Le réchauffement climatique : mieux comprendre où se situent les débats

Introduction du dossier paru dans SPS, n° 291

Les activités humaines contribuent-elles de façon significative, voire de façon déterminante, au réchauffement climatique observé ? Si l’on recherche une certitude scientifique, la réponse est nécessairement pru­dente. Si la plupart des climatologues et spécialistes du sujet affirment que les activités humaines sont la cause déterminante du réchauffement clima­tique, la vérité en science ne se décide pas à la majorité, et force est de constater qu’aujourd’hui, un certain nombre d’experts reconnus contestent cette affirmation. La science, c’est d’abord le débat et la confrontation aux données. Et la science doit continuer son chemin. En matière de vérité scientifique, le consensus ne présage de rien. Les exemples abondent où des théories scientifiques faisant consensus ont été remises en cause, où des « minoritaires » se sont révélés avoir raison contre le « courant majori­taire »1. Citons par exemple Alfred Wegener et la dérive des continents2.

Mais la question qui intéresse avant tout les collectivités humaines est politique. Et dès lors, il est difficile d’exiger des responsables politiques qu’ils attendent, 20 ans, 30 ans, peut-être davantage, que « la nature tranche » pour vérifier si réchauffement climatique il y a, et, surtout, ana­lyser si la composante anthropique est le facteur déterminant pour pren­dre les décisions pour lesquelles ils ont été mandatés. L’attente d’une cer­titude peut se révéler extrêmement coûteuse, et contraire à une politique de « décision éclairée » que chacun est en droit d’attendre. Si la majorité ne fait pas vérité scientifique, il est légitime que les décisionnaires s’appuient sur une connaissance qui, à défaut d’être consensuelle, exprime un avis largement partagé.

Controverse passionnelle

Si la controverse a pris un tour passionnel, c’est que les différentes compo­santes (connaissance scientifique, actions à entreprendre, impacts écono­miques et sociaux) se sont mélangées. Convient-il de chercher à limiter les émissions de gaz carbonique ? De quelle manière ? Convient-il plutôt de chercher prioritairement les meilleurs moyens de s’adapter pour minimiser les conséquences anticipées comme négatives et tirer au mieux profit de celles anticipées comme positives ? Autant de questions politiques sur lesquelles le scientifique, chercheur comme expert, n’a pas de légitimité particulière pour s’exprimer, du moins au nom de son activité professionnelle…

Force est de constater que cette confusion traverse les institutions elles-mêmes, à commencer par le GIEC, associant sous une même entité les dif­férentes étapes du processus d’élaboration de la décision politique, de l’expertise scientifique à la suggestion des actions à entreprendre, en passant par les relevés pour décideurs. Si, dans des petits cercles éclairés, on parle du « GR1 » du GIEC, pour l’immense majorité des citoyens, des médias, et des décideurs, le GIEC est un et indivisible… « le GIEC a dit… »

Il n’est dès lors pas surprenant de constater les fréquents mélanges des registres, du scientifique reprochant à ceux de ses collègues qui doutent de telle ou telle de ses affirmations… qu’ils porteraient ainsi la responsabilité de retarder la prise de décisions nécessaires… Ou de ceux qui, pour mieux asseoir leur opposition aux mesures politiques préconisées, concentrent leur critique sur les conclusions de l’expertise scientifique.

Les « lobbies »

La controverse s’envenimant, les accusations fleurissent. Des « lobbies » sont dénoncés, qui tireraient discrètement les ficelles du parti opposé. Mais les groupes de pressions sont variés, et derrière chaque position, il n’est pas difficile d’imaginer un « lobby » potentiel. Les « pétroliers » ont tout intérêt à minimiser la responsabilité des énergies fossiles, les « économies occidentales » peuvent voir dans les technologies environnementales un relais de croissance, et dans les normes instaurées, des barrières écono­miques bienvenues contre la concurrence des économies émergentes. Il y a également les innombrables ONG exploitant les divers évènements météo­rologiques (canicules, tempêtes etc.), les pollutions et catastrophes envi­ronnementales de toutes sortes (marées noires, explosions de gaz etc.), sur­fant sur une peur suscitée et entretenue (OGM, ondes électromagnétiques, etc.) pour se faire les avocats de la décroissance, développer une idéologie aux intonations parfois quasi religieuses (la Nature est bonne, il ne faut pas Lui porter atteinte, sous peine de châtiment).

Et surtout, la « mauvaise intention » d’un lobby, pas plus que la « bonne », réelle ou supposée, ne nous éclaire sur le fond de la controverse.

Le dossier de Science et pseudo-sciences

L’objectif, en ce qui nous concerne, est de donner à celles et ceux qui découvriront ce dossier les moyens de mieux comprendre où se situent les débats, et, en particulier, d’identifier ce qui est de l’ordre des faits et ce qui relève des spéculations, ce qui est de l’ordre du travail scientifique et ce qui relève de l’engagement politique. Si un seul message doit être retenu, c’est que prétendre mener une politique au nom de la science est une usurpa­tion flagrante. L’enjeu démocratique est, sur ce sujet en particulier, de restaurer l’intégrité scienti­fique dans l’élaboration des décisions politiques, d’en finir avec l’instrumentalisation de la science à des fins idéologiques et partisanes.

Le numéro 291 de Science et pseudo-sciences est actuellement disponible dans des relais de presse. Il peut aussi être commandé sur Internet.

1 Ce qui ne veut pas dire que tout farfelu est un « Galilée » en puissance (rappelons également d’ailleurs que Galilée s’est opposé à la religion, moins à la science de son époque).

2 Anthony Hallam, Une révolution dans les sciences de la Terre (de la dérive des continents à la tectonique des plaques), Point Seuil Sciences, 1976.

Mis en ligne le 31 juillet 2010
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