L’astrologie, pratique désuète et dénuée de tout fondement rationnel, est pourtant devenue un phénomène de société dont l’impact culturel ne peut être nié. En quoi consiste-t-elle et à quoi tient son succès ?
Les pièces les plus anciennes de ce dossier concernent la thèse soutenue par Élisabeth Teissier à Paris, le 7 avril 2001.

L’astrothérapie, ciel mes planètes !

par Brigitte Axelrad - SPS Hors-série Astrologie, juillet 2009

Je m’intéresse à l’avenir, car c’est là que j’ai l’intention de passer le reste de ma vie.1

Psychothérapies et New Age

Une psychothérapie est une technique de traitement des désordres émotionnels ayant un retentissement sur la santé mentale. Elle a pour objectif d’apporter une réponse, à travers une transformation personnelle, à une certaine souffrance psychique et traduit l’aspiration de la personne à un état de bien-être physique et psychique dans un monde idéalisé, où les conflits seraient résolus. Il existe de nos jours toutes sortes de psychothérapies. Certaines d’entre elles adoptent une approche thérapeutique et scientifique, comme les Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC), d’autres relèvent plus du domaine de la croyance et de la foi en une théorie. Une croyance commune à beaucoup de ces psychothérapies pseudoscientifiques est qu’une personne n’est pas responsable de ses difficultés existentielles, leur cause se trouvant dans un événement passé traumatisant, tel qu’avoir été maltraité dans une vie antérieure, soi-disant sexuellement agressé dans son enfance2, ou né sous tel ou tel signe solaire. Dans le cadre de l’astrologie, ceci renvoie à ce postulat : à la naissance, chaque individu est programmé d’une certaine façon sur l’horloge astrologique.

Né dans les années 19603, le New Age, mélange de croyances métaphysiques, religieuses et d’a priori pseudoscientifiques empruntés à toutes les traditions du monde, a donné naissance à des thérapies alternatives, qui exigent de croire en la réincarnation, aux enlèvements par des extra-terrestres, aux enfants intérieurs4, aux miracles, ou encore à l’astrologie, pour accéder à une sorte de cosmos enchanté. Le New Age apparaît comme une nouvelle forme de résolution de l’incertitude, dans une époque caractérisée par la crise des idéologies, et comme une réponse à l’angoisse existentielle.

Pour échapper aux tracas de l’existence et goûter aux plaisirs de la vie, les thérapies du New Age offrent une panoplie de recettes, comme par exemple l’astrothérapie, union de l’astrologie et de la thérapie.

Le Petit Robert définit l’astrologie comme : « L’art de déterminer le caractère et de prévoir le destin des hommes par l’étude des influences astrales, des aspects des astres, des signes. »

L’astrothérapie concrètement

À la fin des années 1980, un astrologue et ancien instituteur, Michel Tarbes, introduit l’astrologie dans des techniques psychothérapeutiques plus anciennes. L’astrothérapie s’accompagne de la croyance en l’unité du corps et de l’esprit, au destin, aux vies antérieures, et à la réincarnation… Selon Tarbes, l’individu va pouvoir « remonter », grâce au travail thérapeutique, dans l’une de ses vies antérieures, source de son problème, et se libérer de ses difficultés relationnelles en prenant conscience, au moyen de son thème astral, que sa souffrance vient de celle de « ses propres planètes », supposées influer sur sa destinée. La séance d’astrothérapie (voir encadré) se déroule en deux temps : un travail individuel sous forme d’un « rêve éveillé astrologique », puis une séance de groupe appelée « astrodrame ». Le premier temps s’inspire de la technique du « rêve éveillé dirigé » de Robert Desoille (voir encadré), qui se situe dans la ligne de la psychanalyse freudienne : recherche des causes du mal-être par le retour au passé refoulé, et interprétation des idées associées et des symboles. Le rêve éveillé dirigé se déroule comme une séance de psychothérapie individuelle. Le patient est mis en état de relaxation consciente et cherche la résolution d’épreuves imaginaires suggérées par le thérapeute. Ensuite, les matériaux symboliques du rêve sont analysés et interprétés avec l’aide du thérapeute.

La séance d’astrothérapie

« La rencontre des “nouvelles thérapies” et des croyances ésotériques, dont l’intérêt s’est accru fortement ces dernières années, a créé des hybrides d’un genre nouveau. L’astrodrame, alliance de l’astrologie et de la psychologie, illustrera ces phénomènes aux frontières du religieux. Pourquoi a-t-on recours à ce type de pratique et quelles sont les logiques d’adhésion ? Suffit-il qu’il y ait utilisation de symboles religieux pour pouvoir les considérer comme des religions “potentielles” ? » Résumé de l’article de Valérie Rocchi, « L’astrothérapie : exemple d’une alliance psycho-religieuse au sein d’une voie de salut séculière. »

http://infotheque.info/ressource/68...

Le rêve éveillé dirigé

Inventé par Robert Desoille, (1890-1966). Le rêve éveillé dirigé est une méthode thérapeutique et de développement personnel. Il le définit ainsi : « Le rêve éveillé, état intermédiaire et nuancé entre l’état de veille et l’état de sommeil, entre le “physiologique” et le “psychique” est, par essence, le reflet de ce réservoir inépuisable où le sujet a accumulé, depuis sa naissance, ses angoisses, ses craintes, ses désirs, ses expériences, lesquels demeurent, en tout état de cause et face au monde extérieur, les facteurs déterminants de son comportement. »

Le deuxième temps, l’astrodrame, pratiqué en groupe, s’inspire du « psychodrame » de Jacob Lévy Moreno5. Le psychodrame est une expression théâtrale, sous forme de jeu de rôles, qui a pour but de libérer l’individu de ses comportements stéréotypés. Le thérapeute commence par réaliser le thème astral de chaque participant. Puis le groupe forme un cercle autour de l’un des membres, qui souhaite réaliser son portrait astrologique, et prend la place centrale du soleil. Le « soleil » tourne le dos aux autres, et désigne intuitivement chaque participant comme représentant l’une des planètes. Les participants se disposent alors en cercle, en reproduisant fidèlement le thème astral. Le thérapeute commence l’astrodrame par une incantation : « Fermez les yeux. Inspirez et expirez trois fois pour évacuer les pensées négatives, visualisez une fumée noire qui sort des narines, et une fumée blanche qui la remplace. Vous entrez dans les coulisses d’un théâtre, vous allez jusqu’à la loge, vous voyez votre personnage, vous entrez dans son habit. Vous vous dirigez vers la scène, vous y entrez et que le jeu commence ! »

Les participants rouvrent les yeux. Chacun se décrit alors de l’extérieur en commençant par son habit. Puis, il dépeint son état intérieur. Il adresse ensuite les revendications de ses planètes souffrantes au soleil. Au bout d’environ deux heures, pendant lesquelles chacun a pu s’exprimer, le thérapeute clôt l’astrodrame par une nouvelle incantation : « Fermez les yeux. Vous quittez la scène et retournez dans la loge. Vous quittez votre habit, vous remerciez le théâtre de vous avoir accueilli, et vous sortez du théâtre. »

La séance est censée libérer les énergies personnelles. Elle fabrique ce qu’on peut appeler des « croyants cosmiques », c’est-à-dire des adeptes des croyances ésotériques, parapsychologiques, spirites, qui, bien souvent, n’ont aucune connaissance préalable de l’astrologie.

Psychanalyse et astrothérapie

La psychanalyse est utilisée dans l’astrothérapie. Toutes deux cherchent à sonder les profondeurs de la psyché humaine.

Edgar Morin écrit6 : « Comme la psychanalyse, à laquelle elle a parfois emprunté son langage et certains de ses modèles, l’astrologie symbolique contemporaine plonge dans les profondeurs de la psyché. »

L’astrothérapie, comme la psychanalyse, pratique l’art de l’interprétation, et cherche à donner un sens à des signes, des symboles, des images ou des symptômes. Elle fait dépendre la destinée humaine de la carte du ciel, du moment de la naissance, des cycles planétaires. La psychanalyse s’appuie sur le récit par le patient de son histoire personnelle. Freud par le postulat du déterminisme psychique pose que l’individu est le produit de son enfance. Dans ses premiers écrits7, Freud dit que la prise de conscience de l’origine du traumatisme suffit pour guérir le patient. Il se verra obligé de revenir sur cette affirmation devant ses échecs thérapeutiques, mais cette idée persiste. C’est là que l’astrothérapie trouve son créneau. Pour aller mieux, il faut se situer non plus dans son passé, mais dans son ciel. L’astrologue décrypte le langage des astres, comme le psychanalyste décrypte celui de l’inconscient. Tous deux prétendent pouvoir identifier la « vraie cause » de cette traversée du désert, qui fait échouer un patient dans leur cabinet. Admettre que tout s’arrangera lors d’un prochain passage de Jupiter, ou grâce à la prise de conscience du passé refoulé, aura, dit-on, un effet thérapeutique. Mais l’efficacité supposée de la séance d’astrothérapie repose sur la conviction que les astres gouvernent notre destinée, ce qui rend réceptif à la suggestion et à la manipulation de l’astrologue, et renforce le fatalisme et la passivité. En France, le vocabulaire de la psychanalyse a envahi le langage commun. Les notions d’« inconscient », de « complexe », de « refoulé », etc., sont utilisées comme des évidences. Il en est de même pour l’astrologie. Dans les années 1950, un astrologue français, André Barbault8, sous l’influence de René Allendy9, adapte la psychanalyse freudienne à l’astrologie. Il étend l’interprétation freudienne du symbolisme inconscient au symbolisme astrologique, et contribue à répandre le vocabulaire astrologique dans la pensée commune. Les notions d’« horoscope », de « signes du Zodiaque » (Lion : ambition, fierté, intelligence ; Poissons : sens du concret, acharnement au travail, réflexion, endurance, sincérité en amour, etc.) nous sont devenues familières. Commentant cette tentative de fusion de la psychanalyse et de l’astrologie par Barbault, René-Guy Guérin10 écrit : « Les découvertes freudiennes l’incitent à rendre compréhensible le symbolisme astrologique et à montrer que comme dans une chaîne associative, les différentes interprétations d’un aspect11 planétaire peuvent dépendre d’une même orientation psychologique initiale. Grâce au raisonnement par analogie et à la loi des correspondances universelles, le ciel extérieur des planètes reflète le ciel intérieur de l’âme. »

Dane Rudyar12 est considéré par certains comme le fondateur de l’astrothérapie. On trouve sur certains sites Web13 cette affirmation surprenante selon laquelle il se serait basé, ni plus ni moins, sur la théorie de la relativité d’Einstein, la physique quantique de Planck, les philosophies occidentales et orientales, la psychologie humaniste de Maslow, la psychologie des profondeurs de Carl Gustav Jung ! Ce qui est incontestable, c’est qu’il a intégré dans le discours de l’astrologie le vocabulaire et la vision propres à la psychologie analytique de Jung14. Jung croit en l’astrologie, à la télépathie, à la perception extrasensorielle, à la voyance, à la télékinésie15. Jung, collègue et ami de Freud, se séparera de Freud sur sa conception de la névrose produite par des traumatismes sexuels, refoulés dans l’inconscient. Il créera les notions d’« inconscient collectif », d’« individuation »16 et de « synchronicité ». Par « synchronicité », Jung désigne les nombreuses expériences où les coïncidences jouent une part prépondérante, comme par exemple, penser à un ami perdu de vue, et recevoir au même moment son appel téléphonique. La synchronicité peut se définir comme la manifestation simultanée de deux événements liés par le sens, et non par la cause, deux événements qui, associés, prennent une signification semblable dans la conscience du témoin. La coïncidence entre ce qu’on pense, ou dit, et ce qui arrive semblerait donc révéler, selon Jung, qu’il y a quelque chose en dehors de nous, qui régit ce phénomène. Ce quelque chose qui est derrière la simultanéité des événements semblables, les astrothérapeutes l’ont attribué aux planètes. C’est là que réside ce principe non-causal qui établit la correspondance entre nos existences et les planètes, et qui, d’après l’astrologie, les gouverne. Les révolutions des astres dans le ciel influent simultanément sur nos révolutions psychiques. Prendre conscience de la synchronicité est donc l’objectif de la psychothérapie astrologique, afin de nous libérer de l’influence des mauvaises planètes.

Conclusion

L’astrothérapie se présente donc comme une filiation directe de la psychanalyse freudienne et jungienne. Ce « savant » mélange des approches freudienne, jungienne et astrologique va produire, selon Guérin, un « nouveau catalogue d’interprétations dont la simplification a souvent frôlé le ridicule. » Peu à peu, écrit-il « les notions de la psychologie analytique de Jung envahissent le discours astrologique, tandis que l’horoscope devient une figure de l’inconscient individuel et que les aspects planétaires sont mis en corrélation avec le monde des pulsions et des complexes de Freud. »

Ainsi que le montre concrètement le rituel de l’astrodrame évoqué précédemment, les thérapies du New Age sont des pratiques ésotériques proches des cultes religieux, ou sectaires. Puisqu’il est de règle, dans l’optique des psychothérapies des profondeurs, de désigner un responsable de ses propres problèmes, remarquons que cela porte moins à conséquence d’accuser « ses planètes », que ses proches ! Il reste, cependant, que l’un ne préserve pas de l’autre, lorsqu’on est engagé aussi loin dans le processus de la suggestion psychothérapeutique. Pour beaucoup de gens aux prises avec des difficultés psychiques et relationnelles, l’astrothérapie offre l’utopie molle d’un homme parfait baignant dans un bonheur total. Et la recette semble attirer beaucoup d’adeptes, qui préfèrent lever les yeux passivement vers le ciel, plutôt que de prendre à bras le corps leurs difficultés existentielles.

1 Woody Allen, acteur, réalisateur, scénariste américain, connu pour son art de la formule et de la dérision.

2 Voir à cet égard : Nicolas Gauvrit (2008), « La guerre des souvenirs », SPS n° 281 ; Brigitte Axelrad, (2008), « Les origines du « syndrome des faux souvenirs », « Faux souvenirs et manipulation mentale », dossiers publiés par l’Observatoire Zététique et, (2009), « Faux souvenirs et thérapies de la mémoire retrouvée », SPS n° 285.

3 Massimo Introvigne, (2005), Le New Age des origines à nos jours. Courants, mouvements, personnalités, traduit de l’italien par Philippe Baillet, Dervy, Paris, p. 304, fondateur du Centre pour l’étude des nouvelles religions (CESNUR). L’auteur montre que l’on peut faire remonter la naissance du New Age à l’année 1962, (création de la communauté de Findhorn, en Écosse, et du centre d’Esalen, en Californie). Marilyn Ferguson dans Les enfants du verseau, (1980), apporta la première théorisation du mouvement New Age.

4 Le terme d’« enfant intérieur » est issu de la psychanalyse jungienne. Il désigne la part enfantine et fragile qui subsiste en l’homme et en la femme adultes.

5 Jacob Lévy Moreno, (1889-1974), médecin psychiatre américain d’origine roumaine. Il a fondé le psychodrame (1930), la sociométrie et il est l’un des pionniers de la psychothérapie de groupe (1932).

6 Edgar Morin, né à Paris en 1921, sociologue et philosophe français. In Entretien avec Frédéric Lenoir, 1997

7 Sigmund Freud, (1896), L’étiologie de l’hystérie. Rééd. in Névrose, psychose et perversion. PUF, 1973.

8 André Barbault, né en 1920, astrologue français, Il anime le mouvement astrologique français du Centre International d’Astrologie (CIA) de 1950 à 1967. Depuis 1968, il tient la revue « L’Astrologue ». Il adapte la psychanalyse freudienne à l’astrologie dans De la psychanalyse à l’astrologie (1961).

9 René Allendy, 1889-1942, médecin, homéopathe et psychanalyste français, fondateur avec Marie Bonaparte en 1926, de la Société psychanalytique de Paris.

10 L’astrologie, coll. Idées reçues, éd. Le cavalier bleu, 2008, p. 111

11 « Aspects : écart angulaire entre 2 planètes ou 2 points du zodiaque. » in René-Guy Fabrice Guérin, 2008, L’Astrologie, coll. Idées reçues, Éd. Le cavalier bleu, p. 120. Guérin est docteur en histoire des systèmes de pensées (Ephe-Sorbonne).

12 Dane Rudyar (1895-1985), français d’origine, considéré comme le père de l’astrologie humaniste, il a fondé aux États-Unis le Comité international pour une astrologie humaniste.

13 Selon le site Astrologie humaniste.

14 Carl Gustav Jung (1875- 1961), psychiatre suisse, ami et collègue de Freud jusqu’en 1914.

15 Dictionnaire des sceptiques du Québec en ligne : « La télékinésie est la faculté supposée d’une personne de déplacer ou faire bouger des objets à distance, sans contact physique, par l’exercice de pouvoirs occultes, scientifiquement inexplicables. »

16 « La voie de l’individuation signifie : tendre à devenir un être réellement individuel et, dans la mesure où nous entendons par individualité la forme de notre unicité la plus intime, notre unicité dernière et irrévocable, il s’agit de la réalisation de son Soi, dans ce qu’il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison. On pourrait donc traduire le mot “d’individuation” par “réalisation de soi-même”, “réalisation de son Soi ». Jung, Dialectique du Moi et de l’inconscient, Folio Essais, 2001, p. 115.

Mis en ligne le 16 novembre 2009
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