|
|
Articles
|
|
|
|
« 11 septembre » : la théorie du complot mise en vedette à la Fac de Nancy !
Par Stéphane Adrover
Stéphane Adrover est chargé d’études à l’INSEE. Lire Imposteurs, son blog.
L’Est républicain du 9 avril 2010 nous apprend qu’un professeur de l’Université de Nancy, William Schnabel, avait tenu la veille une conférence sur les attentats de 11 septembre 2001 aux États-Unis, en défendant un point de vue inspiré de la « théorie du complot », popularisé en France par un certain Thierry Meyssan, et soutenu par de brillants esprits tels que… Jean-Marie Bigard. Ce « show conspirationniste », selon les termes de l’auteur de l’article, Philippe Mercier, était ouvert à la presse et au public, mais l’essentiel de son auditoire était constitué d’étudiants du professeur. Un spécialiste de littérature et civilisation américaine
Regard sur les deux hypothèses de la théorie du complotAu delà de la naïveté qui consiste à se prendre pour un expert, ces élucubrations, déjà largement diffusées, reposent sur deux hypothèses : le cynisme de la raison d’état, mais surtout, la toute puissance occulte du gouvernement américain et de ses services secrets, seuls capables de monter une telle machination. Si la première hypothèse se défend, la seconde est grotesque et mille fois infirmée dans les faits : qu’on se souvienne par exemple des incroyables cafouillages de la CIA dans l’affaire de l’attentat manqué sur le vol Amsterdam-Detroit en Décembre 2009 ! D’autre part, les dizaines de milliers de complices – militaires, témoins oculaires, pompiers, sauveteurs, enquêteurs, blessés, tous silencieux depuis ! – que suppose la thèse alternative aux attentats kamikazes du 11 septembre rendent celle-ci totalement invraisemblable. Une reprise, fût-elle spectaculaire, de cette thèse ne la rend pas pour autant plus crédible ! Pourquoi un tel cours public à l’Université de Nancy ?Compte tenu des mécanismes psychologiques qui gouvernent les adeptes de la théorie du complot, William Schnabel s’embarrasse peu des problèmes de vraisemblance et des contradictions qui parsèment ses thèses [2], et croit sans doute sincèrement faire œuvre utile et inculquer l’esprit critique à ses étudiants. Mais quid de la direction de l’Université ? Interrogée par le journaliste de L’Est Républicain, celle-ci s’est contentée de répondre que « les thèmes des conférences données par les enseignants chercheurs de l’université sont libres, tant qu’elles ne contreviennent pas à l’ordre public, à la moralité, aux bonnes mœurs ». Et si elles nuisent à la faculté de discernement de ses étudiants ? Cette réponse ressemble fort à une dérobade. Il est possible qu’elle n’ait pas été alertée par la thématique déposée par William Schnabel : « les attentats du 11 septembre méritent une explication et une réflexion plus sérieuse et plus approfondie que celle établie par la version officielle ». Pourtant celui-ci avait, il est vrai, été plus explicite dans son invitation à la presse, évoquant « l’une des plus grandes supercheries de ce siècle ». Mais pourquoi donc un enseignant tient-il à inviter la presse pour un de ses cours, si ce n’est pour une autre raison que la transmission des connaissances ? N’y a-t-il pas mélange des genres quand un enseignant utilise sa tribune universitaire pour en faire un relais auprès des médias ? Pourquoi la direction de l’Université n’a-t-elle pas au moins fait une mise au point publique, se désolidarisant des thèses fumeuses de son enseignant ? [1] Employé pour l’attaque contre le Pentagone selon les conspirationnistes. [2] Lire une réfutation assez détaillée de la théorie du complot. Mis en ligne le 2 mai 2010
|
|
Crédits Développé sous SPIP, logiciel libre |