Ce dossier regroupe des analyses portant sur la croyance à l’existence de phénomènes dits paranormaux.

Les croyances dans le paranormal

Dossier coordonné par Nicolas Gauvrit - SPS n° 284, janvier 2009

Nous croyons certaines théories (éventuellement fausses) parce qu’il nous semble rationnel de le faire, compte tenu des preuves ou des indices dont nous disposons. Nous adhérons également à certaines assertions malgré le manque de preuve, et parfois même malgré les démonstrations inverses.

Tel est par exemple le cas des croyances au paranormal (télékinésie, télépathie, astrologie…). Depuis des décennies, des psychologues recherchent quels mécanismes nous poussent parfois à considérer comme vraies de telles affirmations, malgré la connaissance objective disponible. La théorie n’est pas encore unifiée, mais des pistes sont d’ores et déjà bien explorées… Ce sont ces pistes que nous décrivons dans ce dossier.

Sommaire

Introduction (Nicolas Gauvrit)
L’origine des superstitions, un modèle récent en psychologie cognitive (Marjaana Lindeman et Kia Aarnio)
Croire : une tendance lourde (Serge Larivée)
Tripes ou encéphale ? (Henri Broch)
Une mémoire qui joue des tours (Nicolas Gauvrit)
Les croyances : une question d’interactions sociales (Jacques Van Rillaer)
Probabilités subjectives (Nicolas Gauvrit)
Le cerveau ésotérique : fondements neuropsychologiques (Peter Brugger)
Point de vue : croyances au paranormal, anxiété et contrôle perçus dans l’enfance (Caroline Watt)
Typologie des croyances au paranormal (Jean-Bruno Renard)
Note de lecture : la fonction sociale de l’horoscope
Les croyances au paranormal en chiffres

Bien que l’on puisse être éberlué par des erreurs de raisonnement occasionnelles chez nos contemporains, on peut admettre que nous sommes tous, globalement, assez rationnels. L’esprit scientifique, la logique, ne sont pas des constructions totalement arbitraires. C’est au contraire par idéalisation et raffinement d’une logique spontanée qu’ils se sont construits.

Les principes de base de la logique, comme la non-contradiction (affirmant qu’un énoncé ne saurait être vrai et faux à la fois), ou la conviction qu’il existe une réalité à laquelle nous avons un accès (imparfait) par l’expérience, font partie de ces présupposés que la communauté scientifique partage avec le reste de l’humanité. Les philosophes qui rejettent certains de ces principes le font quelquefois sans y croire eux-mêmes, comme l’illustre la volonté de communiquer des solipsistes1, volonté qui n’aurait aucun sens s’ils prenaient leur théorie au sérieux.

C’est pour cette raison qu’on est en droit de s’étonner de croyances qui, en allant à l’encontre de la rationalité scientifique, vont aussi à l’encontre de la raison naturelle. Ces croyances, et notamment celles concernant le paranormal, sont pourtant légion, comme l’explique dans ce dossier Serge Larivée, et les psychologues s’interrogent depuis longtemps déjà pour en déterminer les raisons premières, qui peuvent être très diverses (voir l’article de Henri Broch). Il faut bien sûr ici distinguer ce qui relève de l’erreur seule et ce qui relève de la croyance irrationnelle. Marjaana Lindeman et Kia Aarnio précisent la frontière entre ces deux types de croyances.

Diverses branches de la psychologie tentent de percer le mystère des convictions paranormales. Notre mémoire et ses défauts pourraient bien expliquer une partie du phénomène, car elle rend les témoignages peu fiables. Or, nous avons tendance, animaux sociaux que nous sommes, à croire ce qu’on nous affirme, comme le rappelle Jacques Van Rillaer. Une autre explication commune est que notre perception des probabilités est faussée, nous laissant imaginer des liens entre des événements indépendants. La facilité avec laquelle nous pouvons percevoir à tort de telles relations trouve une confirmation dans des études de neuropsychologie (voir l’article de Peter Brugger).

Malgré tout, certaines études des croyances au paranormal ne sont pas à l’abri de critiques parfois justifiées. Caroline Watt présente par exemple un point de vue critique constructif. L’une des causes expliquant les limites de ces études est que nos idées sur le monde vivent en réseau, certaines croyances favorisant certaines autres, ou au contraire immunisant contre elles (lire le texte de Jean-Bruno Renard).

Le tour d’horizon présenté dans ce dossier montre à la fois le foisonnement de théories de l’émergence des croyances au paranormal, et le travail considérable qui reste probablement encore à produire pour arriver à une véritable explication unifiée.

1 Un solipsiste pur et dur estime qu’à part sa propre existence, rien n’est réel, tout ce qu’il ressent étant possiblement une illusion. Il existe bien entendu des degrés dans cette philosophie.

Mis en ligne le 29 avril 2009
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