cité, comme date de parution de l’ouvrage d’Ellenberger, la date d’une réédition en français), ne cite d’Andersson que la traduction française (1997), parue 35 ans après son ouvrage en anglais.

Mais il y a bien plus grave que ce détail de date. E. Roudinesco elle-même a écrit, dans sa préface à la traduction française du livre d’Andersson que celui-ci a été effrayé par ses découvertes sur la pratique effective de Freud et que c’est son « complice » Ellenberger qui osera aller de l’avant74. Toutes les découvertes compromettantes pour la réputation Freud, Andersson ne les a révélées qu’à Ellenberger et à un petit cercle de psychanalystes75  !

Quand E. Roudinesco écrit « qu’il y a eu une grande révision de l’histoire officielle de Freud avant celle d’Ellenberger », elle travestit une fois de plus la réalité.

Signalons au passage qu’il y avait déjà eu plusieurs publications sur l’histoire des concepts psychanalytiques avant celle d’Andersson, par exemple le livre de Maria Dorer (Historische Grundlagen der Psychoanalyse, Leipzig, F. Meiner, 1932) ou le long article de Walter Riese : « The pre-freudian origins of psychoanalysis » (dans J.H. Masserman, ed., Science and psychoanalysis, N.Y., Grune and Stratton, 1958, p. 29-72).

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§ 18. Le livre d’Onfray est-il dénué de sources et de bibliographie ?

E. Roudinesco écrit :

« Le livre de Michel Onfray, composé de cinq parties, est dénué de sources et de notes bibliographiques. » (p. 13)

« Onfray apparaît convaincu qu’aucun travail non hagiographique n’existe à ce jour sur Freud, ce qui lui permet de se présenter comme le premier auteur à redresser les légendes dorées pourtant invalidées depuis trente ans par les historiens. » (p. 16)

Le livre d’Onfray comprend une bibliographie, qui compte pas moins de 20 pages (p. 581 à 600), dans laquelle on retrouve toutes ses sources. Les pages 586 à 588 sont consacrées à ce qu’il appelle « Les Aufklärer post-freudiens ».

Onfray se prend-il pour « le premier auteur à redresser des légendes dorées » ? Accusation grotesque. Onfray cite, entre autres, Ellenberger, Sulloway, Webster (auteur du remarquable Freud inconnu76, qu’E. Roudinesco semble ignorer), Borch-Jacobsen, Shamdasani, Le Livre noir de la psychanalyse, moi-même (Les illusions de la psychanalyse, 1980)…

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§19. Dans l’index, n’y a-t-il ni noms, ni concepts ?

E. Roudinesco écrit  : « L’index est inutilisable : pas de noms, pas de concepts » (sic, p. 13).

Pas de noms dans l’index ? Je propose à E. Roudinesco de consulter la page 604 pour trouver le sien, avec comme indication les pages 547, 585, 586, 589, 600. Elle a l’honneur de se trouver dans l’index aux côtés d’Anna Freud, Marx, Proudhon, Dollfuss, Mussolini et beaucoup d’autres.

Pas de concepts dans l’index ? Qu’est-ce donc qu’un concept si ce ne sont des termes comme « complexe d’Œdipe », « inconscient », « refoulement », « antisémitisme », « hystérie », « inceste », « libre arbitre », des termes qui se trouvent, avec quantité d’autres, dans un index qui compte 11 pages ?

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§ 20. Onfray a utilisé la moins bonne des traductions de Freud

E. Roudinesco écrit

qu’Onfray dit avoir lu l’œuvre de Freud « dans la traduction des PUF, celle qui est aujourd’hui la plus critiquée par l’ensemble des spécialistes » (p. 15)

On aurait aimé connaître le nom de quelques-uns de ces spécialistes … Mais la critique de la traduction des PUF ne vise pas seulement Onfray. Dans le hors-série Sigmund Freud. La révolution de l’intime, publié par le journal Le Monde en avril 2010, E. Roudinesco est plus explicite :

« Les traducteurs des Œuvres complètes de Sigmund Freud aux PUF ont prétendu faire un retour à une sorte de germanité archaïque du texte freudien. […] Ainsi traduite en freudien, l’œuvre de Freud n’est guère lisible en français : tournures incompréhensibles, néologismes, etc. Parmi les inventions, notons “animique” à la place de “âme” (Seele) » (p. 62)

Alors qu’elle est sans doute incapable de lire la langue de Freud77, Mme Roudinesco n’hésite pas à frapper d’anathème un travail de traduction remarquable, qui n’a qu’un défaut : être tellement près du texte freudien que quelques mots paraissent tirés par les cheveux, en particulier le terme « animique », peu utilisé, mais que l’on trouve dans le Grand Robert.

Quasi toutes les citations de Freud dans le présent texte proviennent de cette traduction. Je laisse le lecteur juger si « ce n’est guère lisible ».

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§ 21. Le discours d’E. Roudinesco : plus histrionique que jamais

Il y a dix ans, la psychanalyse régnait encore sans partage sur ce que Roland Gori, le co-auteur de Mme Roudinesco, appelait « le marché juteux de la santé mentale78 ». E. Roudinesco se réjouissait alors que la France avait « le taux de psychanalystes par habitants le plus élevé du monde, avant l’Argentine et la Suisse.79 » Dans ces conditions, elle se permettait quelques critiques de la psychanalyse que l’on ne retrouve plus aujourd’hui, la situation devenant moins hégémonique. Échantillons trouvés dans Pourquoi la psychanalyse ?, publié en 1999 :

– « Le freudisme a produit à la fois un dogmatisme et les conditions d’une critique de ce dogmatisme, une historiographie officielle appuyée sur l’idéalisation de ses propres origines (idolâtrie du maître fondateur) et une historiograhie savante capable de réviser ce dogme. » (p. 156)

– « Depuis 1921, la direction de l’IPA [International Psychoanalytic Association] a toujours refusé d’admettre officiellement les praticiens homosexuels dans les rangs de ses sociétés composantes. » (p. 169)

– E. Roudinesco reconnaissait « la tendance à la disparition de la psychanalyse dans les pays où avaient été réunies depuis cent ans toutes les conditions d’une implantation parfaitement réussie : aux États-Unis notamment. » (p. 173)

– L’Association internationale de psychanalyse (créée par Freud et dirigée ensuite par sa fille Anna) « a été transformée en une machine à fabriquer des notables. […] Elle exporte “clés en main”, dans chaque pays, ses modèles de formation, à la manière dont les sociétés commerciales installent en terre étrangère leurs produits et leurs usines. […] Elle s’est désintéressée du monde réel pour se replier sur ses fantasmes de toute-puissance. » (p. 180s)

– E. Roudinesco notait les conflits incessants (les « haines » ?) entre le clan des freudiens liés à l’Association internationale et le clan des lacaniens : « Tandis que les deux sociétés de l’IPA dénonçaient les lacaniens comme des non-freudiens, les lacaniens regardaient leurs collègues de l’IPA comme des bureaucrates qui avaient trahi la psychanalyse au profit d’une psychologie adaptative au service du capitalisme triomphant. En bref, les premiers voyaient les seconds comme des apprentis sorciers, adeptes des séances dites de “cinq minutes”, et incapables de mettre en œuvre un cadre psychanalytique sérieux, quand les seconds regardaient les premiers comme des orthodoxes désintellectualisés au service d’une psychanalyse dite “américaine”. » (p. 187)

Il y a cinq ans, le principal reproche de Mme Roudinesco à certains de ses collègues était l’utilisation de la grille freudienne pour démasquer la psychologie des dirigeants, surtout quand ils sont présidentiables :

« Je désapprouve la manière dont les psychanalystes et les psychiatres de toutes tendances s’appuient sur la doctrine freudienne pour prononcer, dans les grands médias, des diagnostics foudroyants à l’encontre de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas récemment dans l’hebdomadaire Marianne (434, 13-19 août) : “Les psys analysent le cas Sarkozy”. Soucieux d’en découdre avec un ministre détesté, le patron de ce journal a fait appel aux “psys” pour qu’ils déclarent, au nom de Freud, de la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le ministre de l’Intérieur était un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France. Que la psychanalyse puisse être invoquée, par ses praticiens mêmes, pour servir à un tel abaissement du débat politique, a quelque chose de révoltant. » (Haine n° 1, p. 20)

Il y a cinq ans, E. Roudinesco émettait quelques critiques à l’endroit du Père fondateur :

« Si l’on sait que Freud s’est maintes fois trompé en changeant de théorie, et s’il est avéré qu’il a essuyé de très nombreux échecs thérapeutiques, il est tout aussi évident qu’il fut à la fois un savant remarquable, un clinicien génial, un bourgeois conservateur et un maître à penser autoritaire, intransigeant et souvent dogmatique.80 » (je souligne)

Aujourd’hui, le livre d’Onfray a fait perdre toute mesure à E. Roudinesco. La journaliste du Monde défend Freud à la manière d’un avocat qui aurait perdu tout sens de la vérité et de l’éthique. Elle affirme n’importe quoi pour gagner le procès.

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§ 22. Le texte de Guillaume Mazeau

Mazeau est historien, spécialiste de la révolution française. Il critique le livre d’Onfray sur Charlotte Corday. Aucun rapport avec la psychanalyse, l’affabulation freudienne ou « la haine de Freud ». Que vient donc faire Mazeau dans cette affaire ?

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§ 23. Le texte de Christian Godin

L’auteur est philosophe. Il n’a rien publié sur Freud. De la psychanalyse, il ne peut dire que ceci :

« L’idée d’inconscient est la seule force de résistance qui puisse faire échec à la fiction et aux illusions du sujet néolibéral qui gère son existence et ses plaisirs comme un chef d’entreprise. » (p. 73s)

Or, selon Godin, le livre d’Onfray viendrait « mettre à l’écart l’idée d’inconscient ».

En réalité, l’affirmation de l’existence de processus inconscients est au centre de la pensée nietzschéenne et Onfray la reprend à son compte.

Godin se fait l’écho d’E. Roudinesco, qui déclarait dans Haine n° 1 que Le Livre noir de la psychanalyse visait à « dénoncer toute tentative d’explorer l’inconscient » (p. 15). Nous avons évoqué plus haut (§ 7) ce qu’il convient de répondre à cette affirmation grotesque.

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§ 24. Le texte de Franck Lelièvre

Lelièvre est prof de philo dans un lycée à Caen. Son texte est sans doute le plus insignifiant de l’opuscule de E. Roudinesco.

Après avoir écrit p. 75 que Mme Roudinesco a publié dans Le Monde une « critique imparable » (sic) à Onfray, il y va de la sienne, qui tient en une métaphore :

« Acheter le livre d’Onfray c’est un peu vendre son cerveau à Coca-Cola. »

S’avérant incapable de formuler une seule critique à l’une des thèses développées dans Le Crépuscule d’une idole, Lelièvre ressort la sempiternelle insinuation d’antisémitisme. Sans rire, il ajoute à propos de ce qu’il appelle « la proximité » d’Onfray avec l’antisémitisme :

« À ma connaissance, aucun journaliste n’a posé à Michel Onfray la question en ses termes » (p. 79).

Voilà donc toute l’originalité de Lelièvre : il pose une question que — à sa connaissance — aucun journaliste n’a encore posée… mais que Mme Roudinesco martèle depuis des années. Ici on est vraiment au niveau zéro de la pensée.

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§ 25. Le texte de Pierre Delion

Delion intitule son texte, très justement, « Le coup de pied de l’âne ». Son coup de pied à Onfray est du pur style asinien.

Delion est un psychiatre freudien. À le croire, sans Freud et quelques psychiatres freudiens français (Daumézon, Bonnafé, Oury), la psychiatrie serait restée ce qu’elle était au XIXe siècle.

Psychanalyste freudocentré et chauvin, Delion ferait bien de lire l’ouvrage d’Ellenberger, cité plus haut, ou l’Histoire de la psychiatrie de Franz Alexander (un freudien !) et Sheldon Selesnick81 pour apprendre que des psychiatres non freudiens ont œuvré à l’humanisation des asiles bien avant les freudiens qu’il cite. Parmi beaucoup d’autres : Johann Reil en Allemagne et Auguste Forel en Suisse.

À la rigueur, qu’il consulte un livre qui se trouve assurément dans sa bibliothèque : le best seller de Mme Roudinesco, où il lira page 47 : « La psychiatrie dynamique réinventa un modèle psychothérapeutique en donnant la parole à l’homme malade comme le faisait Hippolyte Bernheim à Nancy et plus tard Eugen Bleuler à Zurich.82 »

Delion ne dit pas un mot sur le fait que le côté carcéral de la vie asilaire a très sensiblement diminué grâce à la découverte des neuroleptiques dans les années 1950. C’est que lui-même est le promoteur d’une méthode qui devrait permettre de s’en passer : le « packing », une camisole de force new look, qui fait songer à des pratiques barbares des siècles passés !

Sa méthode s’applique aux enfants autistes. Elle consiste à emmailloter l’enfant jusqu’au cou dans un cocon de contention, mouillé et glacé (au moins 10° en dessous de la température du corps), pendant 45 minutes. Quand la température de la peau a chuté de 36 à 33 degrés, l’enfant est progressivement réchauffé. Ainsi, un enfant agité se trouve maté. Le procédé se renouvelle jusqu’à 7 fois par semaine.

Pour une présentation de la technique voir :Le « packing », la camisole glacée des enfants autistes

Pour le reportage de L’Express, voir

Pour une évaluation par des spécialistes de l’autisme, voir : http://aspergeraide.com/phpBB2/view...
http://anae-revue.over-blog.com/art...

Le packingeur affirme qu’« Onfray menace de favoriser le retour de la psychiatrie sécuritaire » (p. 83, sic). Attribuer un tel pouvoir à une psychobiographie écrite par un philosophe, cela s’appelle « délire de persécution ».

Incapable de prouver qu’une affirmation d’Onfray est fausse, Delion se contente d’affirmer qu’Onfray, en critiquant Freud, a commis « une faute morale » (sic, p. 84). Il déclare que cette faute est d’autant plus grave qu’Onfray n’a pas mentionné « que les livres de Freud ont été brûlés par les nazis ». Il termine en écrivant que, par cet oubli, Onfray a pris le risque « d’être assimilé aux désinformateurs les plus vils » (p. 84).

Delion a fait comme tous les auteurs de Haine n° 2  : il a critiqué le livre d’Onfray sans l’avoir ouvert. S’il l’avait lu, il aurait constaté ceci à la page 547 :

« Le 10 mai 1933, un immense autodafé est organisé dans lequel on brûle des livres de gauche, de socio-démocrates, de démocrates, de marxistes et de juifs. Parmi beaucoup de grands esprits de la littérature, de la philosophie, de la pensée, de la science, de la psychanalyse, on y trouve Einstein et Freud. Mais le nazisme, s’il condamne ces hommes parce qu’ils sont juifs, ne condamne ni la théorie physique de la relativité ni la doctrine freudienne de la psychanalyse. »

L’important pour Delion est d’insinuer qu’Onfray est, selon la désormais célèbre expression roudinescienne, un « antisémite masqué  ».

Pour son coup de pied à Onfray, l’âne manque cruellement de lectures et d’imagination.

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§ 26. Le texte de Roland Gori

Gori est un psychanalyste lacanien. Dans son texte, déjà paru dans L’Humanité, il disserte sur le fait que les Français manquent de confiance dans l’avenir, puis récite quelques antiennes marxistes. Pour lui, l’essentiel du débat se ramène au fait que le succès du livre d’Onfray fait oublier qu’il y a « une crise de la démocratie » :

« Le problème est pour moi, dans cette affaire, le tapage médiatique qui accompagne la promotion de ce brûlot. Cette mise en scène vient enfumer le paysage philosophique et culturel des débats d’idées, des exigences sociales et des priorités politiques que pourtant la situation actuelle exige. » (p. 86)

Revenant au Livre noir de la psychanalyse, Gori écrit :

« J’avoue pour ma part avoir d’autres œuvres littéraires comme sources de fantasmes érotiques » (p. 86).

J’ignorais que cet ouvrage, auquel j’ai participé, pouvait être « source de fantasmes érotiques ». Ce n’était en tout cas pas l’intention, mais Gori semble y voir une source de plaisirs. Je suppose des plaisirs masochistes pour freudiens.

Concernant la remise en question de l’efficacité de la psychanalyse par des auteurs du Livre noir, Gori jargonne en ces termes :

« L’efficacité, dans ce cas,ne saurait donc procéder que de l’objectivation marchande dont un auteur comme Georg Lukács nous avait appris naguère qu’elle s’accompagnait presque toujours d’une “subjectivité” aussi “fantomatique” que la réalité à laquelle elle prétend. » (p. 87)

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§ 27. Les limites de l’analyse de Michel Onfray

Onfray avait un projet limité : réaliser une lecture nietzschéenne de Freud et, plus précisément, faire l’histoire de la manière dont Freud a élaboré une doctrine à prétention universelle à partir de ses problèmes personnels.

Il n’a pas seulement lu l’histoire du freudisme présentée par les gardiens de la légende. Il a lu aussi l’ensemble des œuvres publiées de Freud, des lettres, des témoignages de contemporains et des travaux d’historiens du freudisme qui ont travaillé sur des archives à la Bibliothèque du Congrès (Washington).

Il y a beaucoup d’autres questions que celles qu’il aborde, en particulier celles de la valeur des théories dérivées du freudisme et qui s’intitulent également « psychanalyse ».

Soulignons ici les réserves qu’Onfray lui-même apporte à ses interprétations. Ceux qui l’ont lu dans le texte les connaissent. À l’intention de ceux qui n’ont lu que la presse ou Haine n° 2, je cite quelques lignes, parmi bien d’autres, de ce que lui écrit :

« Reprenons la lecture freudienne et proposons une interprétation de l’interprétation, non pas comme une vérité, une lecture se présentant comme vraie, la mienne, contre une lecture fausse, celle de Freud, je n’ai pas cette présomption, mais, pour le plaisir de la leçon épistémologique, une lecture hypothétique destinée à montrer qu’en matière d’interprétation des rêves, il n’y a pas de science ou de clé universelle, de certitude définitive ou de connaissance objective, mais une proposition subjective présentée comme une vérité — un perspectivisme nietzschéen… Sur le matériau fourni par Freud on peut en effet proposer d’autres conjectures pour de nouvelles conclusions, voire pour des conclusions contradictoires avec les siennes. Proposons donc une grille alternative. » (p. 117)

Cette conscience de la relativité des interprétations contraste avec les affirmations péremptoires de Freud et de la plupart de ses disciples. Nous terminons par quelques échantillons à l’adresse de ceux qui ne lisent pas le neurologue viennois dans le texte (italiques de J.V.R.)

« Tous ceux qui ont l’occasion de prendre de la morphine, de la cocaïne, du chloral et d’autres substances du même genre ne deviennent pas pour autant des toxicomanes. Un examen plus poussé montre, de façon générale, que ces narcotiques servent — directement ou indirectement — de substituts à un manque de satisfaction sexuelle » (1898, Gesammelte Werke, voI. I, p. 506).

« Le complexe de castration est la plus profonde racine inconsciente de l’antisémitisme car, dans la nursery déjà, le petit garçon entend dire que l’on coupe au juif quelque chose au pénis — il pense un morceau du pénis — ce qui lui donne le droit de mépriser le Juif. Et il n’est pas de racine plus profonde au sentiment de supériorité sur les femmes » (1909, tr., Cinq psychanalystes, PUF, 1970, p. 116).

« L’infériorité intellectuelle de tant de femmes, qui est une réalité indiscutable, doit être attribuée à l’inhibition de la pensée, inhibition requise pour la répression sexuelle » (1908, tr., La Vie sexuelle, PUF, p. 42).

« L’acte de téter le sein maternel devient le point de départ de toute la vie sexuelle, le prototype jamais atteint de toute satisfaction sexuelle ultérieure » (1917, tr., Œuvres complètes, PUF, XIV, p. 324).

« On peut dire que les symptômes névrotiques sont dans tous les cas soit la satisfaction substitutive d’une tendance sexuelle, soit des mesures pour l’entraver ou encore, cas les plus fréquents, un compromis entre les deux » (1938/1940, Gesammelte Werke, vol. XVII, p. 112).

« L’ultime fondement de toutes les inhibitions intellectuelles et des inhibitions au travail semble être l’inhibition de l’onanisme enfantin » (Dernières lignes écrites par Freud, 1938/1941, tr., Œuvres complètes, PUF, XIV, p. 320).

Bruxelles, 24 juillet 2010

1 Je remercie Mikkel Borch-Jacobsen, Catherine Meyer et Jean-Louis Racca pour leur lecture et leurs commentaires. J’assume seul la responsabilité du présent texte.

2 Réflexions et maximes (1746), § 588, rééd., Éd. Garnier, 1954, p. 396.

3 Voir l’enquête parue dans Les Cahiers de Psychologie politique.

4 http://bibliobs.nouvelobs.com/20100....

5 Voir dans le DSM-IV, la description de « la personnalité histrionique » ou dans F. Lelord & C. André, Comment gérer les personnalités difficiles, Odile Jacob, 1996, ch. 3.

6 Alain Delrieu, donne plusieurs dizaines de citations équivalentes dans Sigmund Freud. Index thématique (Paris : Anthropos, 2e éd. 2001), pages 866 à 871.

7 « Sur la psychanalyse » (1913), Œuvres complètes, PUF, 1998, XI, p. 32.

8 Onfray donne la page et indique, à la page 582 de sa bibliographie, qu’il a utilisé la traduction parue en poche (Coll. Idées). La phrase qu’il cite est la première du livre L’homme Moïse… La voici en entier : « Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu’on n’accomplit pas d’un cœur léger. »

9 Rappelons qu’André Green, ancien Directeur de l’Institut de Psychanalyse de Paris disait très justement : « E. Roudinesco se dit historienne et psychanalyste. [...] Je crains qu’elle ne soit pas plus psychanalyste qu’historienne. » (« Le père omnipotent », Magazine littéraire, 1993, 315, p. 22).

10 Trad., « Sur l’étiologie de l’hystérie », Œuvres complètes, PUF, III, p. 158.

11 Note de J. Van Rillaer : E. Roudinesco écrit p. 13 « Le livre de Michel Onfray est dénué de sources et de notes bibliographiques ». Nous avons ici un exemple qui dément cette affirmation grotesque. Précisons que la parenthèse d’Onfray « III. 162 » signifie : page 162 du tome III des Œuvres complètes de Freud, paru aux PUF en 2005.

12 Han Israëls enseigne la psychologie judiciaire à l’Université de Maastricht après avoir enseigné l’histoire de la psychologie à l’Université d’Amsterdam. Pendant une vingtaine d’années, il a étudié l’histoire de la psychanalyse. Au départ, il était un freudien enthousiaste. Sa thèse de doctorat portait sur le cas Schreber, publiée à Paris sous le titre Schreber, Père et fils (Seuil, collection Le Champ freudien, 1986). À l’époque où il se passionnait pour Freud, il a eu le privilège de consulter les lettres de Freud à sa fiancée et a découvert, avec stupéfaction, les mensonges de Freud dans ses publications sur les bienfaits de la cocaïne. En 1993, Israëls a publié, en néerlandais, un ouvrage très documenté sur la naissance de la psychanalyse Het geval Freud [Le cas Freud], traduit en allemand : Der Fall Freud. Die Geburt der Psychoanalyse aus der Lüge. Hamburg, Europäische Verlaganstalt/Rotbuch Verlag, 1999. En 1999, les éditions Bert Bakker (Amsterdam) ont publié un recueil de 18 de ses articles sur Freud et la psychanalyse : De Weense kwakzalver. Honderd jaar Freud en de freudianen [Le charlatan de Vienne. Cent ans de Freud et les freudiens]. En quelques années, cet historien du freudisme est passé du grand respect pour Freud à une critique acerbe. Il est loin d’être le seul.

13 History of Psychiatry, 1993, 4, p. 3-59.

14 http://bibliobs.nouvelobs.com/20100....

15 Pulsions et destins des pulsions (1915), trad., Gallimard, Idées, 1968, p. 42s.

16 P. ex., ce dernier écrit : « Si l’on examine les comptes rendus de ses ouvrages publiés de son vivant, ceux, par exemple, qui parurent au cours de la première décennie du XXe siècle, on est frappé par le respect et la sympathie dont font preuve les critiques dans leur questionnement de ses idées. Cependant Freud n’appréciait pas la façon dont elles étaient reçues et daignait rarement répondre aux critiques. » (Dernières séances freudiennes. Trad., Seuil, 2005, p. 96). Pour des détails, voir son article : « Book review of Freud Without Hindsight », Journal of the History of the Behavioral Sciences, 1990, 26, p. 97-202.

17 Ilse Bry et Alfred Rifkin : « Freud and the History of Ideas : Primary Sources, 1886-1910 », Science and Psychoanalysis, New York, Grune & Stratton, 1962, vol. 5, p. 6-36.

18 Cité par Borch-Jacobsen & Shamdasani, op. cit., p. 98.

19 Cité par Ernest Jones dans Sigmund Freud : Life and Work. Vol. 2. Basic Books, 1955. Trad. : La vie et l’œuvre de Sigmund Freud. P.U.F., 1961, p. 202.

20 « Eine Schwierigkeit der Psychoanalyse » (1917), trad. dans L’inquiétante étrangeté et autres essais. Gallimard, 1985, p. 173-187.

21 Ibidem, p. 186.

22 J’ai été psychanalysé en bonne et due forme (4 ans, 3 séances par semaine), j’ai pratiqué la psychanalyse pendant une dizaine d’années, j’ai défendu ma thèse de doctorat sur Freud devant un jury composé de quatre freudiens et d’un psychologue scientifique, mon premier ouvrage L’agressivité humaine (1975) était un livre freudien… J’ai expliqué les raisons de ma déconversion dans Les illusions de la psychanalyse, Mardaga, 1981, 4e éd. 1996, 420 p. Extrait.

23 Pour des exemples concrets, voir p. ex. J. Van Rillaer, Psychologie de la vie quotidienne. Paris, Odile Jacob, 2003, chap. 7.

24 Alain, Éléments de philosophie. Paris, Gallimard, 1941, p. 146s.

25 Dans je ne sais plus quel texte, E. Roudinesco a critiqué la façon dont a été fait l’index des noms du Livre noir. Dans l’index de la 1ère éd., Catherine Meyer n’a cité que les noms de personnages importants et celui de E. Roudinesco n’est donc pas mentionné. Pour la nouvelle édition du Livre noir, j’ai fait moi-même l’index et j’ai fait l’« entrée » de Mme Roudinesco, citée comme il se doit.

26 On peut se demander si E. Roudinesco, l’historienne radicalement « freudocentrée », a lu Adler. Vu ce que disait Freud de son ancien compagnon, je crains que non. Adler me semble cependant bien meilleur psychologue — Menschenkenner — que Freud. Ellenberger, le meilleur historien de la psychothérapie, en a toujours fait l’éloge et s’en inspirait pour sa pratique clinique

27 E. Jones, op. cit., tome 2, p. 450.

28 « Das Interesse an der Psychoanalyse » (1913), Gesammelte Werke, Fischer, vol. VIII, p. 407.

29 J’ai développé et illustré ce principe dans Psychologie de la vie quotidienne, Paris, OdileJacob, 2003, p. 47-49.

30 The will to doubt, 1958. Réédition : New York, Philosophical library, 1986, p. 102.

31 La révolution psychanalytique, Payot, 1964, 2 vol.

32 D’Œdipe à Moïse, Calmann-Lévy,1974, p. 18.

33 E. Jones, op. cit., tome 2, p. 423.

34 Rééd., Petite bibliothèque Payot, 1977 et 2001, 266 p.

35 Hachette, 1981. Nouvelle éd., Desclée de Brouwer, coll. Midrach, 1994.

36 Gérard Haddad, Le jour où Lacan m’a adopté. Grasset, 2002. Rééd. Le Livre de Poche, Coll. Biblio Essais, 2007, p. 421.

37 Éd. Mardaga, 1980, 4e éd. 1996, 415 p.

38 « Les résistances contre la psychanalyse » (1925), Œuvres complètes, XVII, p. 135.

39 dans Le Monde des livres, le 30 octobre 2009. La stratégie a parfaitement réussi pour Jacques Bénesteau, l’auteur de Mensonges freudiens : Histoire d’une désinformation séculaire, Wavre, Mardaga, 2002, 400 p.

40 Des clients de Bernard Madoff ont payé cher l’utilisation passe-partout du concept d’antisémitisme. Rappelons ce que l’analyste (financière) Laura Goldman rapporte à ce sujet. Ayant travaillé 25 ans à Wall Street et ayant connu Madoff à Palm Beach au milieu des années 90, elle avait eu des soupçons sur la stratégie supposée d’« Uncle Bernie ». En 2001, deux journaux publient des articles faisant état de doutes concernant les résultats affichés par Madoff. Aussitôt elle faxe ces articles à quelques-unes de ses connaissances qui avaient confié leur fortune à l’escroc. Au lieu d’être remerciée pour des informations qui auraient dû paraître importantes, Goldman a été d’emblée accusée d’antisémitisme (Romain Gubert & Emmanuel Saint-Martin,“Et surtout n’en parlez à personne…” Au cœur du gang Madoff, Albin Michel, 2009, p. 282s).

41 Israëls, Beck, Ellis, Esterson, Shorter sont des auteurs du Livre noir de la psychanalyse.

42 La psychanalyste Clotilde Leguil, co-auteure de L’Anti-Livre noir de la psychanalyse, écrit dans Marianne (8-14 mai 2010) : « Il faut défendre Freud parce que face au déluge des thérapies cognitivo-comportementales, qui ont maintenant le pouvoir dans la majorité des institutions psychiatriques et psychologiques, la psychanalyse apparaît comme un îlot préservant la dignité de la souffrance psychique. » http://www.oedipe.org/fr/actualites... (je souligne).

43 Trad., Paris : Grasset, 1982. Elle écrit notamment : « Le vocabulaire psychanalytique a envahi la vie et le langage, transformant la manière dont les gens pensent en politique, discutent de littérature, parlent à leurs enfants. Les métaphores psychanalytiques ont infiltré la vie sociale française à un point qui est sans doute unique dans l’histoire du mouvement psychanalytique. Même aux États-Unis les choses ne sont jamais allées aussi loin » (p. 25).

44 « Les chances d’avenir de la thérapie psychanalytique » (1910), trad. dans La technique psychanalytique. PUF, Coll. Quadrige, 2007, p. 51.

45 Le jour où Lacan m’a adopté. Mon analyse avec Lacan. Grasset, 2002. Rééd., Le Livre de Poche, 2007, pp. 16 & 430.

46 « La morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes » (1908), Trad. dans La vie sexuelle, PUF, 1969, p. 43.

47 Ibidem, p. 42.

48 « La sexualité dans l’étiologie des névroses » (1898), Œuvres complètes, PUF, III, p. 230.

49 Paul Roazen, Mes rencontres avec la famille Freud. Trad., Seuil, Coll. Champ freudien, 1996, p. 214.

50 Ernest Jones, op. cit., p. 433.

51 Ibidem, p. 441.

52 M. Borch-Jacobsen, M. : Chapitre « Une visite aux Archives Freud », p. 253-300, du livre Folies à plusieurs. Les Empêcheurs de penser en rond, 2002.

53 Mikkel Borch-Jacobsen, communication personnelle (juillet 2010).

54 Reconnaissons à E. Roudinesco le mérite de reconnaître qu’il faudrait déclassifier. Elle écrit : « Les archives de la Library of Congress, après les grandes batailles des années1990, sont en cours de déclassification selon les règles en vigueur : beaucoup trop lentement, bien entendu. » (p. 16). Toutefois, en parlant des « règles en vigueur », E. Roudinesco trahit qu’elle ne sait pas de quoi elle parle : en réalité, il n’y a aucune « règle en vigueur » , les déclassifications se font de façon complètement arbitraire, selon le bon gré des administrateurs des Archives Freud, qui ne sont pas les bibliothécaires de la Library of Congress !

55 Débat avec Michel Onfray, Philosophie magazine, 2010, n° 36, p. 15.

56 « Un conquérant des lumières sombres », Hors-série du Monde sur Freud, avril 2010, p. 18.

57 Ibidem, p. 16. Rappelons que dans Haine n° 2 E. Roudinesco ramène cette durée à 4 ans.

58 « Sur l’engagement du traitement » (1913) Œuvres complètes, PUF, XII, p. 168. — « La question de l’analyse profane » (1926), Œuvres complètes, PUF, XVIII, p. 43. — Les recherches des psychanalystes David Lynn et George Vaillant sur 47 cas traités par Freud confirment qu’il a toujours pratiqué des cures de six séances par semaine, y compris pour sa propre fille (« Anonymity, neutrality, and confidentiality in the actual methods of Sigmund Freud : A review of 43 cases », 1907-1939. American Journal of Psychiatry, 1998, 155 : 163-171).

59 Op. cit., vol. 2, p. 406.

60 Roazen, Paul (1993) Meeting Freud’s family. University of Massachusetts Press. Trad. : Mes rencontres avec la famille Freud. Trad., Seuil, Coll. Champ freudien, 1996, p. 191.

61 Pourquoi la psychanalyse, op. cit., p. 192.

62 http://obstyles.nouvelobs.com/artic....

63 Voir Peter Swales : « Freud, lucre et abus de faiblesse », In : C. Meyer et al., Le livre noir de la psychanalyse. Paris, Les Arènes, 2005, p. 25-30. Éd. 2010, p. 137-154. Éd. 10/18, p. 163-184.

64 C. Meyer et al., op.cit., 2005, p. 198-214. Éd. 10/18, p. 252-273.

65 Jean Cottraux évoque des études plus récentes dans le chapitre « La psychanalyse soigne-t-elle ? » de la nouvelle édition du Livre noir de la psychanalyse, 2010, p. 305-328.

66 « Wege der psychoanalytischen Therapie » (1919), trad., « Les voies de la thérapie psychanalytique », Œuvres complètes, PUF, XV, p. 106.

67 Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse (1933), Œuvres complètes, PUF, XIX, p. 241.

68 Dernières séances freudiennes. Des patients de Freud racontent, Paris, Seuil, 2005, p. 228s.

69 Dans Haine n°1 (p. 23), E. Roudinesco signalait que, dans Le livre noir, ne figurait pas : « le nom de ma mère, Jenny Aubry ». Faut-il préciser qu’une multitude d’autres noms de psychanalystes n’y figuraient pas non plus ?

70 Andrée Yanacopoulo, Henri F. Ellenberger. Une vie. Montréal : Liber, 2009, (392 p.), p. 250.

71 Yanacopoulo, op. cit., p. 167.

72 Lettre au Dr. Ernest Stumper, citée dans Yanacopoulo, 2009, op. cit., p. 181.

73 Stockholm, éd. Svenska Bokförlaget, 196 p. Trad., Freud avant Freud. La préhistoire de la psychanalyse (1886-1896). Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1997, 316 p.

74 citée par Yanacopoulo, op. cit., p. 225.

75 H. Ellenberger (1977) « L’histoire d’“Emmy von N.” Étude critique avec documents nouveaux », L’Évolution psychiatrique, 42 : 519-540.

76 Richard Webster, Why Freud was wrong. N.Y. : Harper Collins & Basic Books, 1995, 673 p. Trad. abrégée : Le Freud inconnu. L’invention de la psychanalyse. Éd. Exergue, 1998, 568 p.

77 Je n’ai jamais trouvé une seule note pertinente de E. Roudinesco concernant la traduction de concepts freudiens, alors que tous les spécialistes de l’œuvre freudienne qui lisent l’allemand ne manquent jamais d’en faire. Comme exemple de son incompréhension de la langue de Freud, notons qu’elle écrit dans le hors-série du Monde : « Parmi les inventions, notons “animique” à la place de “âme” (Seele) » (sic !). Les traducteurs des PUF n’ont évidemment jamais traduit « Seele » par « animique », mais toujours par « âme ». Ils ont utilisé « animique » quand Freud écrivait « seelisch ». L’incompétence n’est pas de leur côté.

78 Le Monde, 26 février 2004.

79 Pourquoi la psychanalyse ?, Fayard, 1999, p.182.

80 Haine n°1, p. 58

81 Traduit de l’anglais chez Armand Colin (1972, 480 p.)

82 Pourquoi la psychanalyse ? op. cit. , p. 47.

Mis en ligne le 7 août 2010
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