Médiatisation et information

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La médiatisation exceptionnelle qui a entouré l’apparition de la Grippe A H1N1, puis la mise au point du vaccin, et enfin la campagne de vaccination, n’est pas synonyme d’information complète. Loin s’en faut. Le spectaculaire et l’inquiétude sont plus médiatiques que l’information objective. Lors de l’apparition du virus, presque chaque décès était suivi en temps réel, accompagné d’une comptabilité macabre. L’inquiétude s’est généralisée. Puis d’autres peurs ont été propagées : le vaccin sera-t-il présent à temps ? Paradoxalement, le vaccin étant disponible, c’est alors le moindre effet secondaire qui est amplifié, sans même que l’on sache si le cas rapporté est dû à la vaccination ou non. Les deux premières apparitions de mutation du virus en France font tout de suite la une des journaux : le virus devient plus agressif, le vaccin va-t-il rester efficace ? Un jour, c’est la réticence à la vaccination, voire son refus, qui est mis en avant, le lendemain, c’est le chaos qui règne devant les centres de vaccination. Bien entendu, toutes ces questions relèvent de l’information qui doit être donnée et analysée, mais le spectaculaire et l’émotion primant, l’information en reste bien souvent très superficielle.

Une autre dimension de la confusion médiatique tire sa source dans la volonté de présenter toute question technique ou sanitaire comme étant par nature controversée. Mais à vouloir à tout prix trouver une controverse, on en arrive parfois à la fabriquer, loin de la réalité, loin des débats qui agitent les milieux professionnels. Ainsi, un exemple parmi bien d’autres, le journal Le Monde, dans un article réalisé pour le compte du quotidien gratuit Matin-Plus (5 novembre 2009), présente le débat « qui divise le corps médical », et met sur le même plan deux interviews, l’une du professeur Daniel Floret (le « pour »), directeur du Centre Technique de la Vaccination, l’autre du Docteur Marc Girard (le « contre »), activiste des milieux anti-vaccinaux et consultant dans le domaine pharmaceutique, présenté pour l’occasion comme « expert ». Sécurité des vaccins, efficacité sont présentées par le journaliste dans une logique thèse/antithèse, avec la synthèse suggérée au lecteur : la vérité est au milieu. C’est malheureusement une méthode que l’on retrouve souvent dans le traitement médiatique de controverses à composantes scientifiques (ondes électromagnétiques, OGM, etc.) : la vérité se situerait quelque part entre l’avis du service public de l’expertise scientifique (mais ces experts sont-ils vraiment indépendants ? nous susurre-t-on) et les différents « experts autoproclamés » et « lanceurs d’alertes », certes « parfois un peu extrêmes » mais « vraiment indépendants » (nous dit-on).

Pour en revenir à la vaccination, le doute ne peut que s’installer, et donc la peur. Il y a certes des débats sur les modalités et l’organisation de la campagne de vaccination, sur son ampleur, voire son opportunité, même si l’ensemble des agences de santé publique ont recommandé la mise en œuvre du dispositif que l’on connaît, élaboré lors des menaces de grippe aviaire. Mais jamais la question n’a porté sur la sécurité des vaccins ou l’efficacité de la vaccination. Là, il y a consensus, il y a une connaissance scientifique établie. Pourquoi alors vouloir mettre en scène cette prétendue controverse en mettant sur le même plan les experts reconnus et des activistes sans aucune compétence particulière ?

Mis en ligne le 8 janvier 2010
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