Histoire de l’avenir, des Prophètes à la prospective

Georges Minois. Fayard, 1996, 25 €.

Note de lecture de Jean-Paul Krivine - SPS Hors-série Astrologie, juillet 2009

La « connaissance du futur » a été une préoccupation constante de toutes les civilisations. Savoir de quoi sera faite la chasse du lendemain était sans doute la préoccupation majeure de l’homme préhistorique. L’avenir des royaumes a toujours intéressé princes et gouvernants. Aujourd’hui, chacun d’entre nous aimerait connaître son avenir (santé, argent, sentiments), et d’un point de vue plus général, les grandes évolutions économiques, climatiques, les grandes tendances du futur, pour pouvoir se préparer, pour prendre les bonnes dispositions. Pour les événements qui dépassent l’emprise individuelle, « il faut des “experts”, des gens capables d’inspirer confiance à la communauté »1.

Georges Minois rappelle que ces experts ont toujours existé, « des devins aux futurologues, des prophètes aux prospectivistes, des augures aux astrologues, des oracles aux diseurs de bonne aventure ». Avec des fortunes diverses. Les développements de la science moderne ont donné quelques lettres de noblesse à certaines disciplines permettant des prédictions, parfois très précises. Mais force est de constater que sur certains sujets, l’incertitude reste de mise.

Les premières pratiques divinatoires (visant à deviner le futur) sont basées sur quelques hypothèses préscientifiques : le divin inaccessible à l’étude directe peut toutefois être perçu à travers l’analyse rigoureuse des manifestations du microcosme nous entourant, un certain déterminisme doit exister, permettant de crédibiliser les prédictions (« pour accorder à un signe la valeur de présage, il faut être persuadé que les mêmes circonstances produisent toujours les mêmes effets »).

Ainsi, l’activité la plus élaborée du monde chaldéen et assyro-babylonien, au IIIe millénaire avant notre ère, était l’haruspicine, basée sur l’observation des entrailles d’animaux sacrifiés : « il est frappant de constater la rigueur de cette activité qui repose sur des observations morphologiques et anatomiques d’une extrême précision » note Georges Minois. Chacun des organes est méticuleusement analysé et mesuré. Des ouvrages décrivent les interprétations qu’il faut tirer de ces observations.

L’astrologie est née dans ce contexte-là. Les points lumineux constellant le ciel nocturne ont été évidemment associés au monde divin, et les évolutions de ce ciel, à des signes que l’on devait pouvoir analyser et interpréter rigoureusement. Toutefois, la complexité des calculs nécessaires a fait que l’astrologie est apparue assez tardivement relativement à d’autres divinations. Le premier horoscope babylonien connu date de 410 avant J.C. L’astrologie s’est ensuite répandue dans le monde antique. Cette astrologie concernait alors l’avenir des royaumes et des peuples en général, pas le destin particulier des individus, ceci essentiellement pour des raisons de nécessité politique : « la consultation des devins, oracles, des prophètes officiels, permet à l’autorité dirigeante de réaliser le consensus, de légitimer ses décisions en les présentant comme conformes à la volonté des Dieux ».

Parmi les peuples anciens, l’un des rares à avoir peu pratiqué l’astrologie est celui des Égyptiens : « alors qu’en Mésopotamie, le roi est comme tout le monde, soumis au destin, le pharaon est lui-même une divinité, qui ne saurait être soumise à un fatalisme astral. Maître de la vie, c’est lui qui détermine le sort de son pays et de son peuple ».

1 Les citations en italique sont extraites du livre de Georges Minois.

Mis en ligne le 1er octobre 2009
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