Le squelette d’une « femme vampire » découvert à Venise

par Brigitte Axelrad - SPS n° 286, juillet 2009

Information de l’agence Reuters (Rome), du 14 mars 2009. http://fr.reuters.com/article/oddly....

Lorsqu’en 1576, une épidémie de peste bubonique sévit dans la région de Venise, les victimes furent enterrées dans la fosse commune d’une des nombreuses îles qui composent la célèbre cité des doges, Lazzaretto Nuovo. Récemment, les archéologues ont découvert sur ce site le squelette d’une femme, enterrée avec une brique entre les mâchoires. Selon eux, il s’agit d’un rituel d’exorcisme signifiant que cette femme devait être considérée comme un « vampire »1. En effet, on accusait à cette époque les vampires de mastiquer leur linceul pour revenir à la vie2, et ce faisant de continuer à propager la peste. La brique enfoncée dans la bouche du squelette était certainement destinée à enrayer l’épidémie…

C’est pourquoi, selon Matteo Borinni, anthropologue à l’Université de Florence, cette découverte confirme la croyance que les vampires étaient considérés comme responsables des grandes épidémies de peste, qui ont ravagé l’Europe entre les XIVe et XVIIIe siècles. Selon l’agence Reuters (Rome), Matteo Borinni a déclaré devant l’American Academy of Forensic Sciences de Denver : « C’est la première fois qu’on arrive à reconstituer le rituel d’exorcisme d’un vampire. Cela prouve que ce mythe existait déjà. »

En 1728, le philosophe allemand Michaël Ranft écrit un petit livre, De masticatione mort uorum in tumulis3, qui relate la hantise des populations d’entendre des bruits de mastication s’élever des fosses communes, lorsque sévit la peste. On croit, à cette époque, que ce bruit vient d’un vampire, qui revient hanter ses proches encore vivants, et que, tant qu’il durera, l’épidémie ne cessera pas. Ceci s’explique, dit-il, par le contexte, les fossoyeurs travaillant sans relâche au milieu des cadavres effrayants. Il écrit : « […] ce contexte a engendré d’une part l’opinion qui veut que la mastication des morts soit la cause du fléau contagieux, d’autre part l’idée que l’un durerait aussi longtemps que l’autre, l’effet ne s’arrêtant que si la cause disparaissait. »

On a retrouvé d’autres rituels, qui semblent attester la croyance aux vampires. L’été dernier, en Bohème, les archéologues ont découvert une tombe vieille de 4000 ans. Les prétendus vampires ont été enterrés avec des pierres très lourdes sur la poitrine, afin qu’ils ne puissent pas se relever de si tôt. D’autres ont été empalés au moyen de pieux.

Comme on le voit ici certaines croyances conduisent parfois à des pratiques piquantes !

1 Voltaire, Dictionnaire philosophique, Vampires, 1764 : « Ces vampires étaient des morts qui sortaient la nuit de leurs cimetières pour venir sucer le sang des vivants, soit à la gorge ou au ventre, après quoi ils allaient se remettre dans leurs fosses. Les vivants sucés maigrissaient, palissaient, tombaient en consomption ; et les morts suceurs engraissaient, prenaient des cou-leurs vermeilles, étaient tout a fait appétissants. C’était en Pologne, en Hongrie, en Silésie, en Moravie, en Autriche, en Lorraine, que les morts faisaient cette bonne chère. On n’entendait point parler de vampires à Londres, ni même à Paris. J’avoue que dans ces deux villes il y eut des agioteurs, des traitants, des gens d’affaires, qui sucèrent en plein jour le sang du peuple ; mais ils n’étaient point morts, quoique corrompus. Ces suceurs véritables ne demeuraient pas dans des cimetières, mais dans des palais fort agréables. »

2 Lire le dossier de Richard Monvoisin « De l’art de mâcher son linceul : enquête sur le vampire masticateur », site de l’Observatoire Zététique de Grenoble, 11 Mars 2007.

3 Ranft Michaël, (1995), De masticatione mortuorum in tumulis, 1729, traduction par D. Sonnier, éd. Jérome Million, Grenoble 1995.

Mis en ligne le 21 août 2009
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