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Collège de France - Bio - Dame Nature

par Vincent Laget, SPS n° 290, avril-juin 2010

Les leçons du Collège de France sur Dailymotion

Le Collège de France se veut enseigner la recherche en train de se faire. C’est aussi une institution bien singulière dont les cours sont accessibles à tous : pas d’inscription, ni de diplôme, ni de réussite à un concours d’entrée pour être admis à les suivre. De surcroît, l’enseignement délivré est totalement gratuit. Les seules limites sont le nombre de places disponibles dans les amphithéâtres où se déroulent les leçons, les horaires, et le lieu.

Dans ces conditions, il peut être utile de savoir que les leçons du Collège de France sont disponibles sur DailyMotion. Certains des textes sont aussi sur le site du Collège de France

L’Humanité Dimanche en pleine crise de foie

Un de nos lecteurs, Gilles Mercier, par ailleurs chercheur à l’Inserm, nous a indiqué un savoureux article dans l’Humanité Dimanche. Intitulé « Chez les Coadou, la « voie lactée » est placée sous le signe du bio ». Il s’agit d’un plaidoyer dithyrambique en faveur du bio et du naturel. Son auteur, Thierry Morvan, assène des passages définitifs comme « Le bon lait est un aliment aux nombreuses vertus dès lors qu’il a été produit naturellement, sans avoir été allégé, surchauffé ou stérilisé » ou encore « [Les grands groupes ] isolent ses constituants […] et les bourrent de saloperies bon marché – semence, arôme, colorant, émulsifiants, gélifiant, épaississant, matière sucrante, stabilisant, agent de foisonnement pour faire de l’air, bactérie probiotique, etc. – pour fabriquer des ersatz de yaourt, beurre, fromage blanc, crème, dessert lactée, poudre de lait… ». En résumé : le naturel, il n’y a que ça de bon au goût et pour la santé.

Dans l’encadré intitulé « Au salon des Coqs d’or, le meilleur des produits régionaux », joint à l’article, le journal nous fait saliver sur les produits du terroir que nous pouvons y trouver : « L’occasion de venir déguster de fameux produits : soupe de favouille, poutargue, fricandeaux, foies gras exquis et chapons fondants, pains qui restent bons même rassis, fromages affinés avec talent… »

Effectivement, on a besoin de se rapprocher, sinon de la nature, au moins de la campagne, afin d’aller constater à quel point gaver des oies pour faire du foie gras est beaucoup plus « naturel » que de chauffer du lait pour le stériliser. On pourra également observer comment « naissent » les chapons de façon tout aussi « naturelle »…

Références
Thierry Morvan Chez les Coadou, la « voie lactée » est placée sous le signe du bio, Humanité Dimanche, 19 au 25 novembre 2009, page 86.
À lire ou relire : Ernest Kahane Aliments naturels et artificiels, Cahiers rationalistes, n° 162, Mars-avril 1957.

Homme 1 – Nature 0

290_115-117_3L’émission Service public, présentée mercredi 17 février par Isabelle Giordano, sur France Inter, a été l’occasion d’entendre quelques propos utiles à rapporter. Le sujet concernait les additifs divers et variés contenus dans bon nombre de produits, alimentaires ou non. D’où une mode du « sans ».

Un des invités sur le plateau, Alain Grangé-Cabane, président de la fédération des entreprises de beauté, a mis les points sur les i concernant Dame Nature. Il a réfuté l’idée reçue que de façon générale la Nature est bienfaisante et l’Homme malfaisant : « […] c’est fondé sur un postulat qui est un postulat strictement idéologique […]. Le drame c’est que c’est en gros complètement faux […]. » Mais Alain Grangé-Cabane ne se contente pas d’affirmer, il argumente : « […] on vérifie en permanence et depuis que le monde est monde que la nature est violente, que la nature est cruelle, que la nature tue – les tremblements de terre existent, les poisons naturels existent, la ciguë ce ne sont pas les hommes qui l’on inventée, elle pousse dans des champs, la digitaline c’est pareil […]. »

Et de rappeler que l’Homme n’est pas un si mauvais bougre que ça : « […] par contre un très grand nombre de produits que les hommes ont fabriqués depuis des années ont pour effet de sauver des vies – à commencer par les médicaments – ou de les nourrir correctement […]. »

Mais surtout, il a souligné que l’intelligence de l’Homme réside dans sa capacité à exploiter et adapter au mieux la nature : « […] le génie de l’homme consiste non seulement à se protéger des méfaits de la nature – car, encore une fois, Dame Nature n’est pas aussi gentille qu’on veut bien le dire – mais même souvent à tirer de la nature ce qu’elle a de pire pour le transformer en meilleur. Un exemple, c’est le curare. Le curare est un produit naturel, et c’est un poison mortel et violent. Tout le génie de l’homme a consisté à non seulement le rendre inoffensif mais à le rendre positif puisque, vous savez bien que, sans curare, on ne peut pas faire d’opérations et d’anesthésies. »

L’Homme, présenté comme meilleur que la Nature, ce n’est pas un discours habituel. Mais le plus important, c’est que ce discours est soutenu par une démonstration claire et précise. Ceci est suffisamment rare pour saluer Isabelle Giordano et son équipe de Service public. Et surtout, merci à Monsieur Alain Grangé Cabane pour cette courageuse et convaincante argumentation qui a su mettre en beauté l’Humanité.

Référence
Service Public, France Inter

Agir

Les lieux de savoirs, telles les bibliothèques municipales ou scolaires, comptent souvent des ouvrages et des revues pseudo-scientifiques grand public. Face à ce constat, plusieurs attitudes possibles. Celle qui vient naturellement à l’esprit consiste à protester, voire exiger le retrait des publications concernées. Cette attitude risque d’être contre-productive : elle vous fera passer pour un affreux scientiste borné et sectaire, n’ayant que la Science en tête, voulant pratiquer un acte odieux de censure ; elle risque également de renforcer les croyances que vous cherchez à combattre chez les personnes sensibles à ces idées.

Mieux vaut solliciter l’abonnement à notre revue ou les livres recommandés par Science et pseudo-sciences présentant de l’information critique sur ces mêmes sujets. En effet, il sera difficile de vous refuser ces publications si des références pseudo-scientifiques sont déjà présentes. L’information critique sera ainsi disponible pour tous, et fera naturellement son chemin. Et, cerise sur le gâteau, les rôles seront inversés : si on vous refuse votre publication, l’affreux censeur sera alors le tenant pseudo-scientifique, ce que vous pourrez utilement exploiter contre lui. Diabolique, non ?

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Mis en ligne le 14 août 2010
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