Rika Zaraï

par Jean-Pierre Thomas

Cette ex-chanteuse (à qui Jean Yanne et Olivier de Kersauzon ont attribué le surnom hugolien de « tristesse d’Olympia »1) s’est reconvertie avec succès dans la littérature pseudo-médicale en publiant plusieurs ouvrages dans la faune livresque des thérapies alternatives, dont Ma Médecine naturelle2 vendu tout de même à 2 800 000 exemplaires, et Mes secrets naturels pour maigrir et réussir3 qui reprend la théorie de la « pensée positive » proche de l’autosuggestion chère à Émile Coué4. Notons qu’il n’y a là rien de bien nouveau sous le soleil, mais c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures... tisanes !

Les salades rikazariennes reprennent les idées les plus éculées de la médecine magique, telle qu’on pouvait la concevoir au Moyen Âge : énergies négatives (« ondes électriques telluriques ») et positives (« ondes cosmiques »)5 circulant des pieds vers la tête ; vertus bénéfiques de plantes plus ou moins toxiques et du bain de siège ; tendance au végétarisme instincto-thérapeutique6 ; etc. Toutes ces billevesées nous feraient Rikaner s’il ne s’agissait de la santé des gens (on ne parle pas de la santé mentale de ceux qui défendent ce type de « médecine » !), surtout lorsqu’elle profère des âneries monumentales sur le cancer ou le SIDA.

Forte du succès de ses recettes tisanières, grâce, entre autres, à un complaisant battage médiatique dont elle a su tirer parti, Rika fonde en juillet 1986, la société Pronatura, herboristerie en gros, installée à Saint-Sylvain d’Anjou (Maine et Loire). Mais trop confiante dans les qualités et vertus des préparations qu’elle diffuse alors, notre grande prêtresse de la « tisanothérapie » est inculpée à Angers le 9 janvier 1989, avec son mari, J.P. Magnier, PDG de Pronatura, d’exercice illégal de la pharmacie et complicité, car les emballages de leurs produits comportaient des indications thérapeutiques trop précises selon le Conseil national de l’Ordre des Pharmaciens et la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France7.

Immédiatement après, craignant probablement une plainte similaire de l’Ordre des Médecins, Rika s’est empressée de faire retirer de son second ouvrage les pages consacrées au SIDA8.

En 1990, ne reculant devant aucun défi, elle élargit son champ d’investigation vers un domaine à moindre risque en publiant un livre de recettes culinaires (là, il n’y a pas de conseil de l’ordre des grands chefs à redouter !). Les éditeurs en mal de tirages rentables ont adopté une nouvelle devise : « un Rika, sinon rien ! ».

En mars 1991, la société Pronatura dépose son bilan et l’usine de Saint Sylvain d’Anjou est contrainte à la fermeture.

Nous conclurons en citant la devinette du Chat de Philippe Geluck9 : Quelle est la différence entre un roman policier et un bouquin de Rika Zaraï ? Réponse : Chez Rika Zaraï, on donne le nom du coupable au début. Il est sur la couverture.

Bibliographie

Science et pseudo-sciences :
- n° 160, mars 1986 « la redoutable popularité d’une chanteuse miraculée » et aussi.
- n° 163, septembre 1986 « Rika vend elle-même ses tisanes ».
- n° 166, mars 1987 « chères tisanes ».
- n° 176, novembre 1988 p. 4, « Le cinéma de Rika ».

Michel de Pracontal : L’imposture scientifique en dix leçons, collection Sciences et société, La Découverte, février 1986, p. 105 à 108.

Alain Rémond « On n’a rien sans rien » in Télérama n° 2026 du 9 novembre 1988.

1 dans l’émission Les grosses têtes diffusée sur RTL le 26 août 1989. Dans sa poésie, Hugo évoquait sa propre personne sous le nom d’Olympio, notamment dans les vers célèbres du poème « Tristesse d’Olympio ».

2 Ma médecine naturelle, Carrère Laffon, 1985.

3 Mes secrets naturels pour maigrir et réussir, Jean-Claude Lattès, 1988 et Le Livre de Poche, 1990.

4 Voir Science et pseudo-sciences n° 176, novembre 1988 p. 4, « Le cinéma de Rika ».

5 Parler d’ondes positives ou négatives est un non-sens en physique, puisqu’une onde est un phénomène vibratoire, c’est à dire une oscillation périodique dont l’amplitude varie cycliquement suivant une certaine fréquence, positivement ou négativement autour d’un point d’équilibre (notamment dans les vibrations sinusoïdales).

6 Voir Science et pseudo-sciences n° 160, mars 1986 « la redoutable popularité d’une chanteuse miraculée » et aussi.) L’instincto-thérapie est une doctrine fondée par l’ingénieur suisse Guy-Claude Burger, et qui prône une alimentation crue guidée par l’odorat, censé favoriser « instinctivement » l’individu à choisir des aliments sains (voir Science et pseudo-sciences n° 240 décembre 1999 p. 27 « le gourou de l’instincto-thérapie »).

7 Ouest-France du 10 janvier 1989 « Rika Zaraï inculpée à Angers ».

8 Ouest-France du 12 janvier 1989 « Rika Zaraï fait marche arrière ».

9 Dessin publié dans Ouest-France du 21 août 1989.

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