Économiseurs de carburant

par Jean Günther - SPS n° 284, janvier 2009

En ces temps de carburants chers, on nous propose, de plus en plus, des appareils ou procédés prétendant les économiser. Malheureusement ni leurs principes physiques, ni les mesures présentées comme positives de leur efficacité, n’emportent la conviction.

Aimants

Les aimants permanents excitent l’imagination des inventeurs. Nous les avons vu à l’œuvre dans les machines à laver1 ; on les trouve aussi dans de prétendus dispositifs anti-tartre. Nous les retrouvons ici.

Le RHP-system2 propose un dispositif qui applique un champ magnétique sur l’alimentation en carburant. Selon son constructeur, ce dispositif « provoque une modification des charges positives et négatives ; les attaches des molécules seront ainsi moins stables et fortes,... d’où des fines gouttelettes qui seront intégralement brûlées… ». Ou encore : « En faisant passer le carburant dans le RHP SYSTEM et son champ magnétique suffisamment puissant, on arrive à inverser la molécule conductrice (principe de suréchauffement) ». Verbiage sans base physique. Le constructeur annonce des tests sur route qui montreraient des économies de 5 à 10 % ; mais ces tests n’émanent pas d’un organisme officiel et indépendant…

L’ECOBOX3 affiche des prétentions analogues. On nous dit qu’il « agit en modifiant la structure moléculaire de votre carburant » ; mais rien n’est dévoilé de son principe.

Un autre fournisseur4 (sans marque) nous dit : « Grâce au champ magnétique permanent très précis de l’économiseur de carburant, cet enchaînement des deux molécules différentes est annulé et les ponts d’hydrogène sont brisés et les molécules réorientées en fonction de ce champ ». Même genre de discours sans base physique ; ce constructeur nous livre des témoignages d’usagers, mais ne se donne pas le mal de parler de tests systématiques. En prime il économiserait aussi le fuel en le fixant sur l’arrivée de combustible des chaudières.

Un autre système5, qui semble lui aussi se réduire à un simple aimant, nous est présenté comme : « un générateur de résonance magnétique dernière génération. C’est un dispositif de haute technologie issu de deux prix nobel de physique (1952, 1977) et dont le procédé a été breveté par General Motors ».

On peut trouver chez un autre marchand d’aimants6 un long texte qui se veut explicatif. On y lit par exemple : « Le champ magnétique peut changer l’orientation orbitale de l’électron relativement à la rotation du noyau. Sous l’état normal “Para”, la molécule a une rotation d’électron dans la direction opposée du noyau. Une fois affecté par un champ magnétique, l’électron prend l’énergie et commence à tourner dans la même direction que le noyau. Puis, selon le champ, le noyau et l’électron orbital S’ALIGNER ONT vers la gauche ou la droite. Ceci se produit au niveau MACRO ou moléculaire qui s’appelle la polarisation et également au niveau MICRO ou quanta. Ce ne sont pas des théories, mais des lois physiques de base  ».

Rappelons à tout hasard que le parahydrogène, auquel on semble faire allusion, se caractérise par l’orientation des rotations des deux protons de la molécule de dihydrogène, et non par celle de l’électron ; de toutes façons la molécule de dihydrogène est absente dans les hydrocarbures.

Injection d’eau

De nombreux sites évoquent divers systèmes qui amélioreraient l’efficacité des moteurs par des systèmes d’injection ou d’addition d’eau. Nous renvoyons à un article de synthèse bien fait sur le sujet7. On peut noter l’hétérogénéité et le caractère peu convaincant des mécanismes physiques évoqués, et l’absence de tests crédibles.

Voici un exemple de justification pseudo-physique donné par un auteur8 ayant prétendu tester un moteur de ce type : « l’axe du réacteur étant aligné avec le champ magnétique terrestre, le barreau en acier de la chambre pyrolytique se magnétise. Le flux bidirectionnel chaud-froid produit une différence de potentiel contribuant à la formation d’un plasma actif inter-agissant avec le champ magnétique du barreau et provoque un mouvement spiraliforme du gaz autour du barreau et qui rallonge ainsi son trajet dans la chambre pyrolytique ».

L’un des promoteurs9 de ce genre de système n’hésite pas à nous interroger : « Saviez-vous qu’un simple réservoir en plastique rempli d’eau du robinet contient bien plus d’énergie qu’un hydrocarbure ?  ». Malgré les apparences (et le nom du site) il ne s’agit pas du moteur à eau, décidément non crédible, mais d’un système d’injection d’eau, plus acceptable mais toujours dépourvu de justification.

Additifs

D’innombrables « poudres de perlimpinpin » à ajouter au carburant ou à l’huile existent sur le marché, avec comme toujours les justifications les plus fantaisistes. Par exemple, on peut lire10 : « … une méthode permettant de fournir un enduit catalytique dans la chambre de combustion. Cet enduit catalytique offre une superficie de nanophase infinie au catalyseur pour s’y déposer  ». Bien difficile de comprendre le mécanisme sous-jacent. Comme d’habitude on impressionne par un jargon pseudo-scientifique.

Certains pétroliers11 prétendent ajouter à leurs carburants des additifs supposés améliorer la consommation. Mais rien n’est dit sur des tests prouvant leur éventuelle efficacité. Un autre pétrolier12 ne parle pas d’additifs, mais affirme que l’on consomme moins avec son carburant. Une méthodologie de test, en apparence sérieuse, est décrite, mais aucun résultat chiffré n’est donné.

Place au bon sens !

Pour se rafraîchir après avoir vu tous ces sites qui profitent de l’ignorance des lecteurs en matière scientifique, en voici un13 qui donne des conseils de bon sens, par exemple : « Optez pour les transports en commun plutôt que la voiture particulière » ou encore : « Privilégiez le déplacement à pied ou en vélo pour les distances courtes ».

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