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Paranormal
Ce dossier regroupe des analyses portant sur la croyance à l’existence de phénomènes dits paranormaux. |
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Charles Berlitz
Bermudes, Atlantide, Roswell et divagations diverses
par Jean-Pierre Thomas et Igor Ziegler
Présenté comme archéologue diplômé de Yale et linguiste éminent (il parlerait trente langues dont onze couramment !), Charles Berlitz, petit-fils de Maximilien, fondateur de l’école de langues éponyme, est une sorte de stakhanoviste récidiviste du surnaturel. Armé de moyens quasi illimités, et d’une mauvaise foi digne du livre Guinness des records, il a produit quelques-uns des plus gros best-sellers du genre.
Après la popularisation de l’accident des Avenger disparus en décembre 1945, qui a servi à la fondation du mythe dans les années soixante [3], le grand public a déjà fortement accrédité l’idée de l’existence d’un phénomène mystérieux dans cette région du globe. Berlitz ne s’est pas gêné pour en remettre, en affirmant que « d’étranges propos » avaient été échangés entre les cinq appareils et le sol, faisant bien évidemment référence à des manifestations surnaturelles, tout ceci étant, sans que cela soit une surprise, le pur fruit de son imagination. Comme le souligne Kusche, un grand nombre des accidents mentionnés par Berlitz ne constitue rien d’autre qu’une totale fabrication. On y parle de navires enregistrés nulle part, d’avions qui n’ont jamais volé, ni même existé, et d’équipages disparus corps et biens qui ont dû être amusés de découvrir qu’ils s’étaient évanouis dans le néant, alors qu’en excellente santé, ils lisaient Berlitz ! Combien de prétendues disparitions se sont-elles réellement produites dans le Triangle parmi toutes celles que rapporte Berlitz ? En fait, il rassemble à loisir des centaines d’accidents, dramatiques mais tout à fait explicables, qui se sont passés à des centaines, voire des milliers de kilomètres de là. Ce grand chercheur pousse le bouchon jusqu’à rapatrier vers son aire de jeu des naufrages qui se sont produits au large du Portugal, de l’Irlande, ou même dans le Pacifique ! Le cynisme de Berlitz se ressent par exemple dans la confusion qu’il essaie de faire naître quand il décrit l’accident du vol 401 de l’Eastern Airlines : « L’avion fut subitement désintégré… », écrit-il. On imagine immédiatement un appareil volant tranquillement, les passagers occupés calmement à dévorer les œuvres précédentes du maître, quand tout à coup, sans raison apparente, il se disloque brutalement, pour s’éparpiller en poussières au cœur de l’inconnu et du mystère ! La réalité, que Berlitz omet volontairement de mentionner, est moins lyrique, puisque c’est une erreur de l’équipage qui amènera l’avion à perdre de l’altitude, à s’écraser au sol et par conséquent… à se désintégrer. En 1978, dans Without a trace [4], Berlitz voulut répondre aux dénégations de Kusche, ce à quoi ce dernier répliqua : « La crédibilité de Charles Berlitz est complètement nulle – s’il prétend qu’un bateau est rouge, il y a toutes les chances pour qu’il soit d’une autre couleur ! ». Dans Flim-Flam ! [5], Randi en rajoute en regrettant qu’il n’y ait pas de loi protégeant les consommateurs des mensonges de ce genre d’usurpateurs. En allant plus loin, on pourrait se demander ce qu’auraient pensé les centaines de victimes de ces catastrophes, de l’utilisation commerciale que fait Berlitz de leurs disparitions. Il y a des moments où le mercantilisme mériterait des qualificatifs plus discourtois.
On y retrouve en vrac, Glozel et ses statuettes, le plongeur Jacques Mayol, les Basques (qui sont évidemment des descendants des Atlantes, du fait de leur goût pour les jeux de balle – eh oui !), les « routes Atlantes » de Bimini (en fait, des blocs sédimentaires relativement récents, découpés par le ressac en de jolies formes rectangulaires, mais parfaitement naturelles), ainsi qu’une inévitable pyramide sous-marine fantôme, pour la localisation de laquelle Kusche offrit dix mille dollars en 1978, évidemment refusés par Berlitz.
Toujours est-il que l’ouvrage de Berlitz laisse une certaine impression d’essoufflement. L’auteur – ou les auteurs – ne cherche plus à donner l’illusion que des investigations ont été menées. Il semble que l’on se contente simplement d’exploiter le filon en accumulant une succession d’affirmations non vérifiées, en une compilation hétéroclite réservée aux « accros » du surnaturel peu regardants. Charles Berlitz est décédé en décembre 2003.
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